Combattre sans peur

Gladiateurs dans l'amphithéâtre (arènes)

Peut-on combattre sans peur ? La peur est souvent un obstacle pour progresser, notamment en combat. Nous avons évidemment peur de recevoir des coups mais aussi d’en donner, de faire mal. La peur entrave nos actions, parfois nous paralyse et nous devenons tout d’un coup maladroit, incapable de bouger correctement.

Pourtant tout le monde a peur et il est n’est pas possible de se débarrasser de celle-ci. Nous avons tous peur mais à des degrés différents. La peur est un signal naturel pour nous protéger du danger, elle n’est donc pas notre ennemie mais notre alliée. Il convient donc plutôt de l’apprivoiser plutôt que de la combattre. Alors comment faire ?

La peur de recevoir des coups ou d’en donner est souvent un frein à l’apprentissage du combat, à la pratique d’un art martial. Pour contourner ce problème, certains s’orientent vers des disciplines où il n’y a pas de coups, ni de combat. Elles ont alors l’illusion d’apprendre à se défendre, de pratiquer une forme d’auto-défense mais sans se confronter à leurs peurs. Ces personnes pensent pourtant le faire, mais se mentent à elles-mêmes. Cette démarche est hélas fréquente et ne peut que mener à une catastrophe si un jour on est obligé de défendre sa vie, la confrontation à la réalité ne s’accommode pas de ces petits arrangements confortables.

La première étape pour affronter ce problème consiste à s’observer et admettre que nous avons peur. Le simple fait qu’une personne qui n’est pas intime s’approche de nous et vienne nous toucher crée un stress que l’on peut constater par une augmentation plus ou moins subtile du rythme cardiaque. Il nous faut donc apprendre à canaliser ce stress et les émotions de peur qui en découlent. Si le contact physique intrusif génère une réaction de défense de notre organisme, des coups qui peuvent faire mal augmentent le seuil de stress qui se caractérise par des contractions musculaires, une tension psychologique, un changement du rythme cardiaque et de la respiration.

La peur d’avoir mal peut aussi nous rendre inopérationnel malgré des années d’entraînement, au point de devenir incapables d’utiliser les techniques apprises au dojo et pourtant répétées des milliers de fois. C’est pourquoi il est aussi important de travailler sur la dimension émotionnelle et de reculer le niveau à partir duquel le stress nous prive de nos habiletés cognitives et motrices, nous met en mode survie et donne le contrôle au cerveau reptilien.

Certains pourraient penser qu’il faut combattre le mal par le mal et qu’il est souhaitable de commencer la pratique d’un art martial en se lançant dans l’action et combattre en prenant des coups et ainsi se renforcer. Le problème, c’est que cette méthode va cristalliser la peur et l’augmenter, et nous allons baisser le seuil à partir duquel le stress va se déclencher au lieu du contraire. Alors comment faire ?

On ne peut pas monter directement sur un cheval qui n’a pas été débourré. Le débourrage est un travail qui prend du temps, il commence par une mise en confiance de l’animal avec l’homme. Avant de pouvoir monter, le travail se fait à pied en désensibilisant l’animal ou en l’habituant à différents accessoires qu’il portera lorsqu’il sera monté : licol, selle, etc… L’entraînement doit être régulier, le dresseur ne doit pas s’énerver et chaque entraînement doit se conclure par une réussite et l’animal doit être récompensé de ses efforts.

Pour progresser dans notre approche du combat, nous devons aussi dompter le cheval qui est en nous en passant par les mêmes étapes présentées ci-dessus pour le débourrage. Vous trouverez à la fin de cet article un lien vers un site donnant des conseils à ce sujet. Avant d’aborder le combat libre, nous allons donc apprendre à entrer en contact avec l’autre de manière physique, sans porter de coups. Cette première approche peut se faire par des massages à mains ouvertes, puis avec les poings, en mettant progressivement de plus en plus de pression jusqu’à y mettre tout le poids du corps. Cette étape de massage peut se faire allonger mais aussi debout, en statique puis en déplacement. Ce sont les deux protagonistes qui travaillent, celui qui reçoit les contacts apprend à accepter d’être touché; celui qui touche apprend à entrer en contact. Si l’on peut avoir peur de recevoir des coups, on peut aussi avoir la même crainte d’en donner, ce qui risque donc au final d’atténuer nos frappes et de les rendre inefficaces. La bonne nouvelles c’est qu’à l’entraînement, on apprend en même temps à recevoir et à donner des coups.

Cette approche du contact va se poursuivre avec des poussées puis des frappes progressives. Les frappes pourront éventuellement se faire avec des protections, mais pour se rapprocher le plus possible de la réalité, il est bon aussi de pratiquer mains nues. Il est important que l’augmentation de la charge de travail et de stress se fasse en fonction de chaque individu car nous avons chacun notre rythme de progression. Il ne faut pas hésiter non plus à revenir aux étapes précédentes si la personne atteint le seuil maximum de stress qu’elle puisse supporter.

En parallèle il convient aussi d’apprendre à gérer des situations défensives simples en réduisant le nombre de techniques ainsi que la vitesse d’exécution. Au fur et à mesure des progrès et de l’aisance, on peut alors augmenter graduellement la vitesse et la complexité des situations ainsi que l’éventail technique. Puis nous pourrons, toujours progressivement, déplacer le curseur sur l’échelle allant d’un niveau de coopération maximum à un seuil d’opposition critique. Il convient de faire des aller-retours sur cette échelle pour renforcer les capacités acquises dans les entraînements précédents. Les incursions dans la zone rouge du travail non coopératif se fera de plus en plus fréquentes quand le pratiquant acquièrera du confort dans la zone en deçà de celle-ci. Arriver à ce stade le pratiquant n’est pas sans peur, vous savez maintenant que celle-ci subsiste toujours, mais la peur ne le paralyse pas et ne l’empêche pas d’utiliser ses ressources techniques avec efficacité. Le pratiquant atteint alors son niveau de stress maximum bien plus tard qu’à ses débuts dans la pratique des arts martiaux.

Comme nous venons de le voir, l’apprentissage du combat doit se faire selon une méthodologie et une progression rigoureuse pour amener un pratiquant à élever son niveau de confort dans une confrontation dont la difficulté s’échelonnera de la situation coopérative au combat d’opposition. Il convient donc d’apprivoiser nos peurs qu’il s’agisse de celle de donner des coups ou celle de les recevoir. Cette approche progressive et raisonnée du combat permet à tout le monde d’appréhender une dimension stressante de la pratique des arts martiaux dans le but d’être capable de faire face à une confrontation de self-défense si nécessaire. Ce travail est avant tout un travail sur soi, il nous apprend à mieux nous connaître, à gérer notre corps et nos émotions dans un échange relationnel avec d’autres. Il doit se faire dans le respect mutuel et l’écoute de nous-même et de l’autre afin d’adapter au mieux la charge de travail afin que chaque petite réussite nous encourage à aller plus loin.

Les disciplines de combat ne proposent pas de méthodologie, ou très rarement, c’est donc l’enseignant qui met en place une progression en utilisant une démarche pédagogique qu’il a élaboré. Ainsi, plus que la méthode de combat, c’est la qualité de l’enseignement qui va primer pour vous libérer de vos peurs et vous faire progresser.

Areski

Références :

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