Se défendre contre les saisies

Beaucoup de pratiquants abordent la pratique du karaté comme si le combat ne pouvait se faire qu’à partir d’une grande distance. Si l’on parle de karaté de compétition, il est vrai qu’en fonction des règles, les combattants se tiennent à une certaine distance, souvent longue, pour éviter d’être touché, ce qui donnerait des points à l’adversaire. Mais cette situation se rencontre rarement dans les affrontements réels.

Une agression peut se produire à différentes distances, souvent assez près d’ailleurs. Il y a de forte chance qu’elle commence par une saisie suivie d’une frappe. Même si le combat commence à distance avec des échanges de coups, les combattants se rapprochent au fur et à mesure et il est alors possible de saisir pour projeter l’adversaire. Il est donc important de savoir réagir à des saisies de façon à en tirer avantage.

Il faut tout d’abord comprendre qu’en combat une saisie n’est pas une finalité en soi. C’est souvent le préalable à une suite qui peut être un coup (poing, tête, genou, coude, …), une clé, une immobilisation pour qu’un autre protagoniste entre en scène et profite de la proie.

Les saisies font un peu peur quand on n’y est pas habitué. J’ai déjà vu des pratiquants paralysés à l’entraînement sur une saisie exécutée durant un échange libre. C’était comme un ordinateur qui beuguait car son programme n’est pas adapté à la situation. Donc, si vous ne vous entraînez pas à réagir sur des saisies, vous risquez aussi de beuguer ou tout simplement de ne pas savoir comment mettre à profit cette situation pour engager le combat à votre avantage.

Effectivement quand on est saisit, il est naturel d’avoir peur. Cette peur nous paralyse et fait perdre un temps précieux. Pourtant, quand l’adversaire saisit, il engage une main, des fois même les deux, et pendant que ses mains saisissent elles ne frappent pas. En plus, il se met obligatoirement à une distance où vous pouvez le frapper des pieds ou des poings.

Avant d’aller plus loin, il est important de comprendre les trois temps de la saisie. Le premier temps est l’approche, la main qui vient pour saisir est envoyée vers une partie de votre corps. Cette approche peut être traitée comme une attaque de bras ou alors on peut aussi, par un mouvement du corps, amener l’attaquant à étendre son bras et son corps plus que ce qu’il n’avait prévu au départ. Dans cette situation, il est plus facile de le déséquilibrer ou de frapper dans les zones en extensions et en tension pour lui faire mal.

Si vous êtes malin, vous allez peut-être laisser l’attaquant arriver à la deuxième étape de la saisie, celle où il vous touche et commence à saisir mais n’a pas commencé à verrouiller son emprise. A ce moment, il a la satisfaction d’arriver à son but, de vous toucher et ne se rend pas compte que par vos déplacements, vos esquives, votre mouvement, il vous touche mais ne peut pas vous saisir réellement. Au moment où il réalise que vous l’avez mis en désavantage, vous le déstructurez, le projetez, le frappez. Alors qu’une ou deux de ses mains sont engagées, les vôtres sont restés disponibles.

Dans la troisième phase de la saisie, l’adversaire ferme sa main et vous tient fermement. C’est un stade où il ne faut pas le laisser s’installer et il serait dangereux de focaliser uniquement sur la saisie car il y a certainement un coup qui va vous arriver dessous. Là aussi, il est important d’être en mouvement, de ne pas rester là où l’attaquant souhaite vous frapper. De plus le mouvement, surtout si votre placement est judicieux, va empêcher l’adversaire de conserver une prise solide. Le mouvement le gêne aussi dans ses plans pour vous frapper ou vous projeter. Il ne faut pas hésiter à frapper pour être en sécurité et s’occuper de la saisie après, si elle est toujours présente.

Certains diront « mais il n’y a pas de techniques contre les saisies en karaté »… N’existent-elles pas ou ne vous les a-t-on jamais enseignées ? Ces techniques existent dans les katas qui sont des outils de self-défense. Mais elles sont aussi présentes dans des techniques que l’on vous a enseigné comme étant des « blocages ». Si vous aborder le combat aussi sous l’angle des saisies et que vous revisitez vos techniques de bases, que vous questionnez vos katas, vous trouverez un trésor sur lequel vous étiez assis depuis toujours.

Areski

PS : pour aller plus loin vous trouverez une réflexion approfondie et des solutions, mais surtout une méthodologie dans mon livre « BUNKAI, l’art de décoder les katas » paru chez Budo édition.

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