PROGRESSER 3 – Comment apprendre ?

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Nous avons vu dans les deux articles précédents comment analyser sa pratique et étendre ses connaissances dans ce domaine, puis le fonctionnement de l’acte moteur qui est un ensemble de processus mentaux qui mènent à la réalisation finale d’un geste technique, une réponse motrice. Dans cet article, je vous propose une réflexion sur l’apprentissage. Cette réflexion vous aidera par la suite à créer vos exercices, ce que nous verrons dans l’article suivant.

L’apprentissage

Avant d’arriver à confectionner des exercice pour s’améliorer ou favoriser l’apprentissage, il est essentiel de définir ce qu’est l’apprentissage. Je vous propose la définition suivante : « l’apprentissage c’est la modification des connaissances et/ou du comportement d’un individu confronté à une situation lui créant un problème et pour laquelle il n’a pas de réponse adaptée. »

Cette définition dit qu’apprendre c’est trouver une solution à un problème. Si l’on considère le karaté comme une discipline de combat, nous pouvons dire que pour le karatéka il s’agit de trouver une solution à différentes situations de combat, ceci dans un contexte pédagogique où l’enseignant fera un aménagement de la tâche et de l’environnement pour guider l’élève vers le mouvement, la gestuelle, la technique recherchée. Il est donc important d’apprendre dans le contexte concerné par la discipline.

Prenons un exemple qui illustre très bien ce qu’est apprendre dans le contexte tout en aménageant la tâche. Autrefois, pour apprendre à nager, on enseignait les mouvements de natation, de la brasse par exemple, en dehors de l’eau. Le futur nageur se mettait en équilibre sur le ventre en s’allongeant sur un tabouret et imitait son professeur qui lui enseignait les mouvements parfaits de la nage. Quand l’enseignant estimait que l’élève avait bien appris la gestuelle, il le mettait dans l’eau pour qu’il mette en application la précieuse technique apprise auparavant. Mais bien souvent, l’élève n’arrivait pas à nager car il était perturbé par un élément essentiel, l’eau. Il lui fallait d’abord vaincre son appréhension de couler avant de tenter d’appliquer la gestuelle apprise avec le professeur. Aujourd’hui les personnes qui souhaitent apprendre à nager sont mis en contact direct avec l’eau, il sont tout de suite mis en contexte. Il existe pour cela des bassins de profondeurs différentes qui permettent de ne pas avoir peur de couler et de se noyer. Ensuite, pour aider à la flottaison et évacuer la peur, le nageur peut se munir de flotteurs, d’une bouée ou utiliser une planche. A l’aide des ces accessoires qui permettent donc d’aménager la tache, l’élève peut évoluer en toute sécurité dans l’eau et se concentrer sur les mouvements de la nage dont il observe tout de suite les effets car il voit bien s’il avance ou non, si son corps est à l’horizontal ou non. Quand l’élève acquière de l’aisance dans sa gestuelle et dans la gestion de l’élément liquide, il va pouvoir progressivement s’affranchir des aides que sont les flotteurs. Il pourra commencer à nager dans le petit bassin puis ensuite dans le grand bassin.

Revenons à notre discipline, le karaté. Apprendre les techniques de karaté dans le vide en imitant l’enseignant, revient à apprendre à nager sur le tabouret comme dans l’exemple cité ci-dessus. On peut effectivement apprendre un mouvement par imitation et observation, comme c’est le cas en danse ou en gymnastique, mais dans ce cas le mouvement n’a pas de sens, ce n’est pas une réponse à une situation de combat. Ce mouvement appris dans le vide, quand il est appliqué avec un partenaire, comme dans l’exemple du nageur que l’on met dans l’eau est inapplicable immédiatement dans un contexte de combat, même conventionnel. La répétition des mouvements dans le vide, kihon (qui veut en fait dire entraînement de base ou des des bases), ne permet pas d’apprendre les techniques de karaté si l’on se réfère à la définition du début de l’article. Ce qui ne veut pas dire que le kihon est inutile, il peut avoir d’autres intérêts mais ce n’est, à mon avis, en aucun cas une méthode efficace d’apprentissage des techniques de karaté car, selon la définition citée plus haut, l’apprentissage doit se faire en situation de répondre à une problématique.

Si vous n’êtes pas familiarisé avec le concept d’apprentissage que je cite en référence, peut-être êtes-vous assez déconcertés. Peut-être que vous avez vous-même toujours appris les mouvements du karaté par des répétitions dans le vide avant de les mettre en situation. Mais je le répète, cette méthode d’enseignement ne permet pas de donner du sens à la technique et ne développe pas chez l’apprenant ses capacités d’adaptation. La répétition des techniques dans le vide sous forme de kihon a son intérêt une fois que l’élève a donné du sens au mouvement, a déjà enregistré quelques sensations de celui-ci dans un contexte plus ou moins proche du combat, en situation duelle.

Je me souviens d’un professeur qui, pour les élèves de première année, n’enseignait que la gestuelle dans le vide. Pendant un an, les élèves ne faisaient aucun exercice avec partenaire. Le programme se limitait au kihon et aux katas. Cet enseignant estimait qu’il fallait avoir acquis un minimum de technique avant d’envisager de travailler avec un partenaire. Il ne connaissait pas l’aménagement de la tache, il n’utilisait aucun outil pédagogique. Lorsque la deuxième année arrivait, les élèves pouvaient enfin aborder les exercices codifiés, mais comme ils avaient appris dans le vide, ils n’arrivaient pas à réaliser de manière appropriée les techniques apprises dans le vide et développaient des défauts liés à la peur de prendre des coups ou de faire mal à l’autre.

L’aménagement de la tache

L’aménagement de la tache et du milieu, de l’environnement, va nous permettre de mettre l’élève en situation de résoudre un problème. La résolution de ce problème amène l’apprenant soit à découvrir une technique, une gestuelle, soit à s’entraîner à l’acquérir. Les photos ci-dessous illustrent comment aménager la tache pour s’entraîner au coup de pied circulaire mawashi-geri.

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Celui qui fait le coup de pied est à gauche, le partenaire tient dans sa main gauche une fritte de façon a obliger l’exécutant à passer sa jambe par dessus et dans sa main droite une cible qui va déterminer la destination du mawashi-geri. La hauteur de la fritte et le placement de la cible doivent être adaptés aux capacités de souplesse du partenaire qui fait le coup de pied.

Cet exercice peut s’utiliser en situation de découverte, c’est à dire que l’élève ne connait pas le mouvement et doit le découvrir par lui-même, ou bien en situation d’apprentissage ou d’entraînement pour affiner la trajectoire du coup de pied. Pour que l’élève apprenne à s’adapter à des situations différentes, on peut faire varier la position de la cible et de la fritte à chaque coup de pied. Quand l’élève a assimilé le coup de pied dans cette situation, on peut ne laisser que la cible et ne plus utiliser la fritte. Il est ensuite possible de faire quelques répétitions dans le vide, éventuellement devant un miroir, pour faire du renforcement pour automatiser la technique tout en gardant à l’esprit les sensations développées lors du travail avec un partenaire.

Habiletés ouvertes et fermées

L’apprentissage doit se faire à tous les stades de l’acte moteur que nous avons vu dans l’article précédent. On n’apprend pas un mouvement mais une solution motrice, je vous rappelle que l’acte moteur consiste en une série d’opérations mentales et cognitives :

  • le stade perceptif : capacité à identifier les aspects pertinents de la problématique (attaque, danger, …)
  • le stade décisionnel : capacité à sélectionner un programme généralisé approprié à la situation, c’est la réponse à la question « que faire ? »
  • le stade de la réalisation motrice : la capacité à exécuter la technique pertinente
  • le retour d’information, ou feed-back : la capacité à analyser si la solution permet de résoudre le problème initial.

L’apprentissage peut donc se faire sur un seul des aspects de l’acte moteur ou plusieurs.

Dans les activités physiques et sportives on distingue deux types d’habiletés :

  • l’habileté fermée : ce sont des mouvements faits sans contrainte extérieure, le sportif exécute des mouvements constants, invariables qui peuvent devenir des stéréotypes. On retrouve cette habileté fermée dans des disciplines comme la gymnastique, l’athlétisme, le patinage artistique et dans l’exercice du kata ou du kihon. Dans les habiletés fermées il n’y a pas d’opposant, pas d’adversaire.
  • l’habileté ouverte : ce sont les situations où le travail se fait dans un environnement aux paramètres variables. C’est le cas des sports d’opposition avec un ou plusieurs adversaires : football, escrime, tennis. En karaté les situations de combats s’inscrivent dans le cadre des habiletés ouvertes.

Le karaté à la particularité de proposer à la fois des situations où les habiletés sont fermées ou ouvertes.

La notion de transfert

Quand on apprend une habileté motrice, à chaque mise en mémoire des paramètres du mouvement (vitesse, force, énergie…) une règle est conservée qui correspond au schéma de rappel (pour toucher en coup de poing direct, je dois être à telle distance, avancer de telle manière, tendre le bras à tel moment, …). Cette règle peut être utilisée pour résoudre un autre problème moteur que le sujet n’a encore jamais rencontré, c’est la capacité de transfert. Ainsi plus on apprend, plus on est en capacité de s’adapter et ces situations nous permettent d’enrichir notre base de données de solutions motrice, c’est l’expérience.

Conclusion

L’apprentissage consiste à trouver une solution à un problème. Il se fait à tout les stades de l’acte moteur : perceptif, décisionnel, effecteur et aussi sur le feed-back. La façon d’apprendre dans les activités à habiletés fermées et ouvertes peuvent être différents. En karaté, on cherchera à donner du sens au mouvement pour que la technique puisse être intégrée graduellement dans un contexte proche de la situation de combat. La répétition des mouvements dans le vide n’est pas une méthode d’apprentissage mais un moyen de renforcement pour automatiser la technique. Dans ce cas, la technique est réalisée en visualisant le contexte ou en cherchant à reproduire les sensations trouvées lors des mises en situations. L’aménagement de la tache et du milieu vont permettre à l’enseignant de proposer des exercices qui mettent l’élève en situation de trouver une solution à un problème.

Areski

A SUIVRE… Dans le prochain article nous verrons comment concevoir des exercices et éducatifs selon le plan suivant :

  • comment définir des objectifs de travail pour améliorer une technique
  • créer un exercice qui permet d’atteindre l’objectif choisi

 

 

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