Devenez invisibles !

invisible man

En combat, qu’il s’agisse de compétition ou de survie dans la rue, trop d’intention génère des crispations qui révèlent à l’adversaire vos intentions. Après avoir peaufiné vos techniques de bras et de jambes pendant de longues heures, que ce soit grâce aux katas, au travail avec un partenaire ou des répétitions sur un sac, des cible ou dans le vide, si celles-ci sont précédées d’un appel, même minime, elles perdront en efficacité ou encore pire elles finiront dans le vide, sans atteindre l’adversaire.

Lorsque l’on débute la pratique du karaté, l’enseignant prend soin de vous guider pour l’exécution la plus correcte possible des techniques, il fait notamment attention à ce que vous ne fassiez pas d’appel, ou du moins corrige-t-il les mouvements parasites les plus grossiers qui prédisent ce que vous allez les faire.

Au début de la pratique l’accent est mis sur les appels les plus communs comme ouvrir le pied avant préalablement à l’avancée sur un pas, que ce soit pour un coup de poing ou un coup de pied. Lors de l’exécution des techniques de jambe les appels prennent souvent leur origine dans les mouvements de bras qui précédent le coup de pied, ou encore le buste qui qui avance, recule ou s’incline préalablement à la technique. Hélas, j’ai remarqué que certains enseignants, apprennent à leurs élèves ces « appels » comme faisant partie des techniques, sans s’en rendre compte ils établissent comme référentiel technique leurs propres défauts. Pour éviter cela, il est important pour chaque enseignant de continuer à se faire superviser par un confrère plus avancé, que ce soit dans des cours réguliers ou des stages. Les défauts évoques précédemment, s’ils s’installent tôt dans l’apprentissage, sont ensuite d’autant plus difficiles à éradiquer que l’on pratique beaucoup et longtemps. Hélas, on peut devenir de plus en plus mauvais si l’on s’entraîne à répéter beaucoup de défauts !

Cependant, même si l’on a appris les techniques correctement en évitant de faire des appels, ceux-ci apparaissent dès que l’on cherche à accélérer ou mettre de la puissance. L’ambition de rentrer une technique, qu’elle atteigne son objectif, est souvent source de dénaturation de la qualité du mouvement, surtout à son démarrage.

En avançant dans la pratique, il convient d’affiner notre façon de bouger afin d’éviter les signes annonciateurs d’une technique sur le point d’être réalisée. Un simple rictus, une grimace sur le visage peut donner une indication et dévoiler votre intention. Une épaule qui avance ou se contracte avant un coup de poing, le regard qui se dirige vers la cible visée, sont aussi des indicateurs que l’adversaire peut percevoir, que ce soit consciemment ou non mais qui au final feront que vous ne pourrez pas obtenir l’efficacité recherchée dans le mouvement exécuté.

Une technique trop explosive alarme aussi l’adversaire car elle nécessite une mise en action de beaucoup de muscles et le démarrage, de part sa soudaineté, crée une réaction d’alerte et de protection chez l’adversaire. Une approche moins démonstrative, avec une accélération finale, peut être plus troublante chez l’adversaire qui se rendra compte du danger un peu trop tard pour y réagir. En effet, un mouvement qui s’approche sans menace ne provoque pas une réaction défensive, et si son accélération se produit quand il est trop tard pour le défenseur de réagir efficacement, la technique atteint alors la cible plus sûrement. Cette approche permet de surprendre l’adversaire même si l’on ne possède pas une vitesse d’exécution exceptionnelle.

Une autre façon de rendre une technique moins visible, moins prévisible c’est l’angle choisit pour l’exécuter. Si l’adversaire est dans la garde de la personne qui est à droite sur la photo ci-dessous, son bras avant gauche obstrue sa vision de telle sorte que l’adversaire peut en profiter pour lancer un coup de pied de face – mae-geri – en prenant soin que le démarrage du coup de pied soit caché par le bras. Quand le coup de pied arrive alors prés du corps, il est trop tard pour organiser la défense et réagir de manière appropriée.

Une autre façon de profiter des angles morts, c’est d’attaquer ou riposter sous le bras de l’adversaire comme l’illustre la photo ci-dessous. Alors que le personnage de droite vient d’exécuter un coup de poing gauche, le défenseur qui se trouve à gauche, après avoir esquiver l’attaque, riposte sous le bras. Cette façon d’opérer est intelligente car là aussi, la riposte est moins perceptible à condition de ne pas gâcher cette stratégie avec d’autres appels comme le fait d’avancer l’épaule au préalable.

Pour rendre vos techniques moins visibles, moins perceptibles, il convient donc de faire attention à différents points que sont la technique (ne pas faire d’appel), la psychologie (ne pas alerter ou faire peur avec des mouvements brusques ou des accélérations partants de loin), la stratégie en recherchant les angles morts dans lesquels l’adversaire ne peut voir arriver le danger.

Chercher à rendre ses techniques invisibles ou moins perceptibles est une démarche qui est à l’opposée de celle du karaté spectacle, tel que nous aimons le voir au cinéma ou lors de démonstrations. Celui qui frappe cherche justement à être le moins visible possible alors que dans les situations spectaculaires on cherche complètement l’opposé. Ainsi, un expert de karaté efficace n’est pas spécialement spectaculaire, ses coups n’ont pas l’air puissants, pourtant quand on est face à lui on ne comprend pas comment il arrive à nous toucher puissamment au moment où l’on s’y attend le moins. Ce travail qui n’est pas démonstratif peut hélas ne pas être apprécié lors des passages de grade où il faut donner à paraître. Je me souviens personnellement que l’on m’avait reproché lors d’un de ces examens de ne pas faire de grimace et de réaliser mes techniques sans effort… alors que c’était justement ma recherche et que pour y arriver j’avais énormément travaillé. Pour ces jurys du passage de grade je donnais l’impression de ne pas m’être entraîné et de ne pas exécuter mes techniques à fond, bref j’étais un touriste. Heureusement, une personne du jury avait compris mon travail et ma recherche, il a probablement influencé ses confrères.

Dans cette recherche du geste imperceptible, une utilisation minimale des tensions et une connaissance approfondie de l’utilisation du corps sont nécessaires et bien sûr cela s’obtient par un entraînement assidu et sur le long terme. Ce travail peut sembler ingrat car il n’impressionne pas les foules ni les jurys d’examen de grade, pourtant il peut vous sauver la vie dans la réalité et au quotidien il vous guide vers un meilleur contrôle et une connaissance approfondie de vous-même. Essayez, vous serez surpris !

Areski

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