Les dix portes de l’entraînement


Avez-vous conscience que lorsque vous allez pratiquer au dojo, votre entraînement avait déjà commencé bien avant d’être face à vos partenaires ou en présence de votre professer ? En fait, sans vous en rendre compte vous vous prépariez depuis votre réveil en franchissant dix portes dont je souhaite vous parler dans cet article

En prenant consciences des portes que vous franchissez pour aller à l’entraînement, je pense que vous profiterez mieux de celui-ci et que vous saurez mieux mettre à profit votre journée en vue de la pratique au dojo.

Les portes dont je vais vous parler ici sont en fait des étapes de votre journée qui vous mènent vers l’entraînement qui se déroule souvent le soir quand on a une activité professionnelle durant la journée. Je parlerai de dix portes mais bien sûr pour certains il y en aura plus et pour d’autres moins.

Le réveil du matin constitue la première porte. Votre journée commence, plus ou moins consciemment vous passez en revue le planning de ce nouveau jour dans lequel est inclus l’entraînement de fin de journée. Avant d’y arriver vous savez qu’il y aura plusieurs étapes à franchir. A partir du moment où vous commencez à penser à votre entraînement, votre inconscient met en route le processus de préparation à l’entraînement. Plus ce rendez-vous quotidien est important pour vous, plus votre esprit va se mettre en branle jusqu’à modifier progressivement tout au long de la journée votre état physiologique, comme si vous alliez au combat. Bien sûr il ne s’agit que d’un entraînement, mais plus vous y accordez de l’importance, plus votre corps et votre esprit vont se mobiliser pour être prêt au moment venu.

La deuxième porte consiste à préparer son sac. Vous pliez votre tenue, vérifier que tout y est. En mettant de l’intention et de la méticulosité dans cette phase, mieux vous vous projetez vers l’instant où vous allez être physiquement en action. La préparation de la tenue doit se faire avec autant de vigilance qu’un parachutiste qui plie son parachute car sa vie en dépend. Ne laissez donc pas le soin à quelqu’un d’autre de préparer votre sac car le soin que vous y apportez va conditionner votre application durant le cours et amplifier tout le travail mental et physiologique qui va opérer tout au long de la journée.

La journée se déroule et l’heure de l’entraînement approche. Pour vous y rendre vous devez quitter votre domicile ou bien votre lieu de travail. C’est la troisième porte. Vous savez en la franchissant que vous vous dirigez vers le dojo, que l’entraînement va bientôt commencer. Alors qu’au long de la journée l’entraînement était en arrière plan dans votre esprit, maintenant il devient le but de votre déplacement. Vous y allez enfin !

Comment vous rendez-vous sur votre lieu d’entraînement ? En voiture ? En transport ? La quatrième porte vers l’entrainement est celle que vous traversez quand vous entrez dans votre véhicule ou dans le moyen de transport. Durant ce temps votre esprit peut vagabonder ou ressasser les problèmes de la journée. Ne vous laissez pas envahir par ces pensées et laissez-les passer. Commencez un forme de méditation en mouvement pour vous détacher de vos problèmes afin d’être le plus disponible possible au moment de l’entraînement.

Le temps de transport jusqu’au dojo est d’ailleurs un moment privilégié pour cette méditation. Concentrez-vous sur votre respiration, portez votre attention sur votre corps, commencer à vous centrer encore plus. Nettoyer vos pensées, orientez-vous vers votre entraînement. Plus votre corps et votre esprit seront disponible, mieux vous profiterez de votre séance. Le cheminement vers le dojo est la cinquième porte.

La sixième porte s’ouvre quand vous sortez du véhicule ou du moyen de transport. L’heure de l’entraînement approche, votre esprit en devient de plus en plus conscient. Des doutes traversent-ils votre esprit ? Suis-je en forme ? Vais-je réussir les exercices ? Aurais-je assez de condition ? Que va-t-on travailler ce soir ? Avec quels partenaires vais-travailler ? Mon ancienne blessure va-t-elle se réveiller ? Votre mental s’agite… Calmer le en respirant. Si vous avez un peut de marche à faire jusqu’aux portes du dojo utiliser la marche rythmée sur la respiration pour entrer en vous même, calmer le mental et préparer le corps. Pour cette marche faites trois ou quatre pas en inspirant et trois ou quatre pas en expirant. Lorsque l’on se concentre sur la respiration et sur le corps, les pensées se calment plus facilement.

Vous entrez dans le lieu où se trouve le dojo, un gymnase, une salle de sport. Vous venez d’accéder à la septième porte. Si vous êtes assez attentif et sensible, vous pouvez déjà sentir les modifications dans votre état mental et émotionnel. Chacun vit différemment cette expérience de l’approche de l’entraînement et ce avec plus où moins d’intensité. Votre corps et votre esprit réagissent à l’idée de recevoir une récompense méritée, à laquelle vous pensez depuis votre réveil.

Les choses comment à se concrétiser quand vous revêtez votre tenue d’entraînement. Vous la sortez du sac, à ce moment vous repensez au soin et au temps que vous avez pris pour la préparer. Vous allez quitter votre costume quotidien pour revêtir l’uniforme d’entraînement (ou une tenue en fonction de la discipline pratiquée). Cette étape est la huitième porte. Avec cette tenue vous changez de peau, vous changez de rôle. Vous n’êtes plus un père ou une mère de famille, vous n’êtes plus un employé ou un chef de service, vous n’être plus un étudiant ou un salarié, vous n’êtes plus un jeune ou un vieux, vous êtes un pratiquant ou/et un enseignant de karaté. La neutralité de l’uniforme vous rappelle que vous changez de statut et d’univers.

La neuvième porte, vous saluez avant de pénétrer dans le dojo. Ce salut que beaucoup font par habitude et sans y accorder d’importance, si ce n’est pour se conformer aux us et coutumes de la pratique au dojo mérite réflexion et concentration. Pourquoi saluer ? Est-ce le signe de mon engagement ? Une marque de respect mais c’est quoi le respect ? Il est important de donner du sens à ce salut. Le sens que vous y mettez peut être différent de celui des autres, mais vous devez faire les choses en conscience et il faut qu’elles aient un sens. Autrement, il est préférable de ne pas le faire s’il s’agit juste de faire comme tous le monde. Il vous appartient donc de remplir ce moment de sens et de présence.

Enfin la dixième porte s’ouvre. Le salut protocolaire de début de séance va commencer. Les élèves s’alignent, le professeur prend sa place, devant eux le mur d’honneur où se trouvent souvent le portrait des maîtres fondateurs ou ceux qui ont transmit l’héritage de notre pratique martiale y sont accrochés. Comme pour l’entrée dans le dojo, ce salut protocolaire de début de séance, comme tous les autres d’ailleurs, mérite à ce que vous y mettiez du sens, de la présence et de l’application. Cet acte est aussi un témoignage d’humilité, on s’engage à mettre notre ego de côté pour que les échanges avec les partenaires soient authentiques et profond. Cet engagement nous conduit aussi à être vraiment nous-même et à nous débarrasser de l’inutile, du superficiel pour aller dans la profondeur des choses.

Après ce salut de début de séance l’entraînement ne fait que continuer car vous savez qu’il a commencé bien avant, au moment de votre réveil en franchissant la première porte. En prenant conscience de ces portes que vous franchissez tout au long de journée vous allez mettre à profit les bienfaits qu’elles peuvent vous apporter. Ce sont des repères, des jalons, qui vous rappellent que vous être aussi un pratiquant d’art martiaux et que l’entraînement n’est pas circonscrit au seul dojo et au moment où vous transpirez en exécutant techniques et katas.

Bon entraînement et n’hésitez pas à faire part de vos commentaires

Areski

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2 réflexions au sujet de « Les dix portes de l’entraînement »

  1. Je ne suis pas du tout convaincu par la pratique du salut et des « rituels ». Vous citez, et je pense a juste titre, que cet acte témoigne de notre humilité et notre désir de mettre notre ego de côté mais je pense que cette méthode ne porte pas ces fruits avec la majorité des pratiquants de karaté. Au contraire, je me rends compte qu’un grand nombre de karatéka ont souvent un ego plus au moins important. Ça se remarque dès que l’on doit se placer par ordre de grade. On assiste parfois à un théâtre étonnant où les personnes de même grade (surtout parmis les dan) veulent absolument se placer devant le reste. Il est fort à constater que le salut ne leur a pas appris l’humilité. Aussi, au niveau des instructeurs, j’ai remarqué que plus le grade est élevé, plus les chances d’avoir un orgueil démesuré est grand (il existe des exceptions bien sûr). J’en conclus que le karate, à travers ses protocoles de courtoisie ne rempli pas du tout son rôle promis. Ne faudrais t’il pas mieux travailler sans rituels, sans grades, sans karategi et sans toute ces choses qui donne un aspect sectaire au karaté? Comment se fait t’il que ceux qui travaille des sports de combat beaucoup plus efficace de par leur méthode d’enseignement ( JJB, MMA, etc…) sont beaucoup plus humble et amical? Serait-ce justement parce que le côté sectaire est inexistant et que le respect est partagé naturellement? La japonisation du karaté n’a t’il pas été fatale au destin du karaté?

    Je vous remercie pour votre travail et vos articles, Areski.

    • Votre réflexion est intéressante et je vous rejoins sur certains points. Je pense que selon les clubs les pratiquants se comportent différemment et aussi qu’hélas nombre de karatékas ne savent même pas pourquoi ils saluent et le font machinalement.
      Le système des grades, calqué sur celui du judô de Kanô, est effectivement discutable et a des effets pervers.
      Je pense que dans les entraînements de karaté et dans les disciplines où il y a de vrais échanges qui nécessitent un réel respect pour travailler sincèrement, l’ambiance est toujours amicale. L’influence de l’enseignant est aussi très importante et les élèves reflètent sa personnalité et son enseignement.
      Les arts martiaux sont en effets des armes à double tranchant, ils permettent de se libérer de l’ego tout comme ils peuvent le renforcer. Même s’ils ne sont pas nombreux, j’ai eu la chance de rencontrer des experts très humbles dont l’ego n’était démultiplié.

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