Tameshiwari – l’épreuve de casse

Les démonstrations de casse, il y en a de tous genres, avec de la glace, des briques, des battes de baseball, des planches, etc. Ces démonstrations étaient très courantes dans les années 60 à 90 pour prouver la puissance de frappe du karatéka. Bien évidemment, les autres arts martiaux comme le taekwondo, le kung-fu, le viet-vô-dao et d’autres ont emprunté le même chemin, chaque discipline rivalisant d’ingéniosité pour rendre le spectacle de plus en plus spectaculaire.

A l’origine il y a le test de casse, qui fait partie de l’enseignement des écoles de karaté. Dans ce terme nous avons tameshi 試 qui veut dire essai et wari 割りqui signifie casser, briser. Ainsi, tameshiwari 試割り fait référence à un test de casse. Comme le précise le terme, il s’agit avant tout d’un test ! Ce test permet au pratiquant de jauger la puissance, la rapidité et la précision de sa frappe. Il n’y a pas de recherche d’effet spectaculaire, c’est une affaire entre le pratiquant et lui-même.

Il y a plusieurs façons de réaliser un test de casse. En général on utilise des planches de bois (cédre, sapin), des briques ou des tuiles. Quand la planche ou les tuiles sont maintenues (à la main ou sur un socle), on peut en augmenter le nombre pour rendre l’exercice plus difficile. En effet, plus il y a de planches, plus c’est difficile. S’il s’agit d’une planche, on peut aussi la poser à la surface de l’eau, la casser est alors plus difficile, le coup doit vraiment être incisif. La planche peut aussi être suspendue à une cordelette, restant libre quand on la pousse. Une autre version consiste à lancer la planche en l’air et la casser avant qu’elle ne tombe. Tous ces tests sont faits pour le pratiquant et ceux qui sont le plus difficile peuvent être les moins spectaculaires pour un public non avertit.

Dans les démonstrations publiques, l’escalade vers plus de sensationnel n’a pas de limite. Il y a donc beaucoup de trucs, d’astuces ou certains parleront de triche. Ces tests sont des shows, comme peuvent l’être des tours d’illusionnistes. Ainsi, après les premiers spectacles avec des planches, on a vu graduellement des gens casser des parpaings de glace et j’en passe. D’ailleurs, les personnes qui font ces spectacles ne sont pas toujours des pratiquants d’art martiaux, et quand c’est le cas, leur niveau n’est pas exceptionnel. Comme disait Bruce Lee dans un de ses films « la planche ne rend pas les coups ».

Il existe donc des trucs pour faciliter la démonstration de casse comme mettre les planches au four pour les assécher et les rendre moins résistantes. Un jour, un célèbre prestidigitateur, Gérard Majax (1943 – 2018) dévoile dans l’une des ses émissions « Ya un truc » une astuce pour casser un galet. Dans cette émission, les téléspectateurs proposaient des « tours » ou des « trucs », si personne ne le trouvait parmi le public, le téléspectateur à l’origine du truc gagnait 500 Francs (même pas 100 Euros aujourd’hui…). Personne n’avait donc trouvé comment casser un galet et c’est donc lors de cette émission que j’ai appris ce secret. Je me souviens encore comment j’impressionnais mon entourage en cassant sur la plage les galets par dizaines ! Mes spectateurs voyaient dans cette capacité la démonstration de l’efficacité de mon karaté….

Il ne faut donc pas confondre « test » et « démonstration ou spectacle ». Dans le premier, l’honnêteté envers soi-même prime, dans le second cas il s’agit d’en mettre plein les yeux et cela ne prouve pas grand chose. Quand j’ai commencé le karaté au milieu des années 70, on parlait beaucoup de maître Masutatsu Oyama (1923-1994) le fondateur de l’école kyokushinkai qui est probablement la plus connue au Japon, notamment grâce à ses combats au K.O. qui sont diffusés à la télévision nippone. Masutatsu Oyama s’est fait connaître par différents exploits, qui restent invérifiables, mais la légende est là ! Il aurait entre-autres combattu un taureau et lui aurait brisé les cornes. Maître Taiji Kase (1929-2004) avait dit lors d’une interview pour un magazine spécialisé, en parlant de la casse et certainement en référence à Masutatsu Oyama « ce sont de petits tests destinés à de petits karatékas ».

Au delà de toutes ces considérations, celui qui souhaite faire l’expérience du tamashiwari, le test de casse, doit se préparer sérieusement s’il souhaite en sortir indemne. Il convient de renforcer les articulations par des exercices tels que les pompes et s’entraîner à frapper sur un makiwara et/ou un sac ou autre outil destiné aux percussions. Se faire suivre par une personne ayant de l’expérience dans ce domaine et ne pas vouloir aller trop vite et casser plusieurs planches d’un coup.

Dans certaines écoles, le tameshiwari fait partie de l’enseignement et parfois il est demandé de faire de la casse dans certains passage de grade. 

Il faut cependant être conscient que frapper un corps en mouvement c’est autre chose qu’un exercice de casse. Aucune épreuve de casse, ni même d’entraînement au sac ou makiwara, ne remplace l’expérience de la frappe réelle sur un corps. Si la puissance est un paramètre de l’efficacité, il y en a d’autres tout aussi importants. A quoi bon frapper avec 100 tonnes si l’on ne fait que brasser du vide ? Toujours frapper à 100% de son potentiel n’est pas toujours une bonne idée non plus, il faut être en mesure de doser l’intervention en fonction du résultat recherché et de la situation.

Si vous avez une expérience de la casse, n’hésitez pas à la partager ici. Que vous a-t-elle apportée ?

Areski

Références :

Masutatsu Oyama wikipedia

Taiji Kase wikipedia

Tameshiwari wikipedia

karatebyJesse

4 réflexions au sujet de « Tameshiwari – l’épreuve de casse »

  1. Bonjour,
    Je me souviens, vers la fin des années 70, les démonstrations que nous faisions se terminaient toujours par des casses de tuiles, briques et planches de sapin… Il n’y avait pas d’entraînement spéciaux. De temps en temps du makiwara mural et seulement la veille nous nous exercions à quelques exercices sur makiwara portable. Chacun avait sa technique préférée: gyaku tsuki, le coup de tibia sur la batte de base ball, yoko geri ou le shuto uchi sur le goulot d’une bouteille en verre et remplie d’eau. Le maïte tsuki donné sur une planche suspendue à une ficelle m’impressionnait beaucoup car il fallait faire preuve de rapidité et avoir une bonne technique. Ma spécialité était mae tobi geri. Nous étions beaucoup applaudis, c’était de bons souvenirs et nous nous faisions plaisir.
    Il est vrai, tout le monde peut casser des matériaux tel le bois, des tuiles, des briques ou de la glace. Certains hommes costaux s’amusent à casser et à démontrer que même sans pratiquer les arts martiaux ils arrivent aux mêmes résultats. On peut se poser la question comment la chair d’une main qui est molle peut casser du béton qui lui est dur, très dur. Il ne faut pas non plus se surestimer en frappant un arbre sur le bord d’une route, ce dernier vous rendra au même moment le coup. Si vous frappez rapidement avec votre poing une feuille de papier A4, votre poing repoussera la feuille mais si vous la frappez avec une aiguille les forces seront tellement concentrées sur une petite surface que le papier se retrouvera percé. Dans les western le coup de poing de JOHN WAINES qui met k.o. et repousse son adversaire est différent de celui de Bruce Lee qui lui implique le maximum de déformation locale et brise muscles, os et organes.
    Dans le passé, des physiciens américains ceintures noires de karaté ont tenté de répondre à ces questions et ont mis en équation la physique du karaté dans le respect de la biomécanique du corps en prenant comme paramètres: appuis, trajectoires et précisions, vitesses, forces, énergies, la déformation et l’impact sur le matériau utilisé. Si nous prenons l’exemple d’un coup de poing qui arrive à une vitesse de 54 km/h, le poing du karateka va peser 450 fois son poids, c’est énorme même pour un poing de 750 grammes.
    Je ne vais pas rentrer dans les détails de la physique ou des mathématiques mais il y a un article très intéressant à lire dans la revue «SCIENCE ET VIE» de mars 1979 intitulé: LE KARATE…OU LA DIALECTIQUE DU «DUR» ET DU «MOU».

    Un nota bene sur le maître MASUTATSU OYAMA
    Johannes Cornelius Bluming (06/12/1933 – 17/12/ 2018) un étudiant de MASUTATSU OYAMA
    peut être vu sur le lien:
    https://www.youtube.com/watch?v=7oXh_NpgQjU

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