Sortir du cadre

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La pratique du karaté s’est modernisée et sous l’influence de différents paramètres que sont la compétition, mais aussi la volonté de se démarquer d’autres disciplines, tout en cultivant une forme d’isolationnisme et une pratique que je nommerai de consanguine, notre art s’est enkysté sous l’effet d’une standardisation. Le résultat c’est que notre discipline est en perte d’identité, ou du moins l’identité sous laquelle elle est connue aujourd’hui séduit de moins en moins de personnes. De pseudos nouvelles approches sont donc aujourd’hui proposées mais ces offres ne font que morceler encore plus ce qui était devenu fragile, créant encore plus de confusion chez le potentiel futur pratiquant.

Le karaté qui existait auparavant à Okinawa, avant qu’il ne soit exporté sur Tokyo puis dans le monde entier était beaucoup plus ouvert et libre. Les façons de pratiquer n’étaient pas standardisées et chacun pouvait façonner sa pratique en fonction de sa personnalité, de son physique, et le maître veillait à ce qu’il en soit ainsi. D’autres part il importait alors peu de plaquer une étiquette à la pratique. Ce qui était important c’était le combat et il n’y avait alors pas de limite en terme distance, de règles, etc. L’approche était pragmatique et ce qui était important c’est que ça fonctionne. Les gens ne pratiquaient pas alors pour gagner des compétitions ni pour passer de grades… qui n’existaient pas.

Il est important aujourd’hui de retrouver notre liberté de pratique, de mouvement, de recherche. Nous nous imposons nous même un cadre restrictif de pratique car nous sommes enfermés dans un cadre qui n’est pas uniquement technique et institutionnel. Ceux qui ont ouvert les yeux et compris qu’il fallait sortir du cadre, sont souvent parti pour pratiquer d’autres disciplines ou en créer une nouvelle, si ce n’est une école de karaté différente.

Beaucoup de pratiquants de karaté sont décontenancés lorsque les paramètres du combat différent de celui de compétition. Alors qu’ils ne pratiquent pas eux-mêmes la compétition, ils s’astreignent souvent inconsciemment à pratiquer selon les règles de celle-ci. La distance est longue, les techniques s’arrêtent au premier coup porté, les saisies sont rares, la parties vitales ne sont pas protégées, etc.

Je connais beaucoup de pratiquants qui ont une « belle » technique qui correspond aux canons de leur école mais qu’ils n’arrive jamais à utiliser en assaut libre. Le problème c’est qu’une technique ne peut pas fonctionner si l’on ne sait pas l’adapter à la situation, et chaque situation de combat est unique. Il est donc important de travailler en sortant du cadre habituel pour se mettre en difficulté et surtout apprendre à s’adapter et avoir des ouvertures pour découvrir ou redécouvrir des principes et des techniques.

 Sortir du cadre ne veut pas dire l’abandonner. C’est un peu comme sortir de chez soi et partir plus ou moins loin, peut être dans des contrées hostiles et éloignées, mais pour revenir au final. Ces explorations, ces voyages nous enrichissent à différents niveaux et nous pouvons même en rapporter des souvenirs qui vont décorer notre intérieur et peut-être même changer notre quotidien.

Mais me direz-vous, comment faire concrètement ?

Ce n’est pas très compliqué en fait, il suffit de changer quelques habitudes de travail. Par exemple expérimenter des distances différentes pour un coup de pied, le travailler de très loin puis se rapprocher le plus possible du partenaire. Cette expérience nous apprend qu’on peut aussi travailler à des hauteurs différentes, si l’on est très près il est plus facile de frapper dans les jambes, le tibia qu’au visage.

Nous avons aussi l’habitude d’échanger avec un seul partenaire ou adversaire. Que se passe-t-il quand il y en a plusieurs ? Peut-on se mettre en garde de la même manière ? Nous pouvons alors découvrir une autre façon de se déplacer, plus stratégique, ainsi que d’utiliser un adversaire (partenaire) pour entraver la progression des autres.

Pourquoi pratiquer les assauts conventionnels toujours de la même manière ? Nous pouvons commencer ces exercices à partir de positions diverses : assis, contre un mur, allongé, etc. Il faut alors apprendre à se mouvoir comme ne l’avons jamais fait.

Et que dire du coup unique ? Nous savons bien que la réalité d’un combat est tout autre et qu’il est nécessaire de savoir enchaîner jusqu’à ce que l’adversaire soit hors de combat. Pourtant nous continuons à cultiver ce schéma technique qui assez nouveau dans le karaté, d’ailleurs certaines écoles sont partisanes des enchaînements. Le coup unique a été développé par le karaté shotokan pour la compétition probablement.

Beaucoup de techniques sont à notre portée, elles sont souvent dans les katas mais une fois le passage de grade passé, les recherches faites pour les redécouvrir tombent dans l’oubli. Pourquoi ? Pourquoi ne pas cultiver et faire vivre ce que vous avez fait naître ?

Il est important de sortir du cadre établit, conventionnel. C’est ce que font souvent les grands maîtres et les experts. Cette liberté nous appartient aussi, il suffit de la prendre. Ouvrez vos yeux, élargissez votre horizon, sortez du cadre ! Je sais que cela peut être inconfortable et que vous n’avez pas été éduqué à cela, pourtant comment avoir la prétention de s’adapter en combat, d’avoir une vraie liberté de mouvement si notre esprit est cadenassé ?

Le karaté est une discipline pleine de richesse mais la vraie richesse est avant tout en vous. Il vous suffit juste d’oser pousser la porte pour laissez entrer un rayon de soleil. Osez entrouvrir la porte et rapidement vous l’ouvrirez toute grande, sans crainte. Osez sortir du cadre et serez surpris de votre potentiel créatif.

Areski

 

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