La garde

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Dans les arts martiaux et les sports de combat on parle souvent de garde. Les néophytes demandent parfois « comment prend-on la garde en karaté ? ». Le sujet de la garde est plus complexe qu’il n’y paraît, même si pour simplifier les choses, l’enseignant demande à l’élève débutant d’adopter une garde déterminée pour lui donner un repère et un placement lui permettant de réaliser l’exercice.C’est le terme japonais kamae 構え que l’on traduit en français par « garde ». Kamae 構え, veut dire « être prêt, déterminé », ce terme reflète aussi l’idée de « structure, posture ». En français « être sur ses gardes » veut dire faire attention, être vigilant pour parer à ce qui peut arriver, ceci afin de ne pas être pris par surprise. Être en garde fait donc, à mon avis, plus référence à une disposition mentale, le fait d’être prêt à toute éventualité, qu’à un positionnement spécifique des bras ou/et du corps.

Dans les arts martiaux les échanges avec partenaire, qu’ils soient libres ou codifiés, commencent souvent par une prise de garde, mais pas tout le temps. Si l’on observer les exercices d’assaut libre en karaté, les combattants s’affrontent généralement en duel, au début de l’exercice ils adoptent un posture et un placement des bras qui fait comme une barrière vis à vis de l’opposant. Cependant, quand on se trouve dans le cas de l’assaut conventionnel, kihon ippon gumite,   l’attaquant est en garde visible (posture et position des bras) tandis que le défenseur est debout, en position d’attente, les bras le long du corps, les poings sont souvent fermés. C’est la posture que l’on adopte au début d’une grande majorité de katas. On comprend alors qu’il y a plusieurs façon de se mettre en garde. Dans le premier exemple les deux pratiquants sont engagés dans un échange et utilisent de manière tactique une garde. On peut comparer cette situation à celle de deux escrimeurs qui ont dégainé et mettent l’arme entre avant, entre eux et l’adversaire. Dans le deuxième exemple, le défenseur se prépare intérieurement, il est prêt à agir mais le montre pas. C’est la situation du iai, l’art de dégainer le sabre japonais, l’arme est dans son fourreau et l’escrimeur est prêt à dégainer.

A mon sens, il convient de distinguer deux situations différentes, celle où l’adversaire n’a pas encore manifesté d’hostilité et n’a pas encore attaqué et celle où le combat est engagé, des coups ont déjà été échangés.

Si l’on se situe sur un plan martial et de self-défense, adopter une garde comme on le fait souvent en cours, peut alerter l’agresseur de nos capacités combattives et l’empêcher de faire une erreur qui lui serait préjudiciable ou fatale. La garde va donc prévenir l’agresseur que je suis aguerri à une discipline de combat, il va donc repenser sa stratégie d’attaque ce qui risque de me compliquer grandement la tâche. Cela ne veut pas non plus dire que je ne vais pas me préparer au combat, je peux en effet placer mes mains de manière imperceptible de façon à pouvoir agir rapidement au moment opportun, placer mon corps de profil ou de trois quart pour ne pas exposer mes points vitaux, me déplacer calmement pour conserver une distance de sécurité et enfin observer mon environnement pour pour l’utiliser à bon escient si la situation dégénère. 

La garde joue donc un rôle stratégique. Elle permet aussi de protéger des zones vitales et d’agir rapidement en favorisant l’action (attaque ou défense). Si dans certaines écoles, certaines disciplines on demande au pratiquant d’adopter une forme spécifique de garde, on comprend très rapidement que celle-ci ne peut être que personnelle et en rapport avec la stratégie de combat. Il faut aussi être conscient que la façon de se mettre en garde révèle beaucoup de choses, comme le niveau de peur, l’état de stress, les tensions, l’intention, ainsi que le niveau technique.

Le débutant a néanmoins besoin de repères et de se sentir protégé en combat. L’enseignant peut alors lui indiquer une garde qui agit plus comme un bouclier, ce qui va rassurer l’élève. Les bras sont alors mis plus ou moins en avant et protègent les parties les plus fragiles comme le visage, le sternum. Puis par l’expérience, cette garde va évoluer, elle va s’ouvrir pour créer des ouvertures stratégiques pour donner à l’adversaire l’idée d’attaquer dans ces fenêtres. La garde sert alors d’appât, elle invite l’attaquant là où l’on a choisi. Par exemple, une garde basse va inciter l’adversaire à porter des coups vers le haut et une garde haute va l’inciter à attaquer en bas. Mais ici encore, la garde reste formelle, même si elle évolue au cours du combat. En progressant encore, le pratiquant va évoluer vers une garde sans forme, ou aux formes multiples, changeantes comme la forme des nuages.

Dans l’histoire des sports de combat, on a vu des boxeurs comme Mohamed Ali combattre sans garde apparente, les bras le long du corps. Je me souviens aussi en karaté de Pierre Blot, grand champion, qui utilisait uniquement des attaques de jambe et n’adoptait pas de garde avec les bras, les laissant le long du corps.

On pense trop souvent à la garde dans un combat duel mais lorsqu’on est face (ou entouré ?) de plusieurs assaillant, adopter une garde comme on le voit souvent, avec les mains en avant nous rend plus vulnérable, plus prédictible. En effet, si cette garde peut être utile pour faire face à l’agresseur qui est devant soi, elle nous fragilise et nous empêche de porter notre attention sur les autres adversaires. Le combat contre plusieurs agresseurs implique des stratégies de combat différentes et la garde en fait partie. Dans cette situation, c’est plus l’idée d’être sur ses garde qui est importante que celle de se cristalliser dans une forme inadaptée.

De la même manière, si l’agresseur a une arme, comme un couteau par exemple, en mettant les mains en garde vers l’avant c’est lui offrir une cible facile à couper. Ainsi, comme nous l’apprenons au début de chaque kata, où les bras sont le long du corps ou dans une position non offensive, la garde est une attitude mentale qui se traduit ensuite au cours du combat en des placements de corps et des bras permettant d’agir rapidement sans laisser les adversaires connaître notre stratégie de combat, ni entrevoir nos capacités pour en tirer un avantage. Même si l’apprentissage commence souvent par des gardes fondamentales, en effet celle-ci permet de rassurer émotionnellement, de se sentir en sécurité; il convient d’évoluer dans son approche du combat pour trouver des stratégies en fonction des situations de conflit, l’adoption d’une garde peut en faire partie mais celle-ci sera  plus ou moins visible, plus ou moins naturelle.

Areski

Références :

Wikipédia : la garde

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