La force de l’intention

Le temps de l’entraînement est important c’est un moment où vous pouvez vous consacrer entièrement à vous-même, car vous êtes précieux, unique. De plus, dans la vie trépidante que nous menons, où nous passons beaucoup d’heures au travail, à nous occuper de la famille etc. le temps imparti à l’entraînement est souvent réduit à quelques heures par semaine, c’est une raison de plus pour en tirer au mieux les profits qu’il peut générer en nous. Pour cela, il suffit d’être le plus présent possible dans ce que le l’on fait et d’agir avec une intention juste qui nous connecte à nous-même.Quels que soient les exercices que vous pratiquez, mettez-y de l’intention, c’est à dire l’état d’esprit le plus adéquat pour mener correctement le travail demandé. Si vous êtes entrain de répéter des techniques de base dans le vide, assurez-vous d’avoir bien visualisé et compris la trajectoire à reproduire. Si l’image mentale n’est pas correcte, vous risquez de diriger vos efforts vers l’exécution d’une technique incorrecte.

Vous devez donc apprendre à aiguiser votre sens de l’observation. Cette qualité n’est pas développée dans le cursus scolaire classique, à part les danseurs et danseuses, peu de personnes sont capables de mémoriser une suite de gestes, de techniques, et de la reproduire. Mais pour bien reproduire une technique, il vous faut aussi avoir une idée de son utilisation en combat, à quoi sert-elle ? Ainsi, quand tous ces éléments seront en place dans votre tête, vous pourrez visualiser un adversaire sur lequel vous appliquez vos techniques. De cette façon, même si le mouvement est développé dans le vide, vous le dirigerez avec une intention juste qui donnera une qualité particulière à ce que vous ferez.

L’exemple ci-dessus s’applique bien entendu au kata qui n’est qu’une succession de mouvements exécutés dans le vide (ce n’est bien sûr pas que ça un kata !). En fonction du sens que vous donnez à cet exercice, en fonction de votre compréhension des applications en combat, il existe une infinité d’états d’esprit dans lesquels on peut se placer pour vivre le kata. Au delà de l’expression combative notre intention peut être dirigée sur une recherche particulière : fluidité, explosivité, respiration, relâchement, rythme, etc. Le kata est un outil que vous pouvez moduler en fonction de votre recherche, encore faut-il celle-ci existe ! Pour le débutant il s’agit en premier lieu de s’appliquer à reproduire le schéma du kata, de ne pas oublier de mouvement. Pour le pratiquant plus avancé, au-delà de la perfection technique, il est important d’ajouter une recherche personnelle pour qu’à chaque répétition de la forme codifiée vous bonifiez votre kata et donc votre pratique. Répéter un mouvement ou d’un kata à blanc, sans intention, sans objectif, c’est à mon sens du temps de perdu ou du moins un entraînement à faible rendement.

Quand vous travaillez avec un partenaire, ce dernier va ressentir votre état d’esprit car celui-ci influence votre état de présence et certainement la qualité de votre travail. Souvent dans les exercices conventionnels les rôles sont répartis, on désigne l’attaquant et le défenseur. Ces conventions risquent de vous induire en erreur. Je m’explique, si vous avez le rôle de l’attaquant, tori, vous risquez d’attaquer sans chercher à dissimuler vos mouvements (les appels par exemple !), sans conserver la conscience que dans un combat sans convention, le partenaire pourrait contrer ou même attaquer en même temps que vous. Pour le défenseur, uke,  l’erreur consiste souvent à être trop sur la défensive, voir même passif, à toujours être prêt à reculer sans jamais penser à saisir l’opportunité de frapper ou d’agir dans l’intervalle entre deux attaques ou même d’empêcher que l’attaque ne se développe complètement (sen-no-sen / anticipation). Si vous reculez sur une attaque avec l’idée d’avancer immédiatement après pour contrer, même si vous ne le faîtes pas réellement, ce n’est pas le même état mental que celui de reculer en se disant qu’on peut encore le faire à nouveau pour ne pas être touché. Le partenaire n’attaquera pas de la même manière si votre état d’esprit est plus offensif (même si votre rôle est défensif…).

En s’enfermant dans les rôles déterminés, on risque d’émousser nos capacités combatives car on se place dans un mauvais état d’esprit, en tout cas un état d’esprit qui n’est pas juste car il perverti l’objectif de la pratique. Quel que soit le rôle que nous jouons dans l’exercice demandé, il me semble important de garder en tête que la finalité est le combat sans règle (ou avec règle pour les compétiteurs). Même si dans un combat il peut y avoir des phases offensives et défensives, les protagonistes n’ont pas de rôle déterminé comme dans les exercices conventionnels (kihon ippon gumite, ippon gumite, sanbon gumite, gohon gumite, yakusoku gumite, jyû ippon gumite, etc.), chacun en fonction de la situation et de ses choix tactiques et stratégiques va adopter une attitude, un rôle, qui peut changer en son opposé en un éclair. Ainsi, aborder le travail à deux avec toute la vigilance que l’on aurait si l’on faisait un combat sans règle, voir même réel, peut nous éviter de tomber dans des routines qui peuvent nous coûter cher en situation réelle où il risque de ne pas y avoir de seconde chance.

Notre état d’esprit, l’intention que l’on met dans la pratique peuvent complétement modifier la perception que l’on a de ce que l’on fait tout comme la perception que l’autre a de nous. Que ce soit au dojo ou dans la vie, la présence générée par notre attitude mentale nous fait exister autrement, ou tout simplement exister. Les protocoles d’entraînement en karaté doivent nous aider à nous recentrer à chaque exercice pour être présent et tourner son esprit vers le plus important. Le début de séance avec la méditation (mokuso) et le salut protocolaire nous ancrent, nous centrent, nous rendent présents. Les saluts en début et fin d’exercice, en plus d’exprimer notre engagement envers le partenaire d’être respectueux, ont le même rôle, nous guider vers l’essence de la pratique.

Bien que je pourrai encore développer plus longuement cet article, j’espère que cette introduction à la façon d’être présent dans ce que l’on fait en ayant à l’esprit une intention qui guide notre souffle et notre geste pour une pratique plus rentable et pourquoi pas plus authentique, plus en connexion avec soi-même, vous incitera à vivre encore plus pleinement votre pratique au dojo et dans votre vie quotidienne.

Areski

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