Se libérer de l’ego

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Le travail sur l’ego est un aspect important des arts martiaux et cette dimension me semble incontournable lorsqu’on aborde les arts martiaux comme moyen de développement personnel. Cette dimension a souvent été évoqué dans de précédents artciles, il me semblait important d’écrire plus longuement à ce sujet.

Toutes les pratiques martiales japonaises ont été influencées par le bouddhisme zen qui n’est pas une religion dans le sens où il ne s’agit pas de croire en une divinité supérieure, mais une proposition de cheminement spirituel pour se libérer de l’ego, condition indispensable pour accéder à sa vraie dimension dans l’univers et vivre l’essentiel sans attachement inutile, superflu.

A l’origine le terme « ego » veut dire avoir conscience de soi. C’est donc la conscience de notre individualité, « je » m’appelle untel, nous parlons de nous-mêmes avec un « moi » . A priori ce mot n’a pas à l’origine de connotation négative. La conscience de qui nous sommes fait partie de nous, au même titre que la conscience que l’on peut avoir des autres, de notre environnement, du Monde, de notre dimension ou être supérieur. Avoir conscience de soi n’a donc rien de négatif ni de condamnable, c’est juste un état de fait.

Le terme « ego » a commencé à prendre une connotation négative avec l’arrivée des courants philosophiques, religieux et spirituels. Le fait de voir l’ego comme une dimension péjorative est probablement fondé car tous les problèmes qui ravagent l’humanité depuis toujours est lié à l’identification de l’homme à sa petite personne, ce qui l’empêche d’exister dans ses autres dimensions. L’être humain n’est pas simplement un corps, c’est aussi un esprit, une âme, une connexion avec ceux qui l’entourent et son environnement. L’ego nous renferme donc sur la plus petite partie de nous, et nous rend « ego-iste ». Il nous sépare des autres, de notre environnement. C’est pourquoi l’homme est à cent pour cent dans son individualité, ne se soucie pas de ce que peut ressentir son voisin s’il lui fait du tort, comme le voler par exemple. Dans cette logique on peut même tuer en temps de guerre (ou pas ?) des habitants d’un pays voisin parce qu’on estime que notre individualité, notre identification à notre pays, est plus importante et justifie donc le droit de le faire. Notre ego peut tout justifier.

Pourtant, l’ego n’est donc ni bon ni mauvais, c’est une composante de notre psyché, il est neutre. Il prend un rôle négatif quand il devient notre seul moyen d’identification, quand notre conscience de nous même reste qu’une conscience physique ou sociale : apparence, sexe, âge, profession, patrie, religion, possessions personnelles, etc. Ce rôle négatif est d’autant plus grand quand l’identification est détachée du bien commun ainsi que de notre être supérieur. Cet aspect négatif de l’ego se révèle donc quand il occulte les autres aspects de qui nous sommes réellement et nous identifie à une infime partie de ce que nous sommes ou de ce que nous possédons. Au fur et à mesure que cette identification s’exacerbe, l’ego prend le dessus sur les autres aspects de notre psyché et au lieu d’être notre serviteur, il devient notre maître. Ne sommes plus un être dans sa plénitude mais cette petite chose à laquelle nous nous identifions, profession, statut, maladie, personnalité, etc.

On lit parfois qu’il faut tuer l’ego, ce qui voudrait dire qu’il est alors inutile à notre condition. Cette affirmation est fausse car nous en avons néanmoins besoin pour vivre notre existence terrestre. Cependant quand l’ego prend les commandes de notre existence, quand c’est lui qui nous dirige, dicte ce que nous devons faire, alors cela devient dangereux, très dangereux. Quand l’ego n’est plus un élément de notre psyché permettant de survivre mais devient un obstacle dans notre développement personnel, alors nous pouvons affirmer qu’il joue un rôle négatif. La difficulté c’est que plus l’on cherche à faire disparaître l’ego, plus il revient en force. L’ego combattra toujours pour sa survie, paradoxalement même si cela doit nous mener à mourir.

L’être humain est aussi doté de la capacité de penser, mais souvent notre mental est occupé à ressasser des idées inlassablement. La pensée est bien sûr un outil fabuleux qui fait que l’humanité a évolué et est capable aujourd’hui de prouesses technologiques qui permettent aussi de détruire la vie sur terre. Quand le mental est contrôlé par l’ego et l’alimente de pensées inutiles, il devient lui aussi un élément perturbateur dans notre existence. Le mental nourrit l’ego et réciproquement, on entre alors dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.

Il conviendrait donc de ne pas alimenter l’ego et de lui accorder sa juste place car on ne peut pas vivre sans lui. Quand l’ego prédomine dans nos actions et nos pensées, nous nous déconnectons de l’instant présent. L’ego aime nous ramener au passé ou nous faire penser au futur, il aime nous faire répéter en boucle les mêmes idées négatives. C’est pourquoi dans la pratique du zen, on recherche à vivre le moment présent en pratiquant la méditation. La méditation permet en effet de calmer le mental, de l’empêcher de s’emballer, et en apaisant le mental, l’ego lâche prise. Ce lâcher-prise se fait en vivant l’instant présent, souvent en se concentrant sur la respiration, on affaiblit ainsi l’emprise de l’ego et pouvons accéder à des états de conscience dans lesquels on peut se connecter avec notre dimension profonde jusqu’à ressentir les liens qui nous unissent aux autre et à l’univers, notre conscience s’ouvre alors progressivement pour embrasser un champ de plus en plus vaste.

Vous savez probablement que la respiration joue un rôle important dans la maitrise de soi et de ses émotions. Elle est un élément sur lequel on peut agir consciemment, même si souvent nous respirons sans y penser. Elle permet d’influencer à la fois notre corps et notre psyché par l’intermédiaire du système nerveux. C’est pourquoi le fait de prendre conscience de sa respiration, d’être en mesure de la réguler et d’agir dessus est un élément important dans la pratique des arts martiaux car elle a une influence à la fois sur l’action, le geste, mais aussi le mental, la psyché et donc l’ego. La respiration est un levier essentiel pour travailler sur soi, elle fait le lien entre le corps et le mental et est un outil pour pour apaiser l’ego.

La philosophie zen a tout de suite été adoptée par la classe des samouraïs durant le Japon médiéval. Pour ces guerriers la mort était présente au quotidien et il leurs fallait vivre avec l’idée qu’à chaque instant la vie pouvait s’arrêter. Le zen donnait à ces combattants un outil pour arrêter le flot de pensées qui faisait redouter la mort et donc les combats. En apprenant à être présent dans l’instant et ne pas se laisser submerger par les pensées des batailles à venir ou de la mort imminente, le chevalier japonais pouvait aborder la vie plus sereinement et ne pas être pétrifier à l’instant du combat dans lequel chaque hésitation peut coûter la vie. 

En se libérant de l’égo on peut atteindre un état d’éveil, de manière occasionnelle, temporaire ou permanente. Les japonais parlent de satori pour faire référence à l’état d’éveil spirituel recherché dans le zen. Pour y arriver, plusieurs méthodes existent notamment les koan qui sont des histoires qui amènent le disciple à se poser des questions, souvent sur la dualité des choses. L’éveil est un état dans lequel où ce qui nous semble s’opposer ne fait qu’un car tout est un, c’est la rencontre avec l’unité. Cet état tout le monde peut le vivre, il peut être le fruit d’un long cheminement ou/et surgir soudainement.

Si aujourd’hui l’enjeu de notre pratique n’est pas la vie ou la mort, se centrer sur l’instant présent pour chercher à ne pas être dirigé par l’ego garde tout son intérêt. On peut rechercher l’unité en se centrant sur l’instant présent par deux techniques, l’une consiste à prendre conscience de sa respiration et la suivre, l’autre est de se concentrer sur son corps, ses sensations. La pratique du karaté permet donc par un travail introspectif de vivre dans l’instant présent, même si cela est souvent furtif au départ. Contrairement à la méditation assise, comme en karaté il s’agit de se mouvoir et souvent avec un partenaire plus ou moins en opposition, le pratiquant doit se focaliser à la fois sur ce qui se passe à l’intérieur de lui et à l’extérieur. Il lui faut donc gérer deux dimensions qui semblent opposées. Pourtant, l’une peut renforcer l’autre et réciproquement. Quand le pratiquant gère harmonieusement ces deux facettes de sa pratique en même temps, il accède à un état de conscience modifié qui permet l’action juste et comme je le mentionnais plus haut, l’unité, la fin de la dualité. Cette sensation est connue dans le monde du sport, on y parle alors de la « zone », un état dans lequel tout réussi, où l’effort n’est pas ressentit douloureusement mais comme une extase, parfois même, certains ont l’impression que les actions se déroulent au ralenti. Jacques Tapol en parle très bien dans son livre « karaté et petits satoris » paru aux Editions du net quand il relate certains de ces combats et notamment celui qui l’a mené à être sacré champion du monde en combat à Mexico en 1986.

Alors que les arts martiaux sont sensés nous libérer de l’ego, la pratique nous tend des pièges qui ne font que le renforcer, ces pièges sont peut-être encore plus dangereux pour les enseignants. Les obstacles sont innombrables, par exemple le fait de vouloir gagner active notre ego, c’est pourquoi on dit que dans les arts martiaux on ne recherche pas la victoire. En effet, le désir exacerbe l’ego, il est donc difficile de trouver l’équilibre entre détermination et l’état de non-ego. Un autre piège est celui de vouloir devenir fort, raisons pour laquelle nous sommes nombreux à avoir commencer la pratique des arts martiaux. On laisse alors le corps se contracter, se crisper, pensant que la force vient uniquement de la musculature alors que c’est bien plus subtile que cela et qu’au contraire, il faut se reposer le moins possible sur la force musculaire. Les écueils dans la pratique sont innombrables et il me serait difficile de tous les recenser ici. Un autre piège est celui des grades, ceux-ci sont bien-sûr une motivation pour le pratiquant qui peut se situer dans sa progression, mais l’ego peut aussi se renforcer de plus en plus avec l’attribution des grades. Puis enfin, pour le professeur que les élèves mettent naturellement sur un piédestal, ne pas se laisser griser par cette position est un vrai test pour l’ego. C’est pourquoi pour ne pas tomber dans ce piège de l’ego, l’enseignant doit pratiquer avec sincérité, authenticité et humilité, ne pas se prendre pour un sur-homme.

Je vous invite à travailler sur votre présence ici et maintenant chaque jour pour vous libérer de l’ego. Chaque jour introduisez des moments de présence dans votre quotidien, notamment en prenant des respirations conscientes à différents instants de la journée mais aussi en faisant des « stops » c’est-à-dire faire de brèves introspections pour ressentir votre corps de l’intérieur puis de garder cette sensation de présence le plus longtemps possible. Faites-le le plus souvent possible, avant un entretien, pendant une pause, avant de décrocher le téléphone et de répondre, etc. Avec cette gymnastique, il vous sera de plus en plus facile de faire venir la présence en vous. Ceci vous aidera dans la pratique pour être le plus souvent présent dans ce que vous faites. Prendre conscience de la présence est un exercice, une pratique qui devient de plus en plus facile, au fur et à mesure qu’on s’y exerce, quand vous êtes présent votre ego n’a plus de prise sur vous et reste alors à sa juste place.

Areski

 

 

4 réflexions au sujet de « Se libérer de l’ego »

  1. J’aimais beaucoup lire les chroniques d’Henry Plée, à chaque fois que je lis vos articles je retrouve le même esprit, et ça fait beaucoup de bien. On a tous besoin de lire ce genre d’article pour grandir et pousser notre pratique encore plus loin. Merci beaucoup pour tout ce travail et continuez:-) j’attend les suivants avec impatience.

    • Bonjour,

      Ça me fait bien sûr toujours plaisir de lire ce genre de commentaire. Je suis flatté de la comparaison avec Henry Plée. Vos encouragement me vont droit au coeur et son importants pour moi. Je grandis aussi en écrivant les articles, cette démarche m’aide dans mon cheminement.
      Encore merci.

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