Les formes de la main

Image titled Perform a Knife Hand Strike in Karate Step 1

Pour le profane mais aussi parfois pour le pratiquant, le karaté véhicule l’image des poings serrés, fermés afin de pouvoir donner des coups. Pourtant, la main, peut aussi s’utiliser ouverte. Il existe une multitude de façon d’utiliser la main en combat, qu’elle soit ouverte ou fermée.

Le poing fermé donne l’impression d’être une arme puissante et dévastatrice, surtout s’il est entraîné par des frappes répétitives sur le poteau de frappe (makiwara) ou d’autres cibles diverses (sac, bouclier de frappe, pao, etc.). Le poing montre aussi l’intention d’entrer dans le combat, dévoilant ainsi nos intentions, ce qui lors d’une confrontation réelle nous prive de l’effet de surprise ou de la possibilité de résoudre le conflit sans combattre.

La pratique compétitive, notamment avec l’utilisation de gants homologués qui empêchent d’ouvrir la main et d’en utiliser d’autres facettes renforce l’usage exclusif du poing fermé. Il n’est donc pas étonnant que le symbole de la Fédération française de karaté (FFK) soit un poing fermé.

Une idée répandue veut que lorsque maître Itosu Ankô (1830 – 1915) introduit le karaté dans les écoles d’Okinawa, il en transforma la pratique en simplifiant les techniques et notamment en imposant la pratique mains fermées. On peut comprendre qu’en fermant les mains les risques de blessures diminuent, car en effet les doigts sont fragiles, et l’apprentissage du karaté facilité (plus c’est simple plus c’est facile).

On connait aussi l’influence des arts martiaux chinois sur le karaté d’Okinawa. Souvent les techniques importées de l’Empire du milieu finissaient pas être pratiquées mains fermées à Okinawa. Certains katas comme Sanchin en témoignent, les mains ouvertes ont été en grande partie remplacées par les poings fermés.

Le karaté d’Okinawa avait donc déjà « fermé les poings » au début du XXème siècle et cette tendance n’a fait que se renforcer jusqu’à nos jours. L’enseignement à but éducatif et non plus de self-défense transmit jusqu’à aujourd’hui, renforcé par la pratique sportive, fait que de nombreux pratiquants ignorent les différentes façons d’utiliser la main pour combattre, qu’elle soit ouverte ou fermée.

La forme de poing la plus couramment employée est le seiken, voir photo ci-dessous. On utilise alors les deux premières phalanges.


Pourtant, il existe d’autres zones pour impacter avec le poing fermé. On retrouve ces formes dans les katas : tettsui (le marteau de fer), uraken (le revers du poing), ippon ken (frappe avec une phalange sortie, etc.). On peut se poser la question pourquoi ces formes sont rarement utilisées à l »entraînement, que ce soit dans les assauts codifiés ou les assauts libres.

Je vous invite à étudier plus en profondeur les différentes façon de frapper avec le poing et de ne pas vous contenter d’un registre technique réduit alors que le karaté est d’une grande richesse (voir liens en fin d’article).

Contrairement à ce que peut penser le néophyte, le poing fermé est moins dangereux que la main ouverte. Bien que le poing puisse « assommer ou briser » tel un gourdin, les dommages restent en deçà de ceux que peuvent occasionner la main ouverte dont les doigts peuvent arracher les tissus (joues, oreilles, gorge, etc.) ou piquer des cavités tels que les yeux, la gorge, etc. La main ouverte requiert plus de dextérité et de précision pour atteindre des points vitaux.

Les techniques sont aussi plus rapides quand la main est ouverte car il y a moins de tension dans le bras. En effet, les muscles qui permettent de fermer le poing se situent sur l’avant-bras, mais hélas souvent les contractions se diffusent sur tout le bras et même l’épaule ce qui ralentit le poing.

La main ouverte permet non seulement de frapper, mais aussi de saisir pour projeter, griffer, saisir la peau, etc. Elle reste cependant plus fragile que le poing et nécessite plus d’expertise. Sur le plan psychologique on peut aussi dire que la main ouverte n’est pas menaçante peut donc surprendre l’adversaire qui ne s’attend pas à être frappé.

Il y a des parties de la main ouverte qui sont difficiles à utiliser si elles ne sont pas préparées par un entraînement spécifique. C’est le cas de l’extrémité des doigts. Peu de personnes aujourd’hui s’adonnent à ce type de préparation qui consiste notamment à piquer les doigts dans du sable, puis du gravier puis des petits cailloux. Cette préparation est traumatisante pour les doigts et les déformes, elle n’a pas vraiment de raison d’être dans notre société. Il reste néanmoins des zones que l’on peut viser avec les doigts, même s’ils n’ont subit aucune préparation spécifique (yeux, gorge, sous les oreilles, etc.).

Plus vous avancez dans la pratique plus je vous invite à explorer votre karaté en profondeur. Pour trouver votre meilleure façon de le pratiquer, pour apprendre à mieux vous connaître, pour mieux exploiter votre corps, soyez curieux et appropriez-vous l’héritage des anciens. Il existe plein de sites et d’ouvrages qui permettent d’entreprendre cette recherche. Ne restez pas sur vos acquis, allez de l’avant, l’information n’a jamais été plus facile à trouver qu’aujourd’hui (sites, stages, livres, vidéo, etc.). Alors, allez-y, saisissez votre karaté à pleine main !

Areski

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