Vers plus de conscience

En débutant la pratique du karaté ou d’un autre art martial, nous avons tous une motivation première qui peut bien sûr évoluer au fil du temps. A cette motivation peuvent s’ajouter de nouveaux intérêts en découvrant et en approfondissant notre connaissance de la discipline pratiquée.

Les arts martiaux nous ramènent à notre corps, car il faut sans cesse le contrôler, le guider, le dompter. Ce travail nous conduit à mieux le connaître pour mieux le maitriser. Il y a dans ce cheminement des moments de plaisir mais aussi des découragements, car le corps met du temps à se plier aux demandes de notre volonté.En karaté, il y a plusieurs écoles, plusieurs courants et ceux-ci se caractérisent par des différences techniques et plus particulièrement des katas aux formes différentes même si souvent elles sont voisines. On peut passer du temps et perdre de l’énergie à justifier quelles sont les meilleures formes, les meilleures techniques et les meilleurs styles. Cet exercice n’a à mon sens que peut d’intérêt.

Chaque école, chaque forme détermine un cadre de référence. Le pratiquant cherche à maîtriser la technique enseignée, non pas parce que celle-ci serait une finalité mais tout simplement parce qu’elle est un moyen d’apprendre à se connaître et se maitriser. Une fois cette maîtrise acquise, on peut alors se détacher de la forme éducative pour trouver celle qui nous correspond le mieux, celle qui exprime notre individualité et notre créativité.

Les mouvements exécutés en lenteur puis progressivement de plus en plus vite au fur et à mesure qu’ils sont intégrés permettent de mieux connaître son corps. Comment placer mon pied dans telle posture, où se trouve ma main dans telle technique, pourquoi ma tête penche alors que je ne le souhaite pas, comment mon corps évolue dans l’espace, etc. Le geste nous rend plus conscient, il permet à la fois de ressentir ce qui se passe à l’intérieur de nous-même et nous fait découvrir différentes façons d’être en relation avec ce qui nous entoure, qu’il s’agisse d’objets, de l’espace ou de personnes.

Beaucoup de choses échappent habituellement à notre conscience. Notre vie quotidienne est pleine d’occasions et de stratégies pour éviter cette mise en contact avec nous-même. Les sons, l’agitation, les pensées, le stress, font parties des choses qui nous déconnectent de qui nous sommes, de la prise de conscience de qui nous sommes. Et justement, le karaté, les arts martiaux, nous ramènent à la simplicité du geste accompli dans l’instant présent.

En se concentrant sur les sensations du corps, nous devenons présent ici et maintenant. Nous développons ainsi notre sensibilité interne et externe, ce qui nous mène à agir avec plus de justesse. Ce travail, qui semble simple, va agacer notre ego qui préfère faire vagabonder notre pensée vers le passé ou le futur, nous déconnectant ainsi du moment présent, celui qui permet de nous réaliser et de vivre pleinement. Risquent alors d’émerger dans notre esprit des doutes et des pensées pour résister à cette présence dans l’ici et maintenant.

La pratique des disciplines martiales a donc cette caractéristique de nous plonger dans l’intemporel et de faire l’expérience du moment présent à travers la connaissance du corps et les sensations du mouvement. Au début nous sommes maladroit et irrités de ne pouvoir guider notre véhicule corporel, il semble y avoir un clivage entre notre cerveau et nos muscles. Pourtant, à travers l’entraînement, le connexion entre la tête le corps s’opère, puis nous percevons mieux les relations avec l’environnement et les autres êtres humains.

Bien que certains puissent considérer les arts martiaux comme des pratiques archaïques, ils véhiculent un message qui échappe à la corrosion du temps et aux modes. Les arts martiaux nous permettent de réhabiliter ce qu’il y a de profond en nous, de nous connecter à nous-même et au monde.

Areski

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