D’abord ne pas nuire

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On attribue souvent à Hippocrate le père de la médecine moderne, la maxime disant que la première obligation d’un médecin à l’égard d’un patient est de ne pas lui nuire, « primum non nocere » en latin. Ce qui veut dire que le médecin doit considérer, avant toute intervention ou préconisation, si l’action préconisée n’est pas dangereuse, si le risque est contrôlé ou mesurable afin de ne pas empirer l’état du patient. Je pense qu’il en est de même dans les arts martiaux, avant d’apprendre à se défendre, la pratique ne doit pas nuire à l’individu, elle ne doit pas être destructrice.

Beaucoup de gens viennent aux arts martiaux pour apprendre à se défendre dans un premier temps, même si leur motivation évolue ensuite et se porte sur d’autres aspects de la pratique comme le bien-être, le développement personnel, la convivialité, etc. Si vous pratiquez les arts martiaux ou une autre activité depuis longtemps, vous avez probablement cette expérience d’un glissement de la motivation vers des horizons que vous n’imaginiez pas au départ, mais ce n’est pas le propos de cet article.

Quand on commence la pratique d’un art martial pour pouvoir se défendre, c’est donc pour protéger son intégrité physique et mentale, ainsi que celle de nos proches si cela s’avérait nécessaire. Je connais beaucoup de pratiquants qui après dix, vingt ans d’entraînement, ou plus, n’ont jamais été agressé et n’ont donc jamais eu besoin d’user de leur dextérité au combat acquise durant de nombreuses heures en salle. C’est jusque là la meilleure chose que je puisse espérer pour tous, ne jamais avoir à se battre pour défendre sa vie car c’est une expérience dont on ne peut pas connaître l’issue et qui peut résulter en des traumatismes corporels et psychologiques, la meilleure place pour le sabre est dans son fourreau.

Pourtant, parmi ces pratiquants au long cours, j’en connais qui ont dû subir des opérations chirurgicales lourdes par exemple pour implanter des prothèses (hanches, genoux, etc.). Certains ne peuvent plus pratiquer leur discipline car l’entraînement les a handicapé d’une manière ou d’une autre (mal au dos par exemple). Ces constats désolants me conduisent à penser comme Hippocrate, quand on pratique les arts martiaux, il convient avant toute chose de ne pas se nuire, ne pas s’infliger des blessures et des traumatismes qui nuisent à la santé.

L’enseignant a bien sûr la responsabilité de proposer une pratique saine et sécurisée. Les gens qui viennent dans un dojo lui font confiance, ils pensent qu’il sait ce qu’il fait et qu’il va les guider vers ce qu’il peut y avoir de mieux pour eux. Cela veut donc dire que l’enseignement, même s’il se fait au sein d’un groupe, doit être adapté à chacun et qu’il convient de l’ajuster individuellement en fonction des capacités et de la condition de chaque personne. D’autre part, le contenu enseigné et les méthodes utilisées doivent être réfléchis. En effet, tout le monde ne peut pas supporter la même charge d’entraînement, tout le monde ne peut pas faire les mêmes gestes, les mêmes positions, tout le monde ne peut pas encaisser les mêmes coups, etc. Sécuriser l’entraînement ne veut donc pas dire qu’il faille ne rien faire mais plutôt qu’il est nécessaire d’adapter en fonction de chacun. Pour cela, l’enseignant doit bien connaître ses élèves, son auditoire, il doit aussi maîtriser sa discipline, les contenus et les méthodes d’enseignement.

Si l’enseignant joue un grand rôle en ce qui concerne un approche qui ne soit pas nuisible pour la santé, il ne faut pas oublier que le pratiquant est le premier concerné et il me semble qu’il doit être responsabilisé à cet égard. Je pense qu’il en est de même qu’avec la médecine, beaucoup de gens se reposent sur les médecins pour prendre soin de leur santé, ils leurs délèguent la responsabilité de leur bien-être, de leur santé, de leur intégrité. Je pense que ce n’est pas une attitude responsable de tout délégué à d’autres, surtout quand il s’agit de sa santé. Si une personne fait des excès de toutes sortes, nourriture, tabac, alcool, est-ce bien raisonnable d’aller ensuite voir son médecin et d’exiger de lui qu’il vous soigne de vos maux ? N’aurait-il pas été plus responsable de ne pas commettre ces excès en premier lieu ? La santé commence avec ce que nous faisons et pensons au quotidien, ce que nous mangeons, etc. Il est préférable de prévenir plutôt que de guérir.

Il en va de même pour la pratique des arts martiaux. Chaque pratiquant doit apprendre à se connaître pour ne pas se nuire ni nuire aux autres. Il est vrai que lorsqu’on débute une discipline, le fait de ne pas bien maitriser son corps, de ne pas bien le connaître, engendre des mouvements mal exécutés qui peuvent être dangereux et nocifs. C’est pourquoi il convient de faire les choses que l’on ne maîtrise pas encore à vitesse lente avant d’accélérer et d’augmenter l’intensité de la charge de travail. Chaque pratiquant doit apprendre à savoir où se situe sa zone de confort et l’élargir au fur et à mesure qu’il s’entraîne, il ne doit pas hésiter à demander conseil à son professeur.

L’entraînement déraisonné calqué sur le principe « no pain no gain » s’il peut permettre d’acquérir peut-être rapidement quelques capacités combattives, capacités qui peuvent aussi être illusoires, peut aussi à plus long terme être l’origine de traumatismes pouvant laisser un handicap permanent, amenant parfois à l’impossibilité s’entraîner ou de se mouvoir normalement au quotidien. Avant d’apprendre à se défendre, il convient d’apprendre à se protéger des erreurs que l’on peut faire à l’entraînement, mais aussi en dehors (nourriture, mode de vie, etc.). Notre santé est notre bien le plus précieux, hélas nous avons tendance à nous en rendre compte qu’au moment où elle commence à nous échapper. Si après avoir pratiqué les arts martiaux pendant plusieurs dizaines d’années, sans avoir eu à combattre pour se défendre, on en arrive à se blesser soi-même par l’entraînement, n’est-ce pas une situation étrange ? Je pense que « primum non nocere« , « d’abord ne pas nuire », doit être appliqué à nos pratiques martiales. Une telle attitude demande une responsabilisation individuelle accompagnée par les compétences d’un enseignant qualifié.

Areski

 

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