Vigilance dans le métro

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Nouveau changement, je monte dans la rame du métro qui mène à Montparnasse Bienvenüe. Il est midi trente, il n’y a pas trop de monde. Le serpent mécanique se met en mouvement, gigote ses passagers dans tous les sens. Au bout de quelques stations une place se libère, je m’asseois. A ma droite se trouve une femme blonde, elle porte une jolie robe longue, rouge a motifs fleuris. L’homme qui se trouve devant moi, cheveux hirsute, barbe non rasée depuis… je ne sais combien de jours, se lève pour céder sa place à une vielle femme. Puis quelques temps plus tard, au gré de places qui se déplacent, l’homme s’assoit à nouveau mais cette fois-ci sur un siège qui est sur ma gauche, en face.La voisine de la vielle dame se lève, sort à son tour. La vieille dame glisse sur sa gauche et se trouve donc maintenant en face de ma voisine de droite. Le jeu des déplacements m’amuse et me fais passer le temps. La vieille dame, de type magrébin, m’observe, puis porte son regard sur ma voisine de droite et enfin sur l’homme qui lui avait cédé sa place. Elle s’exclame « Vous tenez tous vos sacs comme ça ! », elle serre alors son sac molletonné en imitation cuir contre son ventre. Je regarde ma voisine de droite, puis l’homme. En effet, ils serrent tous les deux leur sac contre leur ventre, leur poitrine. C’est alors que je me rends compte que moi aussi je tiens mon sac de la même manière.

Je regarde l’homme, puis la vieille dame et je souris. Le visage de l’homme aussi commence à frissonner, à se dérider. La vieille dame vient de briser la glace, sa remarque nous interpelle, mais personne ne parle. Alors elle continue à occuper l’espace sonore qui d’habitude est accaparée par des musiciens ou des quémandeurs.

« Je me suis fais volée l’autre jour » dit la vieille dame. « Une femme m’a bousculée, je pensais qu’elle était pressée, qu’elle voulait passer, que j’étais sur son passage. Je n’ai pas fait attention, elle a mis sa main dans mon sac et a pris mon portefeuille. Elle est partie et je n’ai rien pu faire, j’ai crié mais c’était déjà trop tard. Il y avait de l’argent, mes papiers… ».

La vieille femme nous fait alors comprendre par une mimique du visage que nous avons raison de garder nos sac près du corps. L’homme parle à son tour « J’ai appris beaucoup depuis que je suis à Paris ! ». Je pense alors aux touristes japonais qui ont peur de venir dans notre capitale car elle est renommée pour être infestée de pickpockets. Les japonais ont peur de venir à Paris à cause de l’insécurité qui y règne et depuis les vagues d’attentats c’est encore pire.

Je prends alors conscience que même si je pense ne pas être en insécurité, même si je n’ai pas peur de prendre les transports en commun, même si je ne pense pas au terrorisme, mon corps exprime autre chose. Comme tout le monde je suis en état de vigilance et mon sac à dos qui colle à ma poitrine sous l’étreinte de mes avants-bras en témoigne.

L’homme commence à communiquer avec la vieille dame, les passagers présents dans le wagon du métro se décontractent grâce à l’ambiance que cette femme vient de créer en nous interpellant et en racontant son histoire. Mes pensées vagabondent et m’amène à réfléchir sur l’importance et la nécessité d’être vigilant dans un milieu qui peut être hostile.

Nous pratiquons les arts martiaux, des arts défense. Pour éviter le conflit, l’agression, il me semble important de ne pas offrir d’opportunité à un éventuel agresseur, un pickpocket. Un des aspects de la self-défense qu’on enseigne rarement dans les dojos ou les salles d’entraînement, c’est qu’il faut anticiper sur les problèmes et ne pas leurs donner la possibilité de se réaliser. Ainsi, une attitude préventive, comme le fait de garder son sac près du corps et devant soi, éloigne un potentiel voleur de nous pour probablement trouver plus loin une proie plus facile.

Areski

 

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