Ne ramenez pas à vide

sensei lavorato karate shotokan

A force de scinder la pratique, les techniques elles-mêmes finissent par être morcelées perdant peu à peu le liant nécessaire au combat pour rester dans un mouvement continue qui permet de mettre à profit les opportunités qui se présentent ou que l’on crée afin d’amener l’adversaire dans la toile dont il ne pourra plus sortir jusqu’à l’action finale et décisive.

Au delà de l’idéologie du coup unique, dont on pourra débattre dans un autre article, j’aimerais apporter ici un éclairage, notamment pour ceux qui débutent la pratique du karaté, sur la façon d’appréhender les techniques en montrant qu’il y a toujours deux faces sur une médaille et qu’il est important et passionnant d’explorer celle qui souvent reste dans l’ombre et dont peu de personnes parlent.La majorité des techniques s’exécutent avec une phase allé et une autre de retour. Souvent nous comprenons assez facilement l’aller où l’on frappe ou dévie une attaque mais rarement nous prêtons attention au retour où l’action n’est pas exploitée, c’est ce que j’appelle dans le titre de cet article « le retour à vide ».

La notion de « hikite », le bras qui est tiré en arrière que les karatékas connaissent bien est parfois justifié comme étant une façon de permettre de mettre plus de puissance dans la technique qui est lancée en avant tandis que l’autre bras vas en arrière.

La photo de gauche ci-dessus illustre la façon dont on tire le hikite dans une majorité de cas. Mon propose ici c’est de dire que si ce bras revient en arrière sans rien faire, alors c’est une perte de temps, d’énergie et certainement aussi une occasion manquée. De plus, en terme de combat, cette façon de faire, bien qu’elle puisse être éducative, est dangereuse en combat car elle laisse nos points vitaux à découvert. Pour faire comprendre ce qui précède, regardez la photo de droite ci-dessus. Il s’agit de deux boxeurs et l’on y observe que le poing qui ne frappe pas reste prés de la ligne médiane du corps et proche de l’adversaire. Ainsi elle est prête à frapper de nouveau ou dévier une attaque adverse.

Quand on a passé le stade de débutant, on peut frapper puissamment avec un bras sans tirer l’autre au côté, comme on l’a vu sur la photo de droite, c’est ce que font les boxeurs par exemple. Ça ne veut cependant pas dire que tout le corps ne participe pas au mouvement, bien au contraire.

Pour revenir au hikite, quand vous frappez par exemple du poing droit au visage, vous pouvez saisir au passage les cheveux, le col ou une autre partie du corps de l’adversaire afin de le tirer vers vous ou sur le côté en frappant de l’autre bras. Ici le hikite a donc une utilité pratique, déstabiliser, déstructurer pour faciliter l’action suivante. C’est que l’on voit dans la photo ci-dessous où Gichin Funakoshi frappe tout en maintenant fermement le bras adverse en déstabilisant son partenaire.

Si cette idée de profiter du retour du bras pour le mettre à profit pour la suite du combat est facilement compréhensible avec les bras, elle l’est peut être moins pour les techniques de jambe.

Vous savez bien sûr qu’il est préférable de replier sa jambe après avoir frappé en coup de pied, ne serait-ce que pour ne pas se faire attraper la jambe ou simplement pouvoir frapper à nouveau immédiatement du même pied si cela s’avère opportun ou/et nécessaire. Mais il est une action à laquelle on pense moins, c’est que le retour du coup de pied peut aussi être une frappe.

En effet le retour de frappe de la jambe permet aussi de percuter l’adversaire avec le talon durant le trajet de retour, pour peu qu’une partie de l’adversaire puisse être touché à cette occasion. Mais c’est aussi la jambe toute entière qui peut être utilisée pour balayer par exemple. Quand on a présent à l’esprit cette opportunité d’action, certains passages de kata où l’on utilise un coup de pied prennent un autre sens et s’éclairent de nouvelles possibilités d’applications.

Il est donc important d’avoir conscience de tout ce que l’on peut attraper ou frapper, que ce soit avec les bras ou les jambes. Les mouvements nous illusionnent car on se limite souvent à quelques utilisations types, qui sont hélas souvent des cas d’école pour éduquer le débutant. Le karaté est un art bien plus subtile que cela et pour le comprendre il faut analyser avec plus d’ouverture d’esprit les techniques que nous répétons depuis des années si ce n’est des décennies. Pourtant ce travail, immense mais passionnant vous amènera à un meilleurs contrôle de votre corps, une meilleure disponibilité en combat et la capacité à mieux saisir les opportunités en combat.

J’espère que cet article à caractère technique vous permettra d’avancer dans votre apprentissage ou votre perfectionnement en élargissant votre conscience et votre horizon de pratique. Bien-sûr, n’hésitez pas à laisser vos commentaires ci-dessous.

Areski

référence :

article en anglais sur le hikite

 

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