Ne reculez pas !

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Il existe beaucoup d’exercices préparatoires pour le combat en karaté, ils sont parfois différents en fonction des écoles. Parmi ceux-ci il y a les assauts conventionnels, yakusoku-gumite. Vous connaissez probablement ces exercices dont les noms sont kihon-ippon-gumite, ippon-gumite, sanbon-gumite, gohon-gumite. Ces exercices se font beaucoup en reculant, notamment les deux derniers qui consistent à faire plusieurs pas en reculant sur plusieurs attaques. Le problème c’est que ces exercices ne préparent aucunement au combat et risquent à mon avis d’ancrer chez le pratiquant de mauvais réflexes qui peuvent être fatals dans une réelle confrontation.

Les assauts conventionnels aussi appelés assauts pré-arangés, permettent de mettre en application les techniques étudiées avec un partenaire. Les conventions de base sont les suivantes, on désigne l’attaquant et le défenseur. La nature de l’attaque et son niveau sont annoncés, par exemple coup de poing en avançant au niveau moyen, oi-zuki-chûdan. Le défenseur défend et riposte, dans les cas du kihon-ippon-gumite et ippon-gumite, l’attaquant fait une seule attaque et le défenseur défend puis riposte. Dans le sanbon-gumite, l’attaquant avance trois fois en faisant trois attaques et le défenseur recule trois fois en parant, puis riposte. Le gohon-gumite est similaire à l’assaut précédent la différence réside dans le fait que l’attaquant avance cinq fois et le défenseur recule cinq fois en parant avant de riposter.

Dans les assauts sur trois pas, sanbon-gumite, et sur cinq pas, gohon-gumite, il n’y a pas d’autre option que reculer jusqu’à la fin des attaques. Cette approche ne me semble pas compatible avec l’apprentissage du combat. C’est pourquoi je pense que ces exercices sont à destination des élèves débutants pour une première approche du travail avec partenaire, sans risque de se blesser.

Pourquoi ces exercices sont-ils contre productifs dans l’apprentissage du combat ? Tout d’abord parce qu’on y apprend à réagir au lieu d’anticiper. C’est à dire qu’on pare l’attaque puis riposte. Cette stratégie n’est pas la plus intelligente en combat car elle donne toujours la possibilité à l’attaquant d’enchaîner, surtout s’il a déjà pris l’avantage en avançant une, deux, trois… fois. En combat, il est préférable de ne pas donner l’opportunité à l’attaquant de continuer son offensive, pour cela il faut anticiper son attaque et si c’est possible avancer pour l’intercepter et frapper avant qu’une deuxième offensive puisse être lancée.

Les assauts conventionnels sanbon et gohon-gumite nous entrainent donc à la réaction, go-no-sen en japonais, tandis que pour prendre l’initiative nous avons besoin d’anticipation, sen-no-sen.

Le problème c’est qu’avancer sur l’attaque n’est pas un réflexe naturel, nous devons donc surmonter nos peurs. A cet effet il faut donc reprogrammer une nouvelle réaction qui va se bâtir sur la confiance que l’on a dans nos capacités techniques et de gestion du stress. C’est grâce à des exercices spécifiques, en commençant par une travail en lenteur que l’on peut apprendre à réagir correctement en sen-no-sen, l’anticipation. Le problème c’est que les pratiquants sont souvent trop pressés et voient le travail en lenteur comme une régression qui de plus ne valorise pas leur ego qui veut aller plus vite plus fort. Pourtant, c’est en prenant son temps, en allant lentement que l’on va gagner du temps dans notre progression et acquérir la capacité d’avancer sur l’attaque sans se blesser. Ce travail en lenteur n’est pas une finalité mais un moyen, la vitesse de travail doit évoluer au fur et à mesure que l’on acquiert du confort dans les exercices.

Pourquoi être en capacité d’avancer sur l’attaque est-il si important ?
Tout d’abord parce que ce n’est pas la réaction naturelle et cela surprend l’adversaire. D’autre part, plus on laisse une attaque se développer, prendre de l’ampleur, plus il est difficile la neutraliser. Éviter que l’attaquant puisse lancer son attaque donne donc plus de chance de vaincre. Pour y arriver, il faut donc travailler la capacité d’anticipation mais aussi apprendre à ne pas rester sur la trajectoire de l’attaque, donc savoir l’esquiver ou/et la rediriger. Meilleure sera l’anticipation, moins l’attaque sera dangereuse, le nec plus ultra étant d’agir avant que l’attaque ne prenne forme, percevoir l’intention agressive et intervenir avant l’apparition de la technique.

Une telle capacité d’anticipation nécessite de l’entraînement. Hélas, les assauts conventionnels dans lesquels il faut reculer, ne permettent pas de développer les qualités nécessaires au sen-no-sen. C’est pourquoi passer beaucoup de temps à les étudier est non seulement une perte de temps mais aussi dangereux du fait qu’ils conditionnent à une réaction non pertinente en combat. A ce sujet, je vous invite à lire ou relire un de mes articles « les blocages n’existent pas ».

Si la capacité à réagir en sen-no-sen, anticipation, est importante, cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas être efficace en réagissant après le développement d’une première attaque, soit en go-no-sen. Dans ce cas le défenseur esquive l’attaque mais doit réagir avant que l’attaquant ne puisse enchaîner. En ce qui concerne la première attaque on peut dire que le défenseur est en réaction, go-no-sen, il attend qu’elle soit effectuée, mais sur le deuxième temps il réagit avant qu’il ne puisse y avoir une deuxième attaque. Le problème dans les assauts conventionnels c’est que comme les rôles du défenseur et de l’attaquant sont déterminés, le défenseur oublie que le temps entre sa parade ou son esquive et la riposte doit être sans délai et qu’il doit se positionner de façon avantageuse. Le travail en réaction, go-no-sen, a l’avantage de laisser l’attaquant s’engager et se découvrir. Si le défenseur est en capacité de lire l’intention de son opposant, il peut le laisser déployer son action en préparant sa défense pour réagir en ne laissant pas l’opportunité à l’attaquant de poursuivre son offensive.

Savoir réagir et anticiper sont des éléments fondamentaux en combat. Certains exercices conventionnels tels que le ippon-gumite et kihon-ippon-gumite permettent de s’y entraîner si l’on sait comment les utiliser pour rester dans une configuration la plus réaliste qui soit. En revanche, des exercices tels que le sanbon-gumite ou gohon-gumite s’ils sont pratiqués tels qu’on les apprend aux débutants, n’ont pas d’intérêt pour l’apprentissage du combat pour les pratiquants de niveau avancé.

Il est important de questionner sa pratique et les exercices qui sont proposés, même s’ils portent l’étiquette dite « traditionnelle », mot qui à mon sens est souvent dévoyé et inapproprié. Il est tout aussi essentiel de garder un esprit critique pour donner à notre entraînement une direction qui permette d’évoluer en évitant les impasses qui peuvent amener à de fâcheuses déceptions en combat réel. Il faut donc s’entraîner bien et avec justesse.

Vous avez probablement des façons de travailler les assauts conventionnels de manière pertinente, des idées à partager avec les lecteurs du  blog. N’hésitez pas à en faire part dans un commentaire.

Areski

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