Leçon de japonais n°3

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LA VOIE – DÔ  道

Dans les deux premiers articles nous avons abordé la prononciation et l’écriture de la langue japonaise. Pour ne pas décourager le lecteur, j’aborderai les points plus techniques concernant la constitution d’une phrase en japonais dans des articles ultérieurs. Le but de ces leçons n’étant pas de vous apprendre le japonais mais de vous donner des éléments de compréhension pour mieux appréhender les mots que vous connaissez dans la pratique du karaté. C’est pourquoi cette fois-ci, dans le cadre de cette initiation, j’ai choisi un terme qui vous est familier si vous pratiquez les arts martiaux, que ce soit le jûdô, karatedô, aikidô, kendô, etc. Toutes ces disciplines se terminent par le même son , c’est le sujet de cet article.

Dans l’article précédent, nous avons vu qu’il y a différentes écritures utilisées en japonais. Parmi celle-ci, les idéogrammes, signes qui viennent de l’écriture chinoise et que les japonais ont adopté pour transcrire leur propre langue. Les japonais les appellent  « kanji« , ce qui veut littéralement dire « caractère chinois ». Le sujet du présent article est d’étudier l’un de ces kanji, celui que nous utilisons beaucoup dans les arts martiaux, c’est .

les différentes prononciations courantes

a plusieurs lectures possibles. Je vous conseille par ailleurs de lire l’article précédent « leçon de japonais n°2 » pour plus d’information sur l’écriture et la prononciation des kanji. Maintenant revenons à notre kanji et ses prononciations :

  • prononciations ON (lecture chinoise) : dô, tô.
  • prononciation KUN (lecture japonaise) : michi.

Parmi les différentes prononciations du kanji , c’est la prononciation dô qui est utilisée dans karate-dô 空手道 ou jûdô 柔道. On identifie facilement l’idéogramme dans l’écriture japonaise de ces mots. Dans la vie courante au Japon la prononciation michi est souvent utilisée pour désigner un chemin, une voie, une route. Par exemple 裏道 uramichi, désigne un détour. Le premier idéograme 裏 ura, est celui qui veut dire revers, derrière. C’est le même 裏 ura que l’on trouve dans ura-mawahi-geri, le coup pied arrière retournée, ou ura-ken, le revers du poing.

la signification

Maintenant abordons la signification de l’idéogramme . Il a le sens de chemin, passage, rue, mais aussi de méthode ou façon de faire. La signification de base de l’idéogramme est la voie, chemin le long duquel l’homme avance ou progresse.

Par extension sémantique, représente aussi le fait de suivre une ligne de conduite, un principe, un dogme, une doctrine. Pour les chinois c’est aussi la vertu, le taoïsme. Le taoïsme est une philosophie qui considère que le tao, lecture chinoise de l’idéogramme , est le principe qui fonde l’univers, c’est l’essence de la réalité. Cette philosophe est symbolisée par la figure ci-dessous qui représente le yin et le yang.

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Dans les arts martiaux japonais on retrouve cette recherche philosophique qui vient de Chine, à travers le bouddhisme Zen. C’est la recherche de l’unité avec l’univers, avec le cosmos originel. Cet état peut être trouvé, selon le Zen, en vivant l’instant présent. L’instant présent nous permet de mettre notre ego en arrière plan pour laisser émerger notre authenticité, cet éveil nous reconnecte au cosmos.

Au japon, les disciplines autrefois destinées à la guerre et le combat sont devenus des arts pour la réalisation de soi. Ainsi, les 術 jutsu, « techniques », sont devenus des 道 « chemins » de développement personnel. Le karate-jutsu (rien à voir avec ce que la fédération française de karaté appelle ainsi) est devenu le karate-do, le jûjutsu le jûdô, le kenjustu le kendô, l’aikijutsu l’aikidô, etc. Certains arts martiaux n’ont pas opéré ce changement d’objectif dans la pratique et la plupart de ceux-ci ont disparu ou sont en voie de disparition.

La voie du tennis

Un jour dans le métro de Tokyo, je vois un groupe de jeunes filles habillées en uniforme, ce qui est obligatoire pour les enfants et adolescents allant à l’école. Elles pratiquaient visiblement aussi le tennis, ce qui n’était pas difficile à deviner au regard de l’équipement qu’elles avaient. Sur le sac de l’une d’entre-elles, un pendentif, comme un porte-clés, portait l’inscription suivante テニス道. Êtes-vous capable de lire ce petit texte en japonais ? Hé oui c’est un test pour voir si vous avez bien appris les leçons précédentes…  Ou en tout cas une bonne occasion de faire une révision et un peu d’entraînement.

テニス道 est composé à la fois de katakana テニス, qui se lit en rômaji tenisu et qui veut dire tennis. Je rappelle que l’écriture en katakana permet de retranscrire des mots étrangers. Puis enfin, est accolé l’idéogramme 道, que vous connaissez bien maintenant, et qui se lit ici , exactement comme dans karate-dô. Visiblement cette inscription sur le pendentif était manuscrite. Cette jeune fille voulait probablement montrer que pour elle le tennis est bien plus qu’un sport, un chemin de vie. Je ne sais pas si elle donne au terme 道 la connotation spirituelle que l’on trouve dans les arts martiaux, j’aurais bien aimé la questionner à ce sujet. Je n’ai pas pu le faire mais en cherchant sur Internet, j’ai trouvé beaucoup de sites faisant référence au tenisu-dô テニス道, dont le blog de Tomoyuki Tanaka intitulé « tenisu-dô ». Elle y écrit que grâce au tennis elle veut devenir plus forte et devenir un être humain meilleur afin de répandre autour d’elle l’abondance. On comprend que pour ce genre de personne, la discipline qu’elle pratique relève du développement personnel afin d’en faire bénéficier la société, l’humanité et vu le nombre de site faisant référence au tenisu-dô テニス道, il semble que les japonais expriment aujourd’hui à l’aide de l’idéogramme 道 que la discipline qu’ils pratiquent est important dans leur vie. Ils suivent un chemin, une idée qui les guide et les élève.

Lorsqu’on pratique une discipline comme le karaté depuis de nombreuses années, voir des décennies, cette discipline représente certainement pour l’individu plus qu’un échange sportif. Quand on en arrive à ce stade de la pratique, nous entrons d’une manière ou d’une autre dans le karate-dô. Leterme comme nous l’avons vu ci-dessus peut avoir une compréhension large. Chacun y met ce qui est important pour lui pour grandir et devenir celui qu’il rêve d’être. Chacun son chemin, chacun sa voie.

Areski

références :

article wikipédia sur l’idéogramme

article wikipédia sur le Tao

2 réflexions au sujet de « Leçon de japonais n°3 »

    • L’accent sur le « o » , « ô » signifie que la prononciation de la voyelle est longue. On peut aussi transcrire ce sont par les écritures suivantes « oo » ou « ou ». Je vous suggère de lire l’article sur la prononciation du japonais.

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