C’est facile pour toi !

Great effort

Dans notre société où tout va vite, où les résultats immédiats sont attendus, l’effort au quotidien sur une longue période qui peut prendre toute une vie, tel que l’on peut l’expérimenter dans les arts martiaux, ne fait pas recette. Les publicités, les films d’action, nous ont habitué au spectaculaire et au résultat instantané. Je le veux, je l’achète; je le désire, je l’ai.

Les arts martiaux peuvent encore transmettre des valeurs qui se perdent dans le monde actuel. Ces valeurs sont importantes car elles permettent de se construire réellement pour vivre pleinement sa vie contrairement au rêve que l’on nous vend, que l’on nous inculque, que l’on nous impose. La pratique des arts martiaux va en effet à contre-courant de notre société frénétique où notre identité se dilue, où l’on évite de se poser les vrais questions, où l’on ne s’appartient plus.

Il m’est souvent arrivé d’entendre des pratiquants, des élèves me dire « ha, mais c’est facile pour toi ! » en me voyant exécuter un mouvement, un kata, un travail avec un partenaire. Effectivement, quand on regarde une personne qui possède une certaine maîtrise de ce qu’il fait, une impression d’aisance se dégage. Malgré l’effort nécessaire pour réaliser une gestuelle ou une technique, la personne peut même sourire. Le spectateur n’imagine pas que cette capacité est le fruit d’un long processus, un travail de longue haleine, l’accumulation d’heures de pratique, d’un cheminement sinueux où doutes et découragements ont aussi fait leurs apparitions.

Dites-vous que rien n’est facile ! C’est comme la construction d’une maison. La réalisation des fondations prennent beaucoup de temps mais est essentielle. Durant cette période on ne voit rien apparaître au dessus du niveau de la terre, si ce ne sont les engins de chantier et les maçons qui s’affairent. Durant cette phase, on peut avoir l’impression que la maison ne verra jamais le jour alors que quotidiennement des travailleurs s’y affairent.

Puis enfin on peut commencer à monter les murs, brique par brique. Chacune d’elles doit être ajustée, placée, collée. La méticulosité apportée à ces opérations est importante pour assurer des murs verticaux, réserver l’emplacement des fenêtres et portes, etc. Il faut du savoir-faire et bien suivre les plans de l’architecte.

Le gros œuvre terminé, les finitions prennent encore du temps. Sans elles, la maison est inhabitable. Cette dernière phase, elle aussi, demande de la précision, de la finesse, c’est ce qui sera le plus visible pour le client, c’est l’aspect vendeur du produit.

Il faut du temps pour construire un maison, pour qu’elle soit habitable. Une fois terminée, celui qui vient y vivre ne se rend pas compte de ce que les constructeurs, les maçons et architectes ont investit en temps et savoir-faire.

Il en est de même dans la pratique des arts martiaux. Celle-ci se construit brique à brique, mouvement par mouvement. Le corps demande du temps pour assimiler une technique, une capacité, même si l’on comprend rapidement avec la tête. Même si l’on a des capacités hors norme, même si l’on est doué, il faut du temps pour construire sa pratique.

Il est vrai que nous n’avons pas tous la même intelligence du corps, pas les mêmes capacités d’apprentissage. Mais avant de blâmer cette éventuelle injustice de la nature, quelle est votre investissement dans la pratique ?

Je ne connais pas de personne qui ne progresse quand elle s’entraîne quotidiennement. Oui je dis quotidiennement ! Certains se lamentent de la lenteur de leur progression, mais quel temps, quel investissement consacrent-ils à la pratique ? L’entraînement au dojo est important mais il n’est pas suffisant. La pratique sérieuse doit aussi s’inscrire dans les actes du quotidien. Quand il n’y a pas de rupture entre le dojo et l’extérieur, quand on profite de chaque instant pour « pratiquer » alors on accélère considérablement sa progression. C’est ainsi que l’on arrive à donner l’impression d’être naturel dans notre pratique car on l’habite.

Dans les arts martiaux il y a beaucoup de mouvements qui peuvent dans un premier temps sembler non-naturels. Pourtant, au fil des entraînements, des années, le corps s’habitue jusqu’à intégrer des formes auxquelles ils résistait pour finalement laisser couler naturellement la gestuelle. Ce travail d’intégration, s’il demande du temps dans la durée, nécessite aussi de se donner du temps. Comme l’on veut réussir rapidement, on va souvent trop vite. Or, c’est par la lenteur que le corps va pouvoir intégrer ce qui ne lui est pas naturel. Ce travail en lenteur va permettre au corps de construire les réseaux neuronaux nécessaires à la diffusion de nouveaux signaux pour le contrôle des muscles et articulations. Vouloir aller trop vite alors que l’on n’arrive pas à faire lentement une gestuelle, un exercice avec un partenaire, c’est perdre du temps dans sa progression. La précipitation nuit à la progression.

Quand j’étais un jeune pratiquant, je me souviens que je trouvais ce que l’on faisait en cours trop rapide pour moi. J’étais frustré de ne pouvoir faire ce que demandait le professeur. Alors je m’entraînais seul et pendant ces cessions personnelles je reprenais quelques techniques ou un kata que j’étudiais doucement jusqu’à ce que progressivement mon corps comprenne puis automatise les techniques. Ce travail personnel était pour moi essentiel et je pense qu’il a été une pierre angulaire dans ma progression.

Le professeur donne une direction de travail, vous enseigne des techniques, vous apprends des exercices, mais il ne peut faire les choses à votre place. Si vous voulez réellement progresser, vous devez vous en donner les moyens ! Se reposer uniquement sur les cours n’est pas suffisant pour qui veut réellement atteindre un haut niveau dans les arts martiaux. Pour ma part, je ne connais pas d’expert ou de pratiquant de haut niveau qui n’a pas fait un travail personnel.

Ne vous fiez donc pas à l’impression de facilité que peut donner un professeur ou un pratiquant expérimenté. C’est toujours le fruit d’un long travail minutieux et parfois ingrat. N’oubliez pas que le corps a besoin de temps pour apprendre et que travailler lentement lui permet d’engrammer les gestuelles et techniques avec la capacité d’adapter le mouvement aux circonstances. La vrai maîtrise donne toujours l’impression de facilité mais elle n’est jamais un hasard.

Areski

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3 réflexions au sujet de « C’est facile pour toi ! »

  1. Dans n’importe quel sport il faut une pratique longue et acidue pour trouver les sensations et arriver à une haute maîtrise. Le problème du karaté c’est qu’on apprend tout le sérémonial et les exercices pour les passages de grades et ce travail est bien éloigné de ce qu’on ferait en réalité pour ce défendre. Car Le modèle rigide qu’on doit montrer aux juges n’est pas efficace dans la réalité et la distance de contre attaque est souvent trop longue à cause des positions basses.

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