Souvenez-vous de vos sensations

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez réussi à faire du vélo, sans les petites roues stabilisatrices ? Peut-être pas mais si aujourd’hui vous êtes encore en mesure de faire du vélo c’est que vous avez mémorisé la sensation qui consiste à maintenir le bicycle en équilibre sur deux roues. Cet équilibre est une capacité très fine qui met en oeuvre un très grand nombre de paramètres, qui fait appel à plusieurs sens. Nous ne sommes pas en mesure d’expliquer rationnellement comment on réussit une telle prouesse et pourtant, il suffit de l’avoir ressenti une fois et d’avoir mémorisé cette sensation pour la reproduire jusqu’à la fin de notre vie. N’est-ce pas formidable ?

Ainsi, quand on a fait une fois l’expérience de l’équilibre sur un deux roues, on sait qu’on peut le faire, on connait la sensation. Le fait d’avoir vécu au moins une fois cette réussite nous donne une confiance incroyable qui fait que la prochaine fois qu’on monte sur un vélo, on s’élance sachant pertinemment que l’on va réussir le maintien en équilibre. Après avoir expérimenté plusieurs fois cette sensation, notre cerveau enregistre cette capacité comme étant normale et ne pas pouvoir reproduire cet équilibre devient impossible.

Il en est de même dans la pratique du karaté. Apprendre des techniques est plus ou moins difficile, mais on sait qu’elle ne peuvent être appliquées que si l’on est rempli d’une confiance absolue dans leur efficacité. Cependant, aucune technique n’est efficace, c’est la personne qui l’utilise qui rend la technique applicable et efficace. La technique c’est exactement comme un vélo, il ne peut se tenir en équilibre seul. C’est la personne qui met le met en équilibre, comme c’est lui qui confère à la technique son efficacité.

Il faut donc expérimenter les techniques dans des situations diverses et être à l’affût des situations où on arrive à les utiliser avec aisance pour mettre l’adversaire en difficulté ou en déroute. Quand cela arrive, il est alors important d’identifier la ou les sensations qui accompagne la réussite du mouvement. Cela est difficile car il s’agit d’un moment passager qui s’échappe comme il est venu. Cette sensation perdue, on peut tenter de reproduire le mouvement, mais rien n’y fait, il n’a pas l’efficacité qui semblait si facile quand on y était arrivé. Cette sensation fugace est un peu comme la mémoire d’un rêve au réveil. On se lève et puis quand on veut se souvenir du rêve, on a déjà oublié. On sait cependant que si l’on s’exerce à se souvenir de ses rêves, en prenant le soin de noté au réveil ou pendant la nuit des mots clés pour se souvenir, il est possible de se rappeler de plus en plus facilement de nos songes.

Etre sensible et à l’écoute de nos sensations demande donc un travail. Quand on réussit à placer une technique, cette efficacité nous semble facile, on se surprend à se dire « comment cela a-t-il pu être si facile ? ». Cette facilité est le signe que plusieurs paramètres ont bien été gérés au bon endroit et au bon moment. Il faut d’abord graver la sensation dans notre esprit et notre corps avant de pouvoir analyser. Souvent, l’analyse va nous éloigner de nos sensations et nous n’arrivons plus à reproduire ce qui pourtant semblait si facile. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas réfléchir ou analyser, au contraire. Je pense qu’il est important de pouvoir mémoriser ses sensations pour les reproduire tout en étant capable d’avoir une vision analytique. Cependant, l’un et l’autre doivent aller de pair et ne pas s’exclure. Hélas, dans notre société c’est l’analytique qui est le plus mis en valeur, alors on a tendance, sans s’en rendre compte, à favoriser cet aspect. C’est ainsi, qu’avant même d’y penser, nous oublions les sensations si précieuses, car notre éducation ne favorise pas cet aspect des choses, l’activité de l’hémisphère droit du cerveau. La vie intérieur est assimilé à l’inaction, ce qui est perçu négativement en général lorsque l’on pratique une discipline où l’action est importante comme c’est le cas en karaté.

J’espère qu’après avoir lu cet article vous serez plus sensible à ce que vous ressentez quand vous pratiquez. Comme je l’ai déjà écrit dans plusieurs articles, il est important d’apprendre à être présent dans notre corps et devenir sensible au dialogue intérieur qui le rempli. En même temps, il est aussi nécessaire d’être à l’écoute, et vigilant à ce qui se passe à l’extérieur, sinon l’adversaire aura vite fait de vous rappeler qu’il ne faut pas « rêvasser ». Cependant, si vous identifiez et mémorisez vos sensations, vous ferez d’énormes progrès dans la pratique du karaté, vous deviendrez alors celui qui guide le vélo en roulant en équilibre avec aisance.

Areski

PS : A relire l’article « Travailler en sensation »

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