D’où viennent les katas Heian ? – première partie

Résultat de recherche d'images pour "gichin funakoshi heian"

Voici le premier article d’une série de trois concernant l’origine des katas pinan et heian.

Les katas de base, appelés heian dans l’école shotokan, doivent ce nom à celui qui a fait connaitre le karaté au Japon, avant que cet art ne s’exporte dans le monde entier, c’est à dire Gichin Funakoshi (1868-1957). Le nom d’origine de ces cinq katas de base était « pinan« . Heian et Pinan s’écrivent de la même manière, avec les mêmes idéogrammes 平安 mais heian est la prononciation japonaise et pinan la prononciation chinoise. Heian et Pinan ont donc la même signification, « paix, tranquilité », ce sont donc les katas de la paix ou de l’esprit tranquile.

Gichin Funakoshi change le nom des katas

Gichin Funakoshi, dans un contexte socio-politique où tout ce qui faisait référence à la Chine était mal vu, changea le nom des katas dont la prononciation était chinoise, pour leur donner une consonance japonaise. C’est ainsi que les katas pinan sont devenus les heian. En plus de ce changement de nom, Gichin Funakoshi modifia quelque peu la forme technique de ces katas pour les rendre plus athlétiques, en y ajoutant par exemple un saut dans heian godan. Il modifia aussi l’ordre des deux premiers pinan, le premier devenant heian nidan et le deuxième heian shodan. Ces katas sont aujourd’hui les premiers à être enseignés dans les styles issus du shorin-ryu tel que les écoles shotokan, wadoryu, shitoryu, etc. Mais comment ces katas ont-ils été créés et d’où nous viennent-ils ?

Anko Itosu, le créateur des pinan / heian

Anko Itosu (1830-1915) est celui à qui on attribue la création des katas pinan. Alors que pendant longtemps le karaté fut un art enseigné dans le secret et à la famille royale d’Okinawa, Anko Itosu fut l’un des premiers à donner des cours au grand public. Cette clandestinité de l’enseignement et de la pratique du karaté cessa lorsque le Japon aboli la monarchie d’Okinawa en 1879. Anko Itosu entreprit alors d’enseigner le karaté dans les écoles d’Okinawa et à ce titre entrepris différentes démarches pour faire connaître les bienfaits du karaté auprès des autorités d’Okinawa.

Anko Itosu était l’élève de l’incontournable Sokon Matsumura (1809-1896). Ce dernier avait déjà commencé une modernisation du karaté pour l’adapter à son époque. Son élève, Anko Itosu continua ce travail de modernisation, il codifia les katas qu’il avait appris de Matsumura et en créa d’autres, notamment les pinan. Anko Itosu a eu beaucoup d’élèves dont certains ont aussi laissé leur nom dans l’histoire du karaté. Pour cet article nous retiendrons Gichin Funakoshi qui donnera naissance au karaté shotokan, et Kenwa Mabunu (1889-1952) qui créera le style shitoryu.

Gichin Funakoshi dans un de ses livres, « karaté-do, ma voie, ma vie », parle de son maitre Anko Itosu. Il le décrit comme un homme d’une force extraordinaire et donne quelques anecdotes à son sujet, comme le fait qu’il était capable de broyer une bambou vert avec sa main. Maître Itosu, estimait que forger un corps solide était très important pour un pratiquant de karaté et de ce point de vue, il rejoint les adeptes du goju-ryu.

Faire les katas tekki pendant 10 ans !

Quand Gichin Funakoshi a commencé à apprendre le karaté, les katas pinan n’existaient pas. Il ne les a appris que très tardivement. Il semblerait que Funakoshi n’ai pas appris les katas pinan directement de son maitre Anko Itosu mais de Kenwa Mabuni vers 1919, soit quatre ans après la mort de Itosu.

Gichin Funakoshi a commencé son apprentissage du karaté en pratiquant les katas tekki pendant une dizaine d’année. Dans l’ancien karaté, l’apprentissage commençait donc directement par un kata supérieur tel que tekki, kushanku ou bassai. Ce kata était étudié pendant de longues années jusqu’à ce que le maitre décide de passer à l’étude d’un autre kata. Ceci dit, avant le XXème siècle, l’apprentissage de deux ou trois katas était considéré comme suffisant pour former un combattant. Mieux valait connaître et comprendre un kata en profondeur que d’en étudier une multitude superficiellement. D’ailleurs, quand Gichin Funakoshi arriva au Japon et commença à enseigner le karaté, il fut un peu démuni sur le plan pédagogique. En effet, il connaissait peu de katas et il était difficile d’exiger de ses élèves d’apprendre un seul kata pendant des années comme il l’avait fait lui-même durant sa jeunesse. L’enseignement de Funakoshi étant principalement une préparation physique ayant comme support le karaté et ses katas, ses élèves trouvaient rébarbatif de toujours faire la même chose sans vraiment accéder au sens profond du kata et sa mise en application avec un partenaire. Funakoshi fut alors obligé d’apprendre de nouveaux katas pour les enseigner à ses élèves avides de connaissances nouvelles. La quantité commençait déjà à prendre plus d’importance que la qualité.

Enseigner le karaté dans les écoles d’Okinawa

Revenons à Anko Itosu et la création des katas pinan. A l’époque où Itosu projette de faire entrer le karaté dans le programme d’éducation physique des écoles primaires d’Okinawa, le regard des japonais est tourné vers le monde occidental. L’occident est un modèle de modernisme et les sports occidentaux sont devenus des modèles. Les méthodes d’entrainement militaire et sportif venant de l’occident vont influencer les arts martiaux japonais d’une manière générale et le karaté en particulier.

Si vous regardez bien la date de naissance de Anko Itosu, 1830, vous en déduirez qu’il a été témoin d’une époque de grands changements au Japon. Alors que ce pays avait connu une longue période d’isolement, en 1854, le Japon est forcé d’ouvrir ses ports aux navires occidentaux. En 1868 c’est le début de l’Ère Meiji qui marque la fin du Shogunat et le début de changements bouleversants à tous les niveaux : politique, commercial, social, etc. Dans ce contexte, les japonais tendent à dévaloriser leur patrimoine et donc les arts martiaux. Ces derniers sont en déperdition, il y a de moins en moins de pratiquants et les japonais se tournent vers tout ce qui vient de l’occident : éducation, sports, vêtements, etc.

Anko Itosu comprend probablement qu’il y a une urgence à réformer le karaté ainsi que son enseignement. Les katas antiques, ou anciens, sont trop complexes, trop longs et pas toujours adaptés à la préparation physique nécessaire pour former les futurs soldats de l’empire nippon. Pour Anko Itosu, l’héritage de l’ancien karaté ne peut se perpétuer que si cet art de combat change. C’est ainsi qu’il crée de nouveaux katas, codifie les anciens, et donne naissance à cinq katas de base destinés principalement à l’enseignement dans les écoles : les pinan. Il ne se doute alors pas que ces katas vont être enseignés dans le monde entier et devenir la grande porte d’entrée dans le karaté moderne pour des milliers de pratiquants.

Dans la deuxième partie de cet article nous verrons les corrélations des katas heian avec les katas supérieurs et l’hypothèse du mystérieux kata channan.

A SUIVRE…. La semaine prochaine : D’où viennent les katas heian ? – deuxième partie

Areski

Références :

Anko Itosu wikipédia

Brief history of kata heian/pinan – Iain Abernethy

La restauration Meiji – wikipédia

 

2 réflexions au sujet de « D’où viennent les katas Heian ? – première partie »

  1. C’est tres interessant et passionnant de nous permettre d’approfondir nos connaissances
    J’explique a mes eleves que la pratique ne s’arrête pas une fois qu’on quitte le tatami au contraire il faut etre curieux et faire ces propres recherches et surtout poser des questions a son professeur.
    Merci pour cet article et j’espère un jour avoir l’occasion de vous rencontrer.

    • Merci. Les semaines qui vont suivre vous aurez le plaisir de lire la suite de cet article. J’espère que vous y trouverez des éléments intéressants pour votre réflexion.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *