Faut-il être doué ?

Débuter une nouvelle discipline n’est pas facile. Pour ma part, bien plus jeune, j’avais commencé à apprendre la guitare, mais m’estimant peu doué j’ai abandonné après deux années. Était-ce vraiment la seule raison de mon abandon ? Non, en y réfléchissant, il y avait d’autres paramètres qui ont contribué à ce que je ne poursuive pas dans cette voie. L’un d’eux était un manque de réelle motivation, du moins sur le long terme. Commencer une activité, une discipline, c’est relativement facile, mais continuer et persévérer c’est autre chose.

Il est vrai que nous sommes plus ou moins doués pour faire certaines choses. Si seuls les gens doués pratiquaient le karaté, nous ne serions pas nombreux dans les dojos en France et à travers le monde. Nous avons des aptitudes au départ mais le but de l’entraînement c’est aussi d’en développer d’autres. Avoir des qualités c’est bien mais attention, cela peut aussi devenir un piège. En effet, à trop se reposer sur ses points forts on finit par ne plus progresser, ne plus explorer les aspects obscures de notre physique et de notre mental. D’une certaine manière on peut dire que les qualités peuvent obstruer la voie, la recherche.J’ai souvent rencontré des gens avec une corpulence et une force hors de la norme. Leurs coups faisaient très mal et quand on les touchait ça n’avait pas l’air de beaucoup les déranger. La force naturelle des ces personnes ne les incitait pas à rechercher dans la technique des subtilités pour frapper plus fort, être capable d’échapper aux coups adverses en esquivant, etc. Leurs qualités naturelles leur donnait une suprématie facile en combat qui les écartait d’une recherche d’optimisation de leurs capacités physiques.

L’autre piège pour celui qui a des aptitudes hors du commun est d’ordre psychologique. A force de réussir sans effort, il se peut que le jour où un obstacle apparait, il lui soit difficile ou impossible de le surmonter. Ce peut être la raison d’un arrêt quand cette barrière ne peut pas être franchie.

Ceux qui ne sont pas doués sont quotidiennement confrontés à des montagnes de difficultés qui se dressent devant eux, leurs efforts sont permanent. Cette constance dans le travail en remettant toujours et encore le coeur à l’ouvrage, les renforce et fait qu’il n’y a jamais de montagne infranchissable. Avec le temps, tous les obstacles peuvent être surmontés. Je me souviens d’une interview de maître Hidetaka Nishiyama qui parlait de ses élèves les plus connus en occident, s’agissant de Hiroshi Shirai qui enseigne le karaté en Italie et de Keinosuke Enoeda qui enseignait en Angleterre de son vivant. Maître Nishiyama disait de ces deux grands noms du karaté qu’ils n’étaient pas les plus doués des élèves qu’il avait quand il séjournait au Japon. Cependant, ce sont eux qui sont devenus des fers de lance du karaté shotokan JKA et ont développé la discipline à travers le Monde. C’est parce qu’ils ont beaucoup travaillé et sans relâche, portés par une motivation débordante, qu’ils en sont arrivés à surpasser leurs camarades de dojo ayant de meilleurs prédispositions pour le karaté.

Ces exemples nous enseignent que plus que le physique, c’est le mental qui nous porte et nous permet d’accomplir l’impossible. La motivation s’appuie sur cette puissance mentale et est le moteur de la vraie progression. La difficulté est de conserver cette motivation intacte sur le long terme car c’est avec le temps que les qualités physiques vont se développer et que le corps va se forger à la pratique jusqu’à l’intégrer, comme si le karaté faisait partie intégrante de la personne, laissant croire à celui qui l’observe évoluer qu’elle est douée.

Parmi les élèves qui fréquentent les dojos où j’enseigne, ceux qui pratiquent depuis plus de dix ans ne sont pas des personnes que je qualifierai de douées au départ. Elles ont persévéré, ne se sont pas arrêté bien que leur ego fut mis à mal encore et encore. Leur travail, leur persévérance, les a transformé. La pratique du karaté a agit comme une métamorphose inattendue dont le processus a pris beaucoup de temps. Ces personnes ne font pas particulièrement d’exploit, ils n’ont pas gagné de compétition, mais à chaque entraînement ils continuent de surmonter leurs peurs, leurs tensions, leurs maladresses, leur ego. Ils sont à mes yeux valeureux et j’admire leur courage, leur détermination, peur persévérance. Leur dévouement à la pratique est une leçon de vie et alimente ma motivation pour les accompagner dans leur cheminement.

Plus que le résultat c’est bien sûr le chemin parcouru, le processus qui est essentiel. Être doué ou pas, est une notion bien relative. La pratique d’un art comme le karaté ne repose pas sur la comparaison avec les autres, même si l’on a tous beaucoup tendance à le faire. Ce qui est important c’est de savoir d’où l’on part et de mesurer notre avancée en fonction de nous-même. La pratique est un cheminement personnel, même si elle se fait dans le cadre d’un groupe. Elle permet d’apprendre à se connaître pour exploiter au mieux notre potentiel sans oublier de développer les aspects dans lesquels nous sommes loin d’exceller. En travaillant sur nos points faibles on devient inévitablement plus fort que ce soit physiquement ou mentalement.

Si vous avez une expérience personnelle pour illustrer cet article, posez vos doigts sur le clavier !

Areski

 

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