Le partenaire d’entraînement

Dans les démonstrations publiques ou même au dojo, c’est celui qui fait l’action qui est mis en lumière, c’est celui qui à le beau rôle. Cependant, ce qu’il démontre n’aurait pas autant d’éclat si le partenaire n’était pas à la hauteur. Nous allons donc nous pencher dans cet article sur le rôle du partenaire qui est essentiel pour la progression. Commençons par quelques petits rappels sur le vocabulaire, en effet il diffère selon les disciplines, le partenaire est désigné soit par uke ou tori. On utilise parfois aussi le terme aite, qui signifie partenaire.

En karaté nous l’appelons plutôt tori tandis qu’en aikidô c’est uke. L’idéogramme pour tori est 取, il signifie prendre ou marquer un point, tori désigne donc dans certains arts martiaux comme le karaté le partenaire, celui qui nous permet d’exécuter la technique étudiée, une application kata, ou un travail conventionnel. L’idéogramme pour tori est 取 désigne aussi le partenaire actif, c’est pourquoi en aikidô tori désigne celui qui fait la technique.

L’idéogramme uke qui s’écrit 受 représente l’action de recevoir ou désigne dans les arts martiaux celui défend ou celui qui subit la technique. En karaté uke désigne celui qui qui réalise la technique et tori est celui qui lui permet de travailler. En aikidô, uke est celui qui reçoit l’action de l’exécutant de la technique.

Nous allons pour cet article simplement utiliser le terme de partenaire. Comme dans la vie, le partenaire d’entraînement nous accompagne dans notre cheminement. Son état d’esprit, sa bienveillance, sa connaissance de la discipline, son honnêteté dans le travail et la relation sont des éléments importants pour contribuer à nous faire progresser et évoluer. Cependant, à l’entraînement nous endossons chacun notre tour le rôle du partenaire qui va permettre à l’autre de réaliser le travail demandé par le professeur. Les rôles parois se confondent même. Ce travail de partenaire n’est pas simple car il nécessite une bonne compréhension de ce qui est recherché pour amener celui qui réalise le travail à le réussir. Il ne s’agit pas d’être complaisant, ni opposant, mais de trouver la bonne place pour positionner le curseur entre coopération et opposition en fonction du niveau de la personne qui effectue le travail.

Quand réalisons un exercice, nous sommes deux partenaires qui échangeons. Cet échange se fait à la fois avec le langage du corps, en ressentant ce que l’autre fait tout en étant conscient, présent dans notre propre sensation intérieur. Il y a là un double dialogue qui s’établit pour chacun des protagonistes. D’abord un échange avec l’autre où l’on prend conscience de sa position, de ses mouvements, de sa respiration, de ses tensions, de son état émotionnel. Puis il y a notre propre dialogue intérieur où, tout en étant dans le mouvement, l’action, nous cherchons à être conscient de notre corps dans l’espace, de notre mouvement, et scannons nos émotions, nos tensions. Ce double dialogue, externe et interne s’approfondit avec l’expérience et s’étend au dehors du dojo pour s’appliquer dans la vie quotidienne.

Il est important que le partenaire nous renvoie de l’information, ce qu’on appelle en communication le feed-back. Ce retour d’information nous permet de valider notre travail et nous indique si nous somme sur la bonne voie, il peut être tactile, visuel ou bien verbal. Ce feedback est important car il permet d’ajuster le travail quand celui-ci n’est pas correct et de le valider quand il est bon. A partir de cette validation de l’expérience positive, nous pouvons chercher à reproduire les sensations et les mouvements qui fonctionnent pour les intégrer dans notre banque de solutions disponibles. La réussite conduit à la confiance en soi et donc à la réussite. Si le partenaire ne nous aide pas à trouver la bonne solution, nous risquons de stagner et de faire une fixation sur un échec, ce qui est une situation très préjudiciable à notre progression. Le rôle du partenaire est de nous guider vers une issue positive à la résolution des problèmes.

Quand on a un certain niveau et que l’on sait à l’avance ce que le partenaire doit faire sur le plan technique ou tactique, il est très facile de l’empêcher de réussir son action. Je connais un professeur d’aikidô qui est un ancien judoka et qui est doté d’une force herculéenne. Quand il veut empêcher une personne d’exécuter une technique qu’il connaît par avance, il est impossible de le bouger. Celui qui agit de la sorte ne permet pas à son partenaire de progresser. C’est une attitude contreproductive pour les deux personnes.

Le partenaire est donc un peu comme un coach qui va guider son homologue vers la réalisation correcte de l’exercice, de la technique. D’un commun accord entre les deux partenaires, le travail peut évoluer progressivement de l’attitude d’aide et de coopération, vers une attitude d’opposition. Entre ces deux extrêmes, chacun reste bienveillant et dans le dialogue permettant le retour d’information.

Dans les démonstrations comme le gala des arts martiaux à Bercy, ou dans un stage, le maître peut exprimer toute sa technique, tout son potentiel car le partenaire est très bon et donc lui permet un tel exploit. Dans ces situations on oublie souvent le rôle de ce personnage qui se fait renverser, bousculer, frapper, projeter, etc. Pourtant son rôle est primordial. Il est un peut comme la toile d’un peintre qui ne pourrait réaliser son œuvre sans ce support. Dans ces démonstrations, le partenaire est toujours d’un excellent niveau pour que le maître puisse montrer la technique sans retenue ou presque et sans blesser.

Le partenaire doit donc être à l’écoute pour s’adapter aux différents changements dans les mouvements générés par l’exécutant de la technique. Il se positionne aussi dans un état de non opposition sans pour autant être complaisant. Il faut aussi se mettre en phase avec l’autre, cela commence d’ailleurs dès le salut où il y a une sorte de mise en résonance entre les deux partenaires dans l’unisson de l’acte de saluer. Le double dialogue intérieur et extérieur mentionné plus haut permet d’agir et réagir avec un contrôle permanent de soi ce qui permet une action fluide.

Le rôle de partenaire ne doit pas être entendu comme un rôle passif, bien au contraire. Il lui faut être actif en permanence et toujours garder une attitude martiale, comme s’il cherchait en permanence une faille pour mettre l’autre en difficulté. Grâce à ce travail, le partenaire apprend indirectement les sensations de celui qui fait la technique. C’est pourquoi avoir l’occasion de pratiquer avec un expert ou un maitre nous fait progresser d’une manière vertigineuse car ce dernier imprime dans notre corps et notre esprit la voie juste, celle qui mène vers le geste parfait. Il suffit ensuite de suivre cette impulsion, cette direction.

Les partenaires dans l’entraînement sont à la fois en relation et en communication. Dans les échanges les rôles se distinguent, se renversent et se confondent parfois. Quelque soit le rôle, il n’y a jamais de passivité ni d’opposition, il s’agit de réussir ensemble, c’est donc un échange gagnant/gagnant. Quand ont pratique avec un partenaire moins expérimenté, il est important de caler son travail en fonction du potentiel de celui qui est le moins gradé. En aidant l’autre à progresser on évolue inévitablement aussi. Avoir l’occasion de pratiquer avec des partenaires différents est aussi un facteur important pour expérimenter des gabarits et des caractères divers. Ces expériences variées permettent de valider nos expériences techniques et de renforcer notre confiance en elles.

Il n’y a donc pas de bon ou de mauvais partenaire mais simplement des individus qui peuvent chacun avec leur individualité nous faire franchir des étapes techniques mais aussi psychologiques, notamment en travaillant sur notre ego. En effet, quand un partenaire nous « irrite » c’est souvent notre ego qui est mis à mal et il est alors important de l’identifier et de travailler sur cette dimension.

J’espère que cet article vous permettra de prendre plus conscience de votre relation avec vos partenaires d’entraînement. Si vous avez des expériences à partager sur le sujet, n’hésitez pas à laisser un post.

Areski

 

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