Ces tensions qui nous trahissent

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En combat nous cherchons à surprendre l’adversaire, l’idéal étant que nos techniques lui soient invisibles. Pourtant un excès de volonté, de vouloir toucher, de vouloir aller vite, de mettre de la puissance, génère souvent des tensions qui sont des signaux alertant l’adversaire de nos intentions. Il est donc important de prendre conscience des tensions et crispations inutiles que l’on génère ainsi que de trouver une approche technique qui puisse rendre nos intentions et nos techniques pratiquement imperceptibles.

Résultat de recherche d'images pour "jodan age uke"Il est tout à fait normal d’avoir des tensions, sans quoi nous ne pourrions pas nous tenir debout ni nous mouvoir. Cependant, si ces tensions sont excessives ou/et inutiles, il est important d’en prendre conscience. Par exemple, pourquoi génère-t-on une crispation de l’épaule lorsqu’on fait le mouvement vers le haut jôdan-age uke (dessin à gauche) alors que dans la vie quotidienne on arrive à monter le bras sans générer de tension lorsque l’on porte un verre à la bouche ou prenons un objet placé sur une étagère en hauteur ? Pourquoi placer cette tension dans l’épaule durant l’exécution de cette technique jôdan-age uke, tension qui ne fait ralentir le mouvement et réduire notre capacité à bouger le bras librement ?

Lorsque l’on met beaucoup d’intention pour réaliser une technique, souvent il y a une génération de tensions qui hélas ne fait que freiner ce mouvement et le rendre visible à celui qui est en face de nous. Finalement, à vouloir trop bien faire, on met en échec nos actions. Il est donc important de prendre conscience de notre état dans une situation où il n’y a pas d’enjeu (toucher ou être touché, gagner ou perdre, etc.). Ensuite lorsqu’on étudie un mouvement, une technique, on peut continuer à scanner notre corps pour identifier où les tensions apparaissent. La connaissance technique doit nous guider pour analyser si ces tensions sont nécessaires ou non, excessives ou non. En effet, pour se mouvoir les muscles doivent agir, et donc se contracter et générer des tensions. Cependant, il est important d’apprendre à utiliser uniquement la tension nécessaire lors de nos actions. Nous arrivons à le faire dans nos gestes quotidiens car nous les avons répétés des milliers de fois et que nous cherchons, même inconsciemment à être économe dans la dépense d’énergie. Nous pouvons donc y arriver aussi dans la pratique du karaté en comprenant mieux ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons.

Si lors de l’exécution d’une attaque de bras, un coup de poing par exemple, vous montez l’épaule, l’adversaire va comprendre que vous allez attaquer avec le bras, c’est ce qu’on nomme un appel. Cette tension dans l’épaule apparaît car on veut donner de la puissance au coup de poing, elle exprime notre intention d’agir. Cependant, pour générer une frappe puissante il faut surtout générer de la vitesse. Mais si l’on accélère trop vite au départ, on génère un appel de l’épaule. La technique de poing peut être rapide et puissante mais si l’adversaire l’a voit venir, il ne sera aucunement surpris et pourra se défendre ou s’enfuir avec aisance. En revanche, si l’adversaire ne perçoit pas l’arrivée de l’attaque, il sera percuté à un moment où son corps n’est pas sur la défensive et donc ne saura pas comment faire pour annuler l’effet de l’impact ou y échapper, que ce soit par une esquive, une absorption, une contraction, une déviation, etc. Peut-être vaut-il donc mieux qu’un coup ne soit pas porté avec une puissance maximale mais qu’il atteigne la cible avec un impact à 100% de son potentiel du moment.

Le problème c’est que nous voulons souvent un résultat immédiat. La technique est étudiée trop tôt avec vitesse et donc dans cette forme d’apprentissage nous générons des tensions et des défauts (appels) dont nous n’avons pas toujours conscience. Si l’on travaille en prenant conscience de nos mouvements, de notre corps et de ses tensions, nous pouvons empêcher que ne s’installe des contractions et crispations inutiles qui nuisent à l’efficacité technique. Le problème c’est que l’étude à vitesse lente ou modérée ne flatte pas notre ego qui aimerait faire l’inverse. D’autre part on donne parfois trop d’importance à la vitesse, pensant que c’est le seul moyen de surprendre l’adversaire. On oublie alors qu’il existe d’autres façon de surprendre, en rendant les techniques moins prévisibles, moins visibles et en usant des tactiques adaptées.

Résultat de recherche d'images pour "mae geri"Un de mes professeurs avait une technique redoutable, le coup de pied de face, mae-geri (image ci-contre). La technique n’était pas extrêmement rapide, mais quand elle arrivait on se demandait comment elle avait bien pu nous toucher. Il n’y avait aucun signe annonciateur de ce coup de pied, le haut du corps restait neutre. Son regard ne trahissait pas non plus son attention, et même, nous invitait à ne pas regarder le bas de son corps. Puis à un moment le coup de pied était perceptible, mais la vitesse à laquelle il s’approchait laissait croire qu’on avait le temps de réagir s’il y avait un danger. En fait, on voyait le coup de pied mais notre cerveau ne traduisait pas ce pied comme une menace imminente. Puis, sur la fin de la trajectoire le coup de pied s’accélérait et nous percutait de plein fouet avant d’avoir pu faire quoi que ce soit pour se protéger. C’est ce que j’appelle une technique invisible, elle vous arrive dessus et quand vous percevez la menace, il est alors déjà trop tard. 

Il est donc important de prendre en compte tous ces éléments dans notre entraînement, cela ne peut se faire que graduellement. Il faut aussi développer une bonne perception de notre propre corps pour éviter des appels qui trahissent nos intentions. Le rôle de nos professeurs et nos partenaires est primordial pour nous aident à identifier ces tensions et ces appels car nous n’en sommes hélas rarement conscient. Au lieu de faire des grimaces en combat, apprenez à sourire, cela vous aidera à avoir un corps plus décontracté et à surprendre votre partenaire qui ne pourra pas lire votre intention d’attaquer.

Areski

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