Une arme à double tranchant

Tout le monde sait que les arts martiaux peuvent être bénéfiques pour ceux qui les pratiquent. Ces bienfaits peuvent être d’ordre physique, comme l’amélioration de la condition physique et de la santé, mais aussi d’ordre psychologique par l’augmentation de la confiance en soi. Puis enfin, il y a le développement personnel, car ces méthodes dites de combat sont aussi des outils qui permettent une introspection, une démarche spirituelle, une réflexion philosophique, etc.

Pourtant, il y a des pièges dans lesquels il ne faut pas tomber au risque de voir tous ces bienfaits se transformer en l’inverse de ce que l’on pensait obtenir en pratiquant assidument et honnêtement.

La plupart des blessures que les pratiquants d’arts martiaux sont les victimes viennent des entraînements et non pas d’agressions. Il y a bien sûr les accidents qui peuvent être dus à trop d’engagement, trop d’ambition, voir trop d’ego quand on veut montrer qu’on est fort, ou meilleur. Et puis, il y a les blessures que l’on s’inflige à soi-même en ne respectant pas les consignes de placement données par l’enseignant, mais aussi en forçant trop, c’est à dire en ne sachant pas respecter les limites de nos possibilités, quand le corps nous crie qu’il faut arrêter le massacre (le signal étant la douleur). Toutes ces blessures résultant d’un entraînement mal géré, mal respecté, mal conduit, sont autant de traumatismes qui nous détruisent progressivement alors que beaucoup d’entre-nous sommes venus aux arts martiaux pour apprendre à nous défendre ! Ainsi, commençons par nous respecter et nous défendre de nos propres stupidités car nous avons plus de chance de nous détruire nous-même que par un agresseur.

Beaucoup des pratiquants pensent qu’en étant brutal avec eux-même et envers les autres ils vont développer leur efficacité. Si effectivement, l’entraînement doit tendre progressivement, couche après couche, à une situation proche de la réalité, cela ne veut pas dire que la brutalité doit être au rendez-vous. Le réalisme c’est être à la bonne distance, trouver le bon timing, être précis (en attaque et en défense), ne pas se figer dans des conventions (une seule attaque, une seule défense, un seul attaquant, etc.) et des illusions (un coup qui tue, …). La brutalité ne vous prépare pas au combat réel, elle ne fait que vous maintenir dans une illusion que vous regretterez amèrement le jour d’une réelle confrontation. Elle peut aussi être la source de peurs qui nous empêchent de progresser.

Un autre travers des arts martiaux c’est d’entraver la liberté des pratiquants. Alors que l’adepte doit progressivement s’émanciper de son professeur, pour acquérir de l’autonomie puis enfin couper le cordon ombilical, à l’image des parents avec leurs enfants. Hélas, pour des raisons diverses (pouvoir, profit financier, etc.), nombreux sont les enseignants et experts qui ne donnent pas la possibilité aux élèves de s’émanciper. Il y a divers facettes de cette manipulation (conscient ou non), l’une d’elle est de ne pas donner les outils permettant de s’affranchir de la technique et donc de ne pas laisser l’élève découvrir les principes fondamentaux du combat. On peut aussi assister à une domination psychologique qui parfois n’est pas loin de la dérive sectaire. Plus la pratique est mystique, plus elle risque de tomber dans ce travers.

Sur le plan spirituel, vous savez que la voie des arts martiaux japonais, influencée par la doctrine du bouddhisme Zen, est un cheminement qui vise à se détacher de son ego, de s’en libérer pour ne plus en être l’esclave. Alors que jeune pratiquant j’étais persuadé qu’il s’agissait là de la voie à suivre, j’étais dérouté en observant de nombreux experts. Ces derniers bien qu’excellents sur le plan technique, me semblaient avoir un ego démesuré. J’ai alors compris que la compétence technique ne présupposait pas spécialement une réelle évolution spirituelle. En ce sens, les arts martiaux sont un véritable piège car le pratiquant avance sur le fil d’un rasoir, duquel il est facile de tomber du mauvais côté. Chassez l’ego et il revient au galop !

La pratique des arts martiaux nécessite une extrême vigilance et une grande prudence. Être accompagné par un enseignant de qualité est important mais nous ne devez jamais vous départir de votre sens critique. Quel que soit la personne qui vous montre le chemin, c’est vous qui le parcourrez et vous êtes responsables de chaque pas. Ayez du discernement et soyez fidèles à vos engagements, à vos principes. Ce parcours est semé d’embûches, vous irez dans des impasses, vous trébucherez, vous faillirez, mais c’est en vous relevant et en continuant à avancer que vous grandirez. Respectez vos anciens et vos enseignants mais ne dépendez pas d’eux, trouvez vos pas, trouvez votre chemin, allez vers l’horizon que vous dicte votre cœur.

Areski

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