Les limites permettent d’apprendre

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« Qui ne sait se limiter ne sut jamais écrire » écrivait Nicolas Boileau dans « l’art poétique (1674) », mais me direz-vous pourquoi commencer un article en faisant cette référence dans un blog dédié aux arts martiaux en général et au karaté en particulier ?La réflexion des Nicolas Boileau est à la base de la pédagogie. En effet, en limitant la complexité et la quantité à apprendre, on facilite automatique l’apprentissage. C’est exactement ce qui se passe dans les arts martiaux.

Les pédagogues savent qu’il ne faut pas trop donner d’information sous peine de noyer le message à faire passer et d’être contreproductif en mettant de la confusion là où l’on souhaitait donner des éclaircissement. L’individu est ainsi fait qu’il ne faut pas lui donner plus qu’il ne peut recevoir à un moment donné. Quand il a assimilé une première doses d’information, il est possible d’en ajouter de nouvelles. Il convient donc de respecter le rythme de chacun et d’y aller progressivement.

Rappelons que les arts martiaux cherchent à modéliser une méthode d’apprentissage du combat qui par définition est une situation que l’on ne peut pas contenir dans un champ limité tel qu’on le voit généralement dans ce que montrent les différentes discipline de combat. Il existe donc une segmentation qui permet d’apprendre plus facilement. Certaines disciplines proposent, comme le judo une approche commençant par des projections, d’autres comme le karaté illustrent les techniques habituellement avec des percussions, etc. Toutes ces approches ont leur intérêt pour faciliter l’apprentissage du combat. Il s’agit donc un peu de tirer le fil d’une pelote de laine pour progressivement la démêler.

Le problème c’est que les pratiquants s’arrêtent avant-même de tirer le fil et ne démêlent jamais la pelote de laine. Ils ne font qu’une expérience limitée du combat en ignorant que ce qu’ils pratiquent n’est qu’un début, une première marche et qu’il en reste d’autres à gravir.

Si dans l’apprentissage il convient de limiter le champ d’investigation au départ, avec l’expérience, pour aller plus loin, il faut élargir progressivement les expériences, les connaissances et les domaines d’action. Le combat ne peut se limiter en effet à des percussions, des clés ou des projections. Cela veut-il nécessairement dire qu’il soit nécessaire d’apprendre de nouvelles techniques ?

Pas nécessairement. Si je prend l’exemple du karaté que je connais mieux, une technique tel qu’un coup de pied de face apprit en tant que débutant comme étant une frappe, peut dans un second temps être compris comme étant un balayage au moment où le jambe revient par exemple. Ainsi une même techniques peut avoir différents champs d’application : frappe, luxation, projection, destructuration, etc.

On trouve cette lecture à différents niveaux dans les katas qui sont compris différemment en fonction de l’avancée du pratiquant. Au terme de plusieurs dizaines d’années de pratique d’un art martial il serait dommage de rester au premier palier de compréhension qui est toujours très sommaire. Pourtant, la segmentation moderne des arts martiaux favorise en quelque sorte une dichotomie qui enferme les pratiquants dans une vision limitée de leur art.

Chaque art martial est souvent une illustration de la citation de Nicolas Boileau citée au début de cet article, une limitation du champs d’expérience du combat pour apprendre. Au fur et à mesure de l’évolution, au fil des années, ce champs d’expérience doit grandir progressivement pour acquérir de meilleures compétences permettant de faire face au chaos du combat.

Il est dommage que les experts japonais qui sont venus en occident pour y développer leur disciplines étaient souvent de jeunes instructeurs, certes très doués et performants, mais ayant une vision parcellaire de leur art. L’avènement des compétitions ont aussi favorisé la segmentation des arts martiaux, sans compter l’aspect commercial permettant de vanter les atouts d’une discipline par rapport à une autre. Tous ces facteurs ont concourus à une fragmentation du monde des arts martiaux, vision qui n’existait me semble-t-il pas quand les samouraïs d’antan s’entraînaient pour le combat réel en cherchant la meilleure efficacité possible en toute circonstance.

Il peut donc sembler paradoxale qu’au début de l’apprentissage d’une discipline martiale le contenu transmit soit calibré, le but est d’aider l’apprenant à poser les premiers jalons de l’apprentissage du combat. Toutes les méthodes proposent de gravir des échelons, de passer des paliers. Plus on monte en niveau, en expérience, en connaissance, plus les limites entre les domaines de la pratique mais aussi entre les disciplines deviennent floues. Il m’est souvent arrivé que des élèves ou des spectateurs commentent mes cours en disant « ha, mais ça c’est du judo » ou « c’est de l’aikido », etc. Il est naturel de vouloir classifier les choses, c’est ainsi que nous apprenons car c’est plus facile. Pourtant, avec l’expérience, les années d’entraînement, ils serait dommage de se cantonner dans des limites qui n’existent que dans nos têtes. Limitez-vous pour apprendre mais pas de manière illimitée !

N’hésitez pas à faire part de vos réactions, vos expériences sur ce thème. Merci d’avance.

Areski

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