Le bras de fer

over-the-top-le-bras-de-ii01-g

Quand on réalise un exercice conventionnel, il arrive que l’on perde de vue l’objectif principal de celui-ci est souvent notre ego nous amène à une recherche d’opposition pour exprimer qu’il existe, qu’il est là et qu’il est bien sûr le plus fort. On s’écarte alors de la recherche proposée initialement par l’exercice pour en faire un autre.

Prenons un exemple pour illustrer le propos. Deux partenaires, A et B, font un assaut conventionnel, ippon-gumite. A attaque avec un coup de poing en poursuite au niveau du visage, oi-zuki jôdan, B dévie l’attaque avec le mouvement chûdan soto-ude-uke, comme l’illustre le dessin ci-contre.

 

Dans cet exercice très basique, l’attaquant A cherche à toucher le défenseur B au niveau de la poitrine. A priori sa force est donc dirigée vers B et uniquement vers lui. Quand B dévie l’attaque au bon moment, c’est-à-dire avant que celle-ci n’arrive à sa poitrine, son mouvement défensif ne devrait pas ressentir de résistance, si ce n’est le poids du bras. Pourtant, il est très fréquent que l’attaquant cherche à résister ou mouvement du défenseur. L’attaquant A, au lieu de chercher à atteindre son objectif, la poitrine, se focalise sur le fait de ne pas laisser le défenseur B dévier son bras. On assiste alors à un bras de fer, une opposition, qui dénature l’exercice. L’attaquant A pense même parfois que sa technique est puissante, le défenseur B peut aussi penser la même chose. Cette situation de bras de fer est très satisfaisante pour l’ego des deux protagonistes de l’exercice.

Il m’ait souvent arrivé de faire face à des partenaires qui s’engagent dans ce bras de fer, sans même en avoir conscience. Ma tactique est alors de retirer mon bras au moment celui-ci va toucher l’avant-bras du partenaire. Ce dernier anticipant alors ma parade pousse sur mon bras mais rencontre le vide. Son bras part alors sur le côté et parfois-même l’attaquant perd sa stabilité, il même tomber. Cette tactique peut faire comprendre au partenaire qu’il a oublié son objectif, me toucher. Elle peut aussi provoquer chez lui une réaction d’énervement car l’ego est toujours là et n’est pas content de ne pas pouvoir s’exprimer et montrer sa grandeur; sa force, son pouvoir.

Lorsque les partenaires s’engagent dans l’exercice du ippon-gumite en faisant un bras de fer sans s’en rendre compte, ils sont souvent satisfaits car ils transpirent beaucoup, ont l’impression d’être très puissants, ont mal aux avant-bras. Ils ne se rendent pas compte qu’ils créent des tensions inutiles et que l’exercice réalisé ainsi n’est pas bénéfique pour un apprentissage du combat. Les tensions, les crispations chez le défenseur tout comme chez l’attaquant, les ancrent dans des schémas qui peuvent être nuisibles lors d’un combat.

L’attaquant qui s’engage dans le bras de fer n’est plus disponible pour faire autre chose. Si son bras était relâché, il serait alors capable de changer de trajectoire pour faire une autre attaque, une saisie. De plus, comme l’attention est concentrée sur l’opposition de force, l’attaquant perd de vue qu’il peut enchaîner avec l’autre bras ou une jambe, se déplacer, etc. Le problème c’est que l’exercice étant conventionnel, l’attaquant n’est pas sensé entreprendre les actions énoncées ci-dessus. Pourtant, il devrait les avoir à l’esprit. Pour remédier à cette enfermement dans l’assaut conventionnel, on peut le faire évoluer en donnant progressivement plus de liberté sur ce que peuvent faire le défenseur et l’attaquant après la première attaque. Le plus important reste néanmoins de ne pas perdre de vue l’objectif principal de l’exercice et de comprendre qu’il  n’est qu’une étape dans l’apprentissage du combat.

L’exemple du bras de fer dans l’assaut conventionnel ippon-gumite illustre l’idée qu’en se donnant avec coeur dans un exercice on peut le dévoyer sans y prendre gard. Il convient donc de bien comprendre l’objectif et d’être attentif au rôle de l’ego lorsque l’on appréhende l’exercice. Le pratiquant veut souvent réussir rapidement l’exercice et oublie de passer par l’étape d’appropriation en étudiant lentement ou à vitesse réduite. En travaillant en sur-régime, nous avons l’illusion de progresser mais souvent nous construisons nous-même les freins à notre avancée dans la pratique. C’est donc en mettant plus de conscience dans ce que l’on fait, en ayant un regard attentif à l’émergence de l’ego, que l’on peut éviter le piège du bras de fer.

Areski

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *