La technique de base

Il est difficile de dénombrer combien il y a de techniques en karaté. Ce corpus est large, il suffit d’analyser les katas pour s’en rendre compte. Parmi toutes ces formes contenues dans les katas, combien d’entre-elles utilisons nous ou étudions nous ?

En début d’apprentissage nous nous concentrons plus particulièrement sur les formes de base. Cependant, ne pas dévier de cette forme de référence et ne pas explorer les variantes qui peuvent en découler serait dommage à plusieurs titres.Il faut comprendre la forme de base comme un point de repère, un référentiel auquel on revient régulièrement pour pouvoir se situer dans la pratique. Ce serait une erreur de croire que la technique de base se suffise en elle-même et qu’elle soit l’objectif de maîtrise à atteindre. Selon les écoles, les styles, la forme de base peut être différente mais elle encapsule généralement, dans ses variantes, les formes mises en avant dans les autres courants du karaté.

Pour mieux comprendre ce qu’est la forme de base et ses variantes, prenons l’exemple du mouvement soto-ude-uke ou soto-uke pour faire court. Il s’agit d’une technique exécutée avec l’avant-bras dans une trajectoire circulaire allant de l’extérieur vers l’intérieur (voir dessin ci-dessous).

Pour l’instant nous allons nous pencher uniquement sur la trajectoire du mouvement et son application en tant que parade contre un coup de poing direct venant au niveau de la poitrine, oi-zuki-chûdan. Il convient, bien-sûr, de garder présent à l’esprit que ce mouvement a plusieurs autres applications défensives et offensives. Cependant, pour illustrer le propos du présent article, restons sur cette application communément travaillée dans les clubs.

La forme de base du soto-uke se fait généralement en dévient l’attaque de bras latéralement. On peut envisager plusieurs variantes en modifiant légèrement la trajectoire de l’avant-bras qui exécute le mouvement.

Dans un premier temps on peut donner à l’avant-bras qui exécute le soto-uke un mouvement de pénétration vers l’avant, un peu comme si l’on voulait tendre le bras vers l’avant durant la trajectoire circulaire. Dans ce cas, si la parade se fait sur l’extérieur du bras adverse, le poing peut même glisser sur celui-ci, tout en le déviant, et finir en ura-zuki au niveau du visage.

Dans un deuxième temps, nous pouvons étudier une autre variante du soto-uke, cette fois-ci en ramenant l’avant-bras vers soi. On accompagne ainsi l’attaque vers l’avant sans qu’il n’y ai un choque. Le coup de poing est alors accompagné vers l’avant tout en le sortant de sa trajectoire initiale.

Dans un troisième temps, nous pouvons imprimer à l’avant-bras un mouvement circulaire. Contrairement aux deux premiers exemples où la composante circulaire de l’avant-bras se faisait sur un plan horizontal, ici on va associer au mouvement de base une action circulaire sur un plan vertical. La rotation peut se faire dans les deux sens, soit dans le sens horaire ou anti-horaire. Cette action va perturber la stabilité de l’attaquant, si ce n’est le faire tomber tellement elle est inattendue.

On peut trouver d’autres variantes à la technique soto-uke, en variant par exemple l’amplitude de la trajectoire ou en se concentrant sur une partie de celle-ci. Je vous laisse explorer par vous-même ces pistes.

Toutes les formes présentées ci-dessus ne sont pas des techniques distinctes mais les branches issues du même tronc qu’est la technique de base. En variant sa trajectoire on peut varier les effets sur l’attaque adverse mais aussi s’adapter aux circonstances. S’enfermer dans une seule façon de faire limite nos capacités d’adaptation qui sont pourtant nécessaires et cruciales en combat.

Sur le plan pédagogique, je pense qu’il ne faut pas limiter l’apprentissage à la seule forme de base. Même si cette dernière va en être le noyau. Il est aussi important que l’élève s’essaye à des variantes puis revienne à la base. L’apprentissage peut se concevoir dans une dialectique entre en le noyau (forme de base) et la périphérie (variantes), entre le simple et le compliqué, entre les situations éducatives et les situations réalistes, entre la contrainte et la liberté.

L’élève qui débute peut avoir des difficultés à réaliser proprement certaines variantes ou applications, mais ces excursions vers des zones d’inconfort lui permettront de mieux s’approprier la technique de base, même si son corps n’arrive pas encore à réaliser ce que son intellect a compris.

En comprenant les techniques de base, en en assimilant les principes, il devient de plus en plus facile d’élargir ses capacités motrices et d’exécuter des variantes. En s’appropriant ainsi des principes, on peut utiliser sa propre créativité pour faire varier les mouvements et faire surgir des gestuelles nouvelles et uniques qui s’adaptent aux situations de combat. En réalité, un mouvement ne se fait jamais deux fois de la même manière, surtout quand on travaille avec un partenaire car il y a toujours un minimum d’adaptation.

Pour ne pas se perdre dans nos explorations, la technique de base fera office de point de référence. C’est pourquoi on y revient toujours, surtout lorsque l’on commence à douter ou se questionner sur ce que l’on fait. C’est pourquoi cette référence doit être assimilée correctement. Sans repère, il est impossible de naviguer et d’explorer. Le cadre de référence donne confiance en soir et permet de s’aventurer très loin, car on saura toujours revenir à notre point d’équilibre.

Les techniques de base sont donc des références qu’il convient de pratiquer  correctement mais il est aussi important d’en travailler les variantes. Ce travail peut se faire dés le début de l’apprentissage si l’on sait doser les aller-retours entre base et variante. Il n’y a pas de limite au nombre de variations possibles à partir d’un seul mouvement, si ce n’est nos limitations mentales.

Areski

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