L’esprit du débutant

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Un des grands pièges dans l’apprentissage du karaté c’est d’arrêter d’apprendre. Il arrive un moment dans la pratique où l’on peut avoir l’impression de ne plus rien avoir à apprendre ou penser que l’on ne peut plus progresser, avoir l’impression d’être arrivé au maximum de nos limites. Dans les deux cas, notre esprit nous limite, nous restreint et nous amène à sous estimer nos réelles capacités.Pour ma part, à chaque fois que mon professeur explique une technique, aujourd’hui encore je l’écoute attentivement, même si j’ai déjà entendu et vu la démonstration plusieurs centaines de fois. Je me concentre et m’intéresse comme si c’était mon premier cours de karaté, je me dis qu’il y a peut-être quelque chose qui jusque-là m’avait échappé et effectivement, parfois un détail, une idée, une variante, me saute aux yeux et je me demande alors comment ai-je pu passer à côté d’une telle information des années durant.

Comme dit l’adage « quand l’élève est prêt, le maitre arrive ». Il faut parfois attendre des années pour être en mesure de comprendre un concept, un mouvement et tant que nous n’en avons pas la capacité, la disponibilité ou l’ouverture d’esprit, le message bien que répété haut et fort, ne parvient pas à notre cerveau.

Le débutant sait qu’il a tout à apprendre, il est donc réceptif et ouvert. Tout l’émerveille et il est prêt à tout essayer pour découvrir les secrets de la pratique. Hélas pour lui, l’avalanche d’informations n’est pas gérable et c’est donc une infime partie de ce qu’il voit et entend qu’il va réellement percevoir, et encore une plus infime partie qu’il va être en mesure d’intégrer et mettre en œuvre. Normalement, plus on avance dans l’expérience de la discipline, plus on est en mesure de recevoir les informations, de les traiter et d’en tirer profit. Cependant, si l’on pense en connaître suffisamment, on devient alors sourd à tout enseignement, la tasse est pleine… Il faut la vider pour être en capacité de recevoir, d’accueillir.

Comme vous l’avez compris, se reposer sur ses lauriers est la chose à éviter. Nos certitudes, nos connaissances peuvent donc devenir des obstacles à notre progression car en pensant déjà savoir on oublie d’ouvrir les yeux et les oreilles à la manière d’un débutant. Quand on est trop satisfait de ce que l’on fait, on ne se remet plus en question et notre ego ne cesse alors de gonfler, en terme plus simple on a la grosse tête.

Combien de fois ai-je vu des élèves de niveau avancé ne pas faire ce que le professeur demande, ne pas respecter les consignes des exercices. Il est tellement plus confortable de continuer à faire ce que l’on faisait auparavant, même si cela n’est pas juste ou ne correspond plus à notre niveau de pratique. En effet, la façon d’appréhender notre discipline doit, à mon sens, évoluer avec le temps. Par exemple, les karatékas débutants apprennent le kata heian shodan. Ce kata dit de base est pourtant aussi exigé pour le test du shodan, la ceinture noire premier dan, pourtant le karatéka débutant présentera aussi ce même kata pour l’examen de la ceinture jaune. S’il continue années après années à exécuter le kata heian shodan de manière identique, il n’atteindra jamais la réalisation attendue pour la ceinture noire. Une même technique, un même kata, évolue donc en fonction de l’expérience et du temps de pratique. Il n’y donc pas de technique figée que l’on doit exécuter dix ans après comme au premier jour. La forme, les sensations, les applications, etc. évoluent.

Pour nourrir notre pratique il convient donc de ne pas se figer dans notre progression. Pour conserver la dynamique qui nous maintient ouvert et motivé pour apprendre, il faut simplement conserver l’esprit du débutant, d’autant plus si l’on porte une ceinture noire, rouge et blanche ou rouge. Notre évolution dépend de notre état d’esprit et il ne faut pas que celui-ci soit contrôlé par l’ego. L’ego d’un pratiquant de longue date ne veut pas de remise en question, il préfère se placer sur un piédestal et se considérer supérieur aux autres. N’oubliez pas qu’en combat il n’y a pas de grade, on peut être défait par moins gradé et moins expérimenté que soi. Ceux qui ont encore l’honnêteté de pratiquer avec sincérité le savent très bien.

Abordez la pratique comme un enfant qui découvre le karaté, vivez chaque jour comme s’il était unique. Prenez conscience des milles trésors qui vous entourent, soyez plus conscient de ce que vous faites, de ce que vous pensez, etc. L’entraînement ne se limite bien sûr pas au dojo, votre vie est un dojo, littéralement « lieu où on étudie la voie ». Je vous souhaite de conserver longtemps toute la fraîcheur et la vitalité du débutant.

Areski

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