D’où viennent les katas heian ? – deuxième partie

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Voici le deuxième article d’une série de trois qui concerne la création des katas pinan / heian.

Dans la première partie de cet article, nous avons vu le contexte socio-historique dans lequel Anko Itosu a créé les katas pinan aussi appelés heian dans certaines écoles, notamment les écoles shotokan et shotokai. Les idéogrammes que vous voyez sur la photo ci-dessus signifient « paix » et se prononce heian ou pinan, heian étant la prononciation japonaise. La semaine dernière un lecteur m’a orienté sur un blog où l’auteur fait remarquer qu’en chinois, les mêmes idéogrammes signifient quelque chose comme « reste en sécurité » ou « sois en sécurité ». Cette traduction chinoise est très intéressante quand on sait que les habitants d’Okinawa avait un lien très étroit avec la Chine, et notamment dans le domaine des arts martiaux.

Gichin Funakoshi connaissait peu de katas

Pour enseigner le karaté à un plus grand nombre et notamment dans les écoles, Anko Itosu entreprend de créer les katas pinan. Des katas courts qui contiendraient les rudiments de l’art martial. Avant de créer ces katas de base, Anko Itosu a déjà simplifié le kata naihanchi (aussi appelé tekki) en le scindant en trois parties : naihanchi shodan (tekki shodan), naihanchi nidan (tekki nidan) et naihanchi sandan (tekki sandan).

A l’époque de maître Itosu, les karatékas pratiquent peu de katas, Funakoshi lui-même en connaissait un petit nombre avant de s’expatrier au Japon et dû en apprendre plusieurs très rapidement pour étoffer son enseignement. Au temps de Funakoshi, les katas anciens qui sont reconnus comme fondamentaux sont : kushanku (kanku-dai), bassai (bassai-dai), jion, wanshu (enpi) et chinto (gangaku).

La thèse d’un mystérieux kata disparu

Une théorie sur la création des katas pinan veut qu’ils proviennent d’un ancien kata appelé channan qui aurait été transmis à Sokon Matsumura, le maitre de Anko Itosu, par un étrange naufragé. Anko Itosu se serait basé sur ce kata pour créer les cinq pinan en simplifiant les mouvements du kata channan et en y associant des mouvements extraits des katas anciens cités plus hauts. On dit que le kata channan a été perdu, on trouve cependant sur youtube deux katas qui portent ce nom, channan shodan et channan nidan. En visionnant ces deux katas, il est difficile de trouver des corrélations avec les katas pinan ou heian que nous connaissons. Peut être que ces deux katas que l’on trouve sur youtube n’ont rien à voir avec le mystérieux kata channan supposé être à l’origine des katas pinan.

Pour ma part, je ne pense pas que le kata channan soit le kata perdu parfois cité dans les publications. Quand on analyse de près les katas pinan ont y trouve les éléments des anciens katas. Je pense que Anko Itosu a voulu mettre dans les cinq pinan les éléments essentiels de self-défense qui sont contenus dans les katas que l’on appelle aujourd’hui « supérieurs » ou « avancés ». Channan est probablement le premier nom donné au katas pinan. Cette thèse s’appuie sur la publication karate no kenkyu (recherche sur le karaté) publié en 1934 par Nakasone Genwa, dans cet article il y a un témoignage de Choki Motobu (1870-1944) qui lors d’une visite chez maître Itosu, voit deux élèves pratiquer un kata. Choki Motobu trouve que ce kata ressemble étrangement au kata channan qu’il connaissait et les élèves disent que le kata qu’ils pratiquent s’appelle « pinan« . Itosu dit alors que c’est le nom qu’il a définitivement choisit pour ce kata.

Comment Anko Itosu a-t-il créé les katas pinan ?

Anko Itosu voulait, selon moi, inclure dans les katas pinan la quintessence des katas anciens pour perpétuer les connaissances transmises par les anciens maitres tout en créant des katas dans un format facilitant l’apprentissage du karaté par les enfants. Les katas pinan et heian ne sont pas des formes codifiées de débutant mais des katas à part entière, ils sont tout simplement plus court et le contenu modernisé.

Pour créer ces katas, Anko Itosu a dû d’abord sélectionner ce qu’il voulait transmettre. A mon avis, il a souhaité véhiculer le fond plutôt que la forme. Dans ces cinq katas de base on doit certainement trouver des réponses pour se défendre contre les agressions les plus probables. C’est dans les katas anciens que Itosu a sélectionné des solutions de self-défense. Parfois, il a repris tels quels des mouvements, qu’il est d’ailleurs facile d’identifier dans les pinan ou heian, parfois il a pris l’application qui est sous-tendue par un mouvement mais qui n’est pas visible dans le kata. Je veux dire, et cela je l’ai développé dans le livre « BUNKAI, l’art de décoder les katas » budo éditions, que les mouvements des katas ne font qu’illustrer des principes pour se défendre. A partir de ce principe, plusieurs applications sont possibles, ces applications pourraient être illustrées par des mouvements différents que celui choisi pour le kata. C’est pourquoi dans les katas pinan ont trouve des mouvements à l’identique des katas supérieurs et d’autres qui ne semblent avoir aucun rapport.

L’ordre des katas pinan / heian

On sait que Gichin Funakoshi a interverti l’ordre des deux premiers pinan probablement pour des raisons pédagogiques. Il est évident que heian shodan est plus facile à apprendre que heian nidan. Quand on analyse le kata pinan shodan (heian nidan) ont y trouve beaucoup de corrélation avec le kata kushanku (kanku-dai) : le premier mouvement, les shuto-uke, les coups de pied. Anko Itosu était avant tout un artiste martial avant d’être un pédagogue et il a certainement souhaité enseigner un premier kata dont les références martiales sont fortes et puissantes.

Il faut aussi savoir qu’il n’y a pas d’ordre pour les katas d’une manière générale, même si pour l’enseignement, les professeurs préfèrent commencer par certains katas plutôt que d’autres. Mais dans le karaté anciens, à l’époque de Matsumura et Itosu, un élève apprenait un kata supérieur et peut être que tout le monde n’apprenait pas le même kata pour débuter car l’enseignement était individualisé. Peut-être que le maitre choisissait un kata en fonction du gabarit et de la personnalité de l’élève. En effet, ce kata devenait un programme d’entraînement pour de longues années, il me semble donc logique de penser que le choix du kata se faisait ainsi.

Comme il n’y avait pas d’ordre établit pour l’enseignement des katas, on peut penser que Anko Itosu a donné un ordre aux katas pinan tout simplement en fonction de l’ordre de création de ceux-ci. Cependant, on remarque que les deux derniers katas sont techniquement plus difficiles que les trois premiers. Mais si Itosu avait voulu donner un ordre aux katas pinan allant du plus simple vers le plus compliqué, il aurait fait comme Gichin Funakoshi, c’est dire qu’il aurait fait commencer la série par pinan nidan. Anko Itosu a certainement réfléchi sur l’ordre des cinq pinan puisque son but était de facilité la transmission du karaté aux enfants des écoles d’Okinawa. Il a probablement été partagé entre des nécessités pédagogiques et sa volonté de transmettre des valeurs martiales. Ce n’est probablement pas par hasard que les trois premiers pinan soient plus faciles que les deux derniers.

Conclusion

Les katas pinan / heian ne sont pas des katas si simples qu’il y parait. Ces katas contiennent l’essentiel du karaté et on y trouve un grand nombre d’outils pour se défendre en toute situation. Ce n’est pas parce qu’ils étaient destinés aux enfants que maitre Itosu, le créateur des pinan, en a bradé le contenu martial. En analysant les katas pinan ont trouve facilement la source de certains katas supérieurs tels que kushanku (kanku-dai), jion, chinto (gangaku) et bassai (bassai-dai). Les katas pinan ont été créé pour que le karaté perdure dans un monde moderne en rendant ce dernier accessible au plus grand nombre. Dans sa sagesse, maitre Itosu a donné une forme technique qui peut être à la fois un exercice gymnique pour fortifier le corps, c’est l’aspect exotérique, il a aussi intégré dans ces formes le meilleurs des katas supérieurs, en terme de self-défense, que chacune peut rechercher, c’est l’aspect ésotérique.

Dans la troisième et dernière partie de cet article j’aborde une analyse des cinq katas pinan/heian au regard des katas anciens.

A SUIVRE…. La semaine prochaine : D’où viennent les katas heian ? -troisième partie

Areski

 

 

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