Le plaisir du mouvement

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La pratique d’un art martial est bien sûr nécessairement en rapport avec le combat, la défense personnelle et des proches, la survie. Pourtant combien d’entre nous sommes et seront réellement confrontés à une situation où il faudra agir pour sauver sa vie ? Même si nous pouvons porter un intérêt plus ou moins important à cet aspect, nous continuons à pratiquer aussi pour d’autres raisons.

L’aspect martial est important et incontournable dans ma pratique et mon enseignement mais j’aimerai traiter ici du plaisir de pratiquer, de sentir son corps en mouvement au delà de toute considération martiale.

Pour ma part j’éprouve beaucoup de plaisir à exécuter des mouvements de karaté, que ce soit seul, comme dans les katas, ou bien avec un partenaire qui introduit une notion d’échange, de communication non verbale.  La pratique du karaté, mais aussi de toute discipline qui implique le corps en mouvement, en mettant en jeu les muscles, les articulations, les structures nerveuses, les organes, nous fait entrer dans un espace de sensorialité.

Plus nous nous entraînons, plus nous développons une connaissance et une sensibilité du corps. Non seulement nous savons comment notre corps se situe dans l’espace mais nous devenons plus à l’écoute et sensible aux messages que ce corps nous envoie. Dans le mouvement s’établit une intimité relationnelle avec soi-même, une communication intime qui apporte beaucoup de plaisir.

La première étape pour accéder à cette sensorialité est la connaissance de son schéma corporel, pour faire simple c’est la connaissance de son corps et de sa position dans l’espace. Nous possédons un peu partout des capteurs qui nous informent des coordonnées spatiales mais aussi de la vitesse et d’autres paramètres. Le schéma corporel se construit depuis notre conception, dans le ventre de notre mère. Tout ce qui vient en contact avec l’enfant, que ce soit le toucher, le liquide amniotique, les vêtements, participe à la découverte du corps et à son appropriation par l’individu. Dans ce développement, l’enfant apprend à se distinguer de sa mère et des autres, il construit son identité et son individualité. Je suis car j’ai un corps.

Dans beaucoup de pays d’Afrique et d’Asie, il est de coutume que la mère masse son enfant. Cette pratique présente plusieurs avantages comme le fait de renforcer le lien entre l’enfant et sa mère mais aussi éduquer l’enfant à la connaissance de son corps. Ce corps ainsi massé reçoit aussi un contact qui le rassure, de l’affection. L’individualité se construit aussi en lien avec le rapport aux autres. J’existe parce qu’il y a altérité.

Je me rends compte lors de l’enseignement du karaté aux enfants que chez les plus petits, certains ne s’habillent pas seul. Les parents qui agissent ainsi pour gagner du temps ou pensent que l’enfant n’est pas capable, rendent leurs enfants dépendants mais les privent aussi d’une expérience importante pour connaitre leur corps et développer leur schéma corporel. En effet, lorsque l’enfant enfile ses vêtements, le contact de ceux-ci qui glissent sur la peau, la recherche de la bonne position des membres pour les faire entrer dans les espaces ad hoc, il construit progressivement et à son rythme son schéma corporel.

L’enfant a besoin de faire des expériences multiples et variées pour connaître son corps et donc mieux le contrôler. Un jour j’ai demandé au père de deux élèves jumeaux quelle était sa recette pour avoir élevé ses enfants de telle sorte qu’ils soient si doués avec leur corps ? En effet, ces jumeaux comprennent vite les exercices demandés et quel que soit le sport qu’ils pratiquent, ils y excellent. Le père me répondit qu’il suffit d’observer ce qui se passe dans les parcs, les parents interdisent tout à leur enfants, ils ne peuvent pas grimper, ni sauter, tout est considéré comme dangereux et les enfants ne bougent plus, ne s’amusent plus pour ne prendre aucun risque. Il est donc essentiel que les enfants fassent leurs expériences, qu’ils grimpent aux arbres et aux poteaux, qu’ils testent leurs limites en sautant et escaladant, etc. Ces expériences motrices sont indispensables pour que l’enfant construise son schéma corporel, faute de quoi ils deviennent des personnes dont le corps a été nié et présentent un handicap psychomoteur que je constate chez de nombreux adultes qui contrôlent très mal leur véhicule physique.

La connaissance du corps fait partie de la connaissance de soi et se poursuit tout au long de la vie. La pratique en lenteur permet de mieux ressentir, d’être plus conscient du geste. Cette conscience trace comme un sillon que l’on va approfondir au gré des répétitions. Le sillon une fois dessiné et creusé permet une exécution plus rapide du geste en gardant la fluidité et la connexion. En variant les mouvements, les positions, le travail debout et au sol, les différents points de contact du corps avec l’environnement (sol, mur, partenaire, etc.), notre système nerveux s’enrichit, de nouveaux circuits neuronaux se créent, de nouvelles sensations naissent.

Il y a donc dans cette sensorialité du mouvement une forme de sensualité du geste qui se dessine dans le vide ou avec un partenaire. Cela procure un plaisir qui rend la pratique de plus en plus addictive car au delà du bien-être on réalise que nous sommes vraiment nous-mêmes quand notre présence se manifeste ainsi dans la chair. Si notre esprit est encombré, si nos pensées nous envahissent, nous perdons cette connexion précieuse avec notre corps, le mental prend alors le dessus et nous prive de notre intériorité, de notre sensorialité, il nous coupe de nous-même.

Entrer en communication avec son corps, apprendre à le connaître et à le maitriser crée donc une connexion, un fusion entre l’esprit et le corps au point où l’on se demande d’où vient le mouvement, qui le guide ?Le mouvement crée la sensation et parfois l’inverse aussi. Tout cela est difficile à mettre en mot, il convient à chacun de faire ses propres expériences.

Areski

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