Hommage à Roland Habersetzer

J’ai vu il y a quelques jours un message de Roland Habersetzer sur Facebook. Il annonçait, entre-autre, qu’il arrête d’écrire de nouveaux livres. Je ne sais pas si vous connaissez cet auteur de nombreux livres de karaté et autres arts martiaux, mais en ce qui me concerne c’est un de ses ouvrages que j’ai lu lors de mon adolescence qui m’a mis sur les rails du karaté, il s’agit du « guide Marabout du karaté » dont vous pouvez voir la couverture d’origine sur la photo de présentation de cet article. Ce livre est toujours disponible à la vente.

Je vais bien sûr rapidement écrire au sujet de l’auteur de ce livre mais surtout vous livrer pourquoi adolescent ce livre m’a marqué au point d’engager ma vie dans le karaté, car effectivement, peut-être que sans cet ouvrage mon chemin de vie aurait été bien différent.

Au début des années 70, les livres en français sur le karaté étaient rares. Nous n’avions alors pas accès à toutes les ressources que l’on peut trouver aujourd’hui sur internet. Les films étaient rares et en format super 8, il fallait avoir du matériel pour les visionner, peu étaient ceux qui avaient accès à cette ressource et encore moins un gamin de 12 ans.

Alors que je commençais à m’intéresser au karaté, j’avais trouvé à la bibliothèque « Le karaté en 12 leçons » de Ennio Falsoni qui venait de paraître. Grâce à ce livre j’étudiais les techniques et les katas avec un ami. Je commençais à découvrir le karaté en autodidacte n’ayant pas les moyens de m’inscrire à un cours mais aussi parce que souvent les clubs n’acceptaient les jeunes qu’à partir de 14 ans car il n’y avait pas de section enfant. Mais je n’imaginais pas faire un cours avec des enfants, pour moi le karaté c’était une affaire sérieuse. Je ne sais plus vraiment comment j’ai eu ce livre entre les mains, mais c’est cependant avec l’ouvrage de Roland Habersetzer « Guide Marabout du karaté » que l’appel du cœur se fit entendre en ce qui me concerne.

Roland Habersetzer commence le karaté en 1957 et devient une des premières ceintures noires de France en 1961. Il est aujourd’hui 9ème dan et a créé sa propre école le Tengu no michi. Professeur d’histoire-géographie, installé dans le Haut-Rhin, il y enseigne depuis 1963. La renommée de Roland Habersetzer s’est faite en grande partie grâce à ses nombreux ouvrages sur le karaté et d’autres arts martiaux comme le kobudo, le taichi, le chikong, le kung-fu etc. Déçu par l’évolution du karaté en tant que discipline sportive, après avoir oeuvré durant dix au sein de la fédération française, il crée en 1974 le CRB (centre de recherche budô). C’est aussi un auteur prolixe avec plus de 100 ouvrages à son actif.

Pour ma part je n’ai jamais rencontré Roland Habersetzer, ni fait de stage avec lui. Comme je l’ai écris au début de cet article, c’est son livre « Guide Marabout du karaté » qui m’a décidé de faire du karaté ma voie. Quand j’ai lu son livre, j’ai compris que le karaté n’était pas simplement une méthode de combat mais qu’il y avait aussi une dimension spirituelle. Bien sûr à l’âge de 12 ans je n’ai pas compris tous les concepts ni toutes le explications qui se trouvent dans le livre, mais j’avais le sentiment qu’il y avait dans le karaté une dimension profonde qui permettait de se dépasser et de transcender l’aspect matériel pour accéder à… je ne sais quoi, mais quelque chose qui semblait vraiment être digne d’intérêt.

Dans le « Guide Marabout du karaté » ont y trouve des éléments de technique de base, la description des techniques, les katas et les applications des bases dans les différents assauts conventionnels, semi-conventionnels et libres. A la lecture de ce livre le karaté me semblait être une discipline bien structurée, qui se basait sur des principes de biomécanique et qui était un art de self défense redoutable. Les nombreux conseils donnés par l’auteur donnaient envie de m’investir, de m’entraîner. Mais ce ne sont pas toutes ces descriptions qui m’ont le plus captivées, c’est le dernier chapitre. Comme j’étais impatient j’ai commencé par la fin car il s’intitulait « les secrets du karaté », alors pourquoi ne pas commencer par l’essentiel n’est-ce pas ?

Ce dernier chapitre du livre, « les secrets du karaté » traite en fait l’aspect philosophique de cette discipline. On y trouve trois grandes parties :

  • technique et esprit
  • la quête de l’absolu
  • Zen et karaté

J’avoue que je ne comprenais pas tout mais j’étais fasciné de lire toutes ces choses qui ouvraient devant moi un monde nouveau, plein de promesses. Pour pouvoir accéder à cet univers, un engagement sur plusieurs années, sur une vie peut-être était nécessaire, ça je le comprenais et j’étais prêt à m’y engager. La lecture de ces pages ont trouvé en moi un écho, comme si un chemin m’invitait à poser mes pas. C’est vraiment là que mon désire de pratiquer le karaté s’est forgé au point de me promettre de ne jamais abandonner. J’ai pourtant a quelques reprises manquer de faillir et abandonner la pratique, mais finalement j’ai aussi réussi à rester fidèle à mon engagement des premiers jours et ma motivation aujourd’hui est intacte, si ce n’est plus grande.

J’ai trouvé dans ce premier livre de Roland Habersetzer, « Guide Marabout du karaté », mon élan pour pratiquer ce qui est devenu mon obsession et ma passion, le karaté. Je suis content de pouvoir aujourd’hui à mon tour pouvoir partager ma compréhension et ma vision du karaté dans mes cours, mes stages, mes écrits et mes livres. Si tout ce travail pouvait ne serait-ce donner envie qu’à une seule personne l’envie de vivre le karaté, alors je serais grandement récompensé de mes efforts.

En parlant avec des pratiquants de ma génération, je me rends compte que nous sommes nombreux à avoir été marqué par les ouvrages de Roland Habersetzer. C’est pourquoi je tenais à rendre hommage à cet homme qui a bouleversé ma vie. Si c’est aussi votre cas, je vous invite à laisser un commentaire.

Areski

 Références :

Une réflexion au sujet de « Hommage à Roland Habersetzer »

  1. Bonjour monsieur Ouzrout

    Modeste karatéka, je suis heureux de constater que certains livres sont significatifs pour nous tous…et ce, quelque soit le chemin que nous ayons parcouru depuis.
    Finalement, nous sommes nombreux à avoir été « transpercés » par ces
    écrits.
    Sosai Habersetzer fut l’un d’eux pour moi et je me rappelle encore ma joie incontrôlée lorsque ma maman m’offrit deux de ses livres (avec karatedo aux éditions Amphora) pour l’un de mes anniversaires de jeunesse ! (j’ai aujourd’hui 59 ans…)
    Oui, il s’agit bien de cette étincelle ou de ce vent naissant qui nous appellent à nous engager plus tard ou tout de suite dans cette fabuleuse aventure martiale, aventure dont je n’avais aucune idée précise à cette époque;
    une écriture précise, univoque, descriptive et néanmoins humaine.
    Roland Habersetzer est pour moi véritablement le plus grand écrivain sur les arts martiaux.
    Je lisais et relisais ses livres au moment où un Petit Dragon vint m’interpeller dans mon petit confort d’écolier sur le fond d’un écran intime de cinéma…
    Autre choc, autre appel secret et vital.
    Plus tard, bien plus tard on se rend compte que cela n’était pas par hasard, que tout ceci est un message, un petit signe, un clin d’oeil qui nous disent : »c’est pour toi » vas-y
    Je me permets aussi de louer dans le même ordre d’idée votre ouvrage magistral sur les bunkai de katas préfacé par Jean Morel avec qui j’ai pratiqué un temps au dojo 5. Un travail unique ! Merci pour tous les karatékas.
    Voilà, je voulais vous livrer tout ceci car vous venez d’ouvrir une porte, ou un noren.
    Merci beaucoup
    Thierry

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