Le karaté est-il une méthode de combat ?

J’ai dernièrement eu l’occasion de discuter avec des pratiquants d’une autre discipline martiale. Une personne commençait à critiquer le karaté, ou du moins à porter un jugement hâtif sur la discipline. On ne peut pas en effet réduire le karaté à une seule forme de pratique et encore moins à un seul type d’enseignement. Du coup, comment définir le karaté ? Ma réflexion s’est alors orientée sur la question suivante : le karaté es-il une méthode de combat ?

Avant tout voici une définition de terme méthode : « Ensemble ordonné de manière logique de principes et de règles, d’étapes, qui constitue un moyen pour parvenir à un résultat« . En ce qui nous concerne, nous cherchons à nous préparer au combat, qu’il soit pour la survie ou la compétition. Le karaté propose-t-il donc une démarche, des étapes, une organisation des principes et des règles pour atteindre cet objectif ? A priori non. Il y a bien des techniques, on peut éventuellement en tirer des principes et des règles, il y a bien des katas et des assauts, mais il n’y a pas d’organisation logique, il n’y pas de cheminement pour atteindre l’objectif du combat. D’après ce constat, le karaté ne serait donc pas une méthode de combat.

Le karaté propose une large palette technique allant des percussions au projections, en passant par des luxations. Toutes ces techniques sont contenues dans les katas, puis d’autres ont été ajoutées pour enrichir la bibliothèque technique, notamment des coups de pied. Chaque enseignant utilise ces ingrédients pour faire progresser les élèves et les amener vers la capacité à combattre ou simplement trouver un bien-être dans la pratique.

Tout comme un chef cuisinier, l’enseignant de karaté a sa propre façon d’utiliser les ingrédients à sa disposition. Il organise son enseignement en fonction de ses connaissances techniques et pédagogiques. Pour cela, il prend en compte le public auquel il s’adresse ainsi que le cadre où il professe et élabore une progression qui permet de mener vers les objectifs à atteindre. C’est donc l’enseignant qui est le grand chef d’orchestre, c’est lui qui est au coeur de la méthode, chaque professeur a donc sa méthode. Si le karaté peut être une méthode de combat c’est grâce à l’enseignant, car c’est lui ordonne de manière logique, c’est lui qui propose des étapes pour faire progresser les élèves.

Sans l’enseignant le karaté est une coquille vide, une cuisine pleine de victuaille mais sans cuisinier. Il n’y a pas de méthode dite « traditionnelle » pour enseigner, même si certaines personnes ne font que reproduire l’enseignement qu’elles ont reçu… sans aucune créativité, sans réflexion personnelle, …. La façon de transmettre le karaté a toujours été différente au fil des époques. Quand le karaté était une discipline réservée à la noblesse d’Okinawa et au roi, quand la pratique se faisait pour les autres dans le secret, les pratiquants étudiaient essentiellement les katas, tout tournait autour des katas. Pour être plus précis, ils en étudiaient généralement un seul. L’étude se faisait d’abord par le travail des bunkai (applications en self défense des mouvements du kata) puis l’apprentissage et la répétition du kata qui servait d’aide mémoire. A cette époque, comme à toutes les autres, chaque maître avait sa propre façon d’enseigner. Les élèves étant très peu nombreux, il n’y avait pas de pratique collective comme nous connaissons aujourd’hui.

Puis quand à la fin du 19ème siècle le karaté est sorti du secret, qu’il a commencé à être enseigné dans les écoles d’Okinawa, l’objectif de la pratique a aussi changée. Le karaté visait à développer la condition physique et le mental sans nécessairement avoir une finalité d’efficacité en combat. Bien-sûr, cette généralité sur la façon de voir l’évolution du karaté ne concernait pas tous les styles et pas tous les professeurs. Néanmoins, c’était la voie empruntée par Maître Itosu et son élève Funakoshi qui ont laissé une marque profonde dans l’histoire du karaté, et c’est ce karaté qui a dans un premier temps été massivement exporté au Japon et dans le monde entier. Dans cette pratique réformée, le kata était devenu un élément central de la pratique mais les bunkai avaient été relégués en arrière plan, voire même supprimés. Le travail se faisait essentiellement dans le vide, la répétition de certaines techniques de base en formation militaire permettait de faire travailler un grand nombre d’élèves en même temps, c’est ce que vous connaissez sous le terme de kihon.

Au travail dans le vide ont été ajoutées des exercices d’assauts conventionnels dont le principe de travail a été calqué sur la pratique du sabre japonais et du kendo (forme compétitive du combat au sabre). L’idée était de finir le combat sur un coup unique, que ce soit pour l’attaquant ou le défenseur. Cette pratique des assauts, quoique intéressante, a tout de même fermée la porte à d’autres possibilités qui peuvent survenir dans un combat réel : être saisi, se retrouver en corps à corps, ne pas pouvoir terminer le combat sur un coup, être confronté à de multiples assaillants, se défendre contre une personne armée, se retrouver au sol ou contre un mur, etc…

Aujourd’hui, l’enseignant qui veut réellement faire du karaté une méthode de combat doit prendre en compte les différentes configurations que le combat peut prendre et organiser son enseignement à partir des outils transmis par les générations de karatékas qui nous ont précédés. Le karaté n’a rien d’exceptionnel en soi, c’est la personne qui lui donne vie qui en fait un art sublime. Comparer les disciplines martiales n’a pas de sens car elles sont toutes intéressantes et si on y regarde de plus près, il y a des passerelles entre-elles et des points communs, puisqu’elles ont toutes été conçues pour aborder les problématiques du combat. Tout comme c’est le cuisinier qui fait que les plats sont succulents, c’est le pratiquant qui fait que le karaté est une méthode et un art de combat sublime.

Areski

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