Progresser en enseignant

fantasme rentrée professeur

Quand j’ai commencé à enseigner dans un club, bien qu’ayant déjà une dizaine d’années de pratiques derrière moi, je craignais de ne plus progresser en me consacrant aux autres. C’est pourquoi je tenais à poursuivre mon parcours d’élève auprès de mes professeurs et j’organisais mon emploi du temps pour continuer mon entraînement personnel. Je n’imaginais pas alors que l’enseignement allait devenir un tremplin dans ma progression en tant que pratiquant et en tant que personne.

Enseigner le karaté, ou autre chose d’ailleurs, demande une grosse somme de travail. Il convient bien sûr d’avoir un minimum de maîtrise du sujet, les techniques, les katas, les assauts, cela va de soi. Ce n’est cependant pas suffisant, il ne suffit pas d’être capable de faire un magnifique coup de pied latéral au niveau du visage pour accompagner une personne qui n’est pas souple, qui manque de coordination, qui n’a probablement pas eu d’activité physique pendant plusieurs dizaines d’années, à faire cette technique.

L’enseignant ne peut donc se reposer juste sur ses compétences techniques. Il peut bien sûr être un modèle mais cela n’est pas suffisant, si ce n’est que très secondaire. Pour enseigner correctement l’instructeur doit analyser sa pratique et sa discipline. A partir de là, il étudie comment construire un édifice pédagogique qui soit cohérent. Je ne parlerai pas ici plus de pédagogie, j’ai déjà abordé ce sujet dans des articles précédents.

Ce qui est étonnant, c’est qu’alors que l’enseignant réfléchi à comment rendre la pratique du karaté accessible à tous, ses analyses l’oblige à progresser. En effet, en s’appropriant les mécanismes de la technique et de sa biomécanique, il approfondi sa compréhension de l’art martial, affine gestuelle et sensations.

L’observation des élèves fait elle aussi progresser. Lorsque le professeur les voit commettre des erreurs, il se pose la question « Peut-être que je fais la même chose ? ». L’élève peut alors jouer le rôle de miroir dans lequel on se reflète. Lorsque l’enseignant a la modestie d’admettre que l’élève est parfois le reflet de ses faiblesses, il peut alors proposer une stratégie pour aider l’autre tout en s’aidant soi-même.

Ainsi, en prenant conscience des difficultés d’autrui, le professeur prend la mesure de ses propres limites et de ses difficultés. Savoir se remettre en question, ne pas penser que l’on sait tout, demande un travail sur soi, sur l’ego. La situation n’est pas facile pour l’enseignant car les élèves peuvent le mettre sur un piédestal, et sous le regard d’adoration de ceux-ci, l’ego de l’enseignant gonfle pour devenir plus gros que le boeuf !

Pour ma part, le fait d’avoir continué à suivre des cours avec mes professeurs, d’être confronté à des difficultés avec d’autres pratiquants dans les cours, m’a permit de rester ancré dans la réalité et ne pas me faire d’illusions, ou peut-être moins. En effet, lorsqu’on enseigne, les élèves ne vous attaquent pas avec sincérité, même si cela est inconscient bien sûr.
Lorsque vous vous entraînez avec des personnes qui ne vous vouent aucune adoration, les choses se compliquent un peu et ce qui fonctionnait à merveille avec nos élèves, vole alors en éclat et nous met en échec.

Un autre aspect intéressant quand on enseigne, c’est la motivation. Comme tout le monde il est des jours où l’on est fatigué et où l’on préférerait rester dans son canapé. Le fait qu’un groupe de personnes vous attendent, comptent sur vous, motive et empêche de se lamenter sur son sort.

Vous pouvez devenir enseignant sans professer dans un club. Chaque personne ayant acquis un certains niveau technique, même minime, peut aider les autres à progresser. On peut ainsi conseiller, observer, répondre à des questions, si l’on est ouvert aux autres et que l’on fait la démarche d’aller vers eux. Le club de karaté est à cet égard un lieu merveilleux car nous y venons tous pour partager la même pratique.

Je pense que l’on peut avoir un regard, une analyse, une réflexion, quel que soit le niveau. Quand je faisais de la compétition en équipe kata, c’était la femme d’un de mes coéquipiers qui nous coachait. Nous étions tous ceintures noires et elle ceinture jaune. En dehors du karaté elle avait fait du patinage artistique à un très bon niveau et cela lui avait donné une capacité hors du commun pour analyser les mouvements. Elle nous a coaché comme peu de karatékas confirmés auraient pu le faire.

En tant qu’élève on progresse mieux si l’on investit sa pratique. Je pense que nous sommes tous notre propre enseignant. Pour cela il faut avoir une attitude active durant les cours, prendre des notes, retravailler ou repenser à ce qui a été étudié, analyser les difficultés rencontrées, prendre en compte les remarques du professeur. N’attendez pas de devenir professeur pour progresser et vous prendre en main.

Areski

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