Le coup de pied oublié

Il est un coup de pied que vous connaissez bien-sûr mais que vous ne pratiquez probablement pas en dehors des katas. Dans ces derniers il est toujours exécuté avec la jambe droite, parfois-même en sautant. A l’origine il y avait peu de coups de pied dans l’Okinawate, ancêtre du karaté. Le coups de pied de face mae-geri, les fumikomi et fumikiri se faisaient au niveau des côtes ou plus bas. Les techniques plus spectaculaires que nous pratiquons quotidiennement dans nos dojos, tels que mawashi-geri (coup de pied circulaire), sokuto-geri ou yoko-geri (coup de pied latéral avec le tranchant externe du pied), ont fait leur apparition probablement au début du XXème siécle. La pratique du karaté s’orientant plus vers une pratique pour la santé, la formation du corps et puis par la suite vers la compétition, le spectaculaire s’est imposé sur la nécessité de la survie. Il est souvent dangereux en combat réel de faire un coup de pied au visage tellement on expose la jambe d’appui et les parties génitales à une frappe adverse, sans parler de la précarité de l’appui sur une seule jambe.

Le spectaculaire primant sur l’efficacité, le karatéka moderne à tendance à délaisser des techniques pourtant redoutables qui sommeillent dans les katas. C’est le cas du coup de pied appelé mikazuki-geri.

Dans le terme mikazuki-geri 三日月蹴り, mika 三日月 représente un croissant de lune et geri le fait de frapper du pied, on traduit donc souvent cette technique par « coup de pied en croissant ». On le trouve une fois dans les katas heian, dans le cinquième de la série, on frappe du pied droit dans la main gauche qui est tendue au niveau de la poitrine comme l’illustre la série de photos ci-dessous et la vidéo.

La technique mikazuki-geri peut se faire à différents niveaux, bas, moyen, haut, tout dépend de la souplesse et de l’application. La réalisation de cette technique ne nécessite pas les qualités de souplesse musculaire  et articulaire d’un coup de pied circulaire comme le mawashi-geri, ce qui en fait un coup de pied praticable par la majorité des gens, à l’instar du mae-geri le coup de pied de face.

Comme la plupart des techniques, mikazuki-geri peut s’utiliser de différentes manières, que ce soit en défense ou en attaque, seul ou associé à d’autres mouvements de jambe ou de bras. Les dessins ci-dessous illustrent quelques utilisation en attaque et en défense, la vidéo qui suit vous donne aussi un aperçu de l’utilité du mikazuki-geri.

 

La trajectoire du coup de pied mikazuki-geri, telle qu’on l’étudie dans les katas, se fait dans un mouvement circulaire ascendant, souvent en direction d’une main qui détermine la fin de la trajectoire. Il faut comprendre me semble-t-il que le coup de pied peut être utilisé pour frapper ou parer à n’importe quelle portion de la trajectoire et que pour conserver son efficacité la technique doit être faite selon le standard défini dans le kata. On peut ainsi attaquer le genou de l’adversaire qui avance sur nous pour le stopper, ou encore dans le creux poplité du genou après s’être placé sur le côté ou derrière l’adversaire. Le coup de pied peut monter plus haut au niveau des parties génitales, on peut même atteindre la tête mais cette éventualité peut être risquée dans le cadre d’une réelle confrontation.

Il est étonnant que ce coup de pied si efficace ne soit pas plus étudié dans les dojos, il n’est jamais demandé dans les passages de grade à partir de la ceinture noire comme s’il s’agissait d’une technique mineure. Je pense qu’il est important de réhabilité cette technique et de l’étudier tellement elle regorge de possibilités pour l’utilisation en combat de self-défense. L’étude du mikazuki-geri basée uniquement sur le travail des katas n’est pas suffisant, d’une part parcequ’il est toujours fait du côté droit puis d’autre part parce qu’il est important de s’y entraîner avec un partenaire pour acquérir précision et timing. En le pratiquant vous serez surpris comment il est facile de surprendre un adversaire avec cette technique car il est difficile de prévoir quelle est la cible visée, d’identifier la trajectoire, et on peut l’exécuter assez facilement sans faire d’appel. Je vous encourage donc de découvrir ou redécouvrir cette technique négligée dans la pratique du karaté alors qu’elle en est un joyau.

J’attends vos impressions, votre retour d’expérience concernant mikazuki-geri, à bientôt.

Areski

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