Bunkai, espace de liberté

Le kata est une forme codifiée, il convient de le répéter comme il a été appris. C’est pour cette raison qu’il est souvent perçu comme un enfermement, une limite à la liberté de mouvement.

Si la forme du kata est effectivement une structure qu’il convient de respecter, même si dans une recherche on peut se permettre de dévier de la partition, le travail des applications, que l’on appelle bunkai, est quant à lui un espace de liberté. Pourtant, beaucoup de pratiquants arrivent pas à franchir certaines barrières, qui sont les limites de leur esprit.

C’est un peu comme si la rigidité de la forme, les conventions des codifications affectaient la recherche et le travail des applications en combat. Il est vrai que la pratique du karaté aujourd’hui est cadrée par des écoles, des styles et des fédérations. Les passages de grade, les compétitions, sont des vecteurs de standardisation et d’aliénation à la forme.

Pourtant, le domaine de recherche qu’offrent les bunkai est un espace de liberté à explorer. Pour y parvenir, la seule contrainte est d’arriver à une solution qui soit conforme aux exigences du combat de survie, ce que l’on pourrait définir par le terme efficacité.

Pourquoi les pratiquants sont-ils freinés dans leur recherche de bunkai ?
Plusieurs raisons me viennent à l’esprit :
– les pratiquants font un amalgame entre la recherche destinée à la self-défense, la survie, et celle permettant de présenter un explication à un jury d’examen. Il peut cependant y avoir des zones de convergences entre ces deux recherches.
– les pratiquants ont une approche limitée de leur discipline qu’ils considèrent par exemple comme une discipline pieds/poings, ils se limitent donc dans la façon d’utiliser certaines techniques sous forme de luxations, de projections, etc.
– le nom des techniques peut créer des œillères, les notions d’attaque et de défense divisent la façon de penser de manière binaire.
– l’expérience du combat de ces pratiquants et la vision qu’ils ont de la self-défense est tronquée ou faussée par différents facteurs.

Nos limitations viennent principalement de ce que l’on a appris, de nos connaissances. C’est alors que notre bagage nous alourdi et peut devenir un handicap. Par exemple, si vous avez appris que la technique gedan-barai est une défense, vous risquez de passer à côté d’une multitude de possibilités d’applications en utilisant cette technique pour attaquer, frapper, luxer, projeter, mais aussi en explorant chaque partie de la trajectoire du mouvement pour différents usages. Nos connaissances, notre apprentissage, ont formaté notre façon d’envisager le karaté et le combat. Pour s’en libérer, et ce n’est pas si facile, il faut avoir un esprit critique et requestionner tout cela, si ce n’est tout oublier.

Mais comment oublier ? On s’accroche à ce que l’on a mis tant de temps à acquérir et nous devenons alors prisonniers de ces constructions mentales. Il convient d’apprendre à lâcher prise pour s’autoriser à faire choses que l’on a jamais apprises. Dans la recherche de bunkai il faut se laisser aller à la créativité en jouant avec le partenaire et les principes fondamentaux du combat.

Souvent, les experts qui démontrent des bunkai se permettent la liberté énoncée ci-dessus. Cependant, ils ne donnent pas la possibilité, ni les outils aux apprenants pour qu’ils puissent faire de même.

Le bunkai est un espace de liberté qui dépasse le cadre restreint des disciplines, des styles, des écoles, etc. Le bunkai est en rapport avec le combat de survie où tout est permis pour se protéger. 

Certaines écoles de karaté présentent des explications pour les mouvements de leurs katas. Cette approche à pour mérite de donner du sens aux techniques mais d’un autre côté elle enferme le pratiquant dans une pensée qui peut l’empêcher de chercher par lui-même et d’accéder à d’autres interprétations personnelles. D’autres écoles, comme le shotokan, n’ont pas d’explication standard, elles permettent donc à chacun de donner libre cours à sa créativité et son imagination car elles ne donnent aucune directive sur l’interprétation du bunkai.

Ainsi le kata est le cadre technique transmis de génération en génération. La forme est visible, imposée, le pratiquant doit s’y conformer pour apprendre à maîtriser son corps et son esprit. L’autre aspect du kata, celui qui est invisible est l’étude du bunkai. Dans ce cadre le pratiquant est libre de sa recherche, sa créativité peut s’exprimer, les seules limites sont mentales.

Areski

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