Connais-toi toi-même

Voici une citation du livre de la guerre du très célèbre Sun Tzu : « Connais l’adversaire et connais toi toi-même et tu seras invincible ». Dans les arts martiaux, beaucoup s’entraînent en pensant qu’un jour ils pourront se défendre contre un agresseur. Si une telle situation arrivait hélas un jour, il est fort probable que vous ne connaissiez rien de l’agresseur. Vous ne pourrez donc compter que sur la connaissance et la maîtrise que vous avez de vous-même.

Alors la question est « que faites-vous concrètement pour mieux vous connaître ? ». Finalement, on peut passer toute notre vie à s’ignorer, et même si l’on ne se fait jamais agresser, vivre sans savoir grand-chose de nous-mêmes, sans conscience de nos gestes quotidiens… Alors vivons-nous vraiment ? Pour revenir à la pratique du combat, comment peut-on imaginer pouvoir maitriser un adversaire alors que l’on n’arrive pas à se maitriser soi-même. Pour se connaître, il nous faut donc explorer, développer et contrôler nos capacités physiques, mentales et gérer nos émotions. L’entraînement aux arts martiaux repose souvent en grande partie sur l’aspect technique. Mais celle-ci ne servent à rien si l’on ne peut pas s’appuyer solidement sur ces trois aspects que sont le physique, le mental et les émotions ?

Commençons avec l’aspect physique car nous pouvons plus facilement mesurer nos progrès dans ce domaine, mais il faut garder à l’esprit que les trois domaines cités ci-dessus sont indissociables lors d’une situation critique. Quand on s’entraîne depuis plusieurs années on a tendance à se complaire dans une routine d’entraînement, ne cherchant plus vraiment à mieux connaître et maîtriser son corps, prenant souvent excuse du fait qu’il vieillit. Connaître son corps, c’est explorer les limites de ses capacités physiques et apprendre à les mettre en œuvre. Il est évident que si vous ne connaissez pas la longueur de vos bras et donc n’avez pas conscience de votre allonge, il vous sera difficile de frapper au bon moment votre assaillant. En combat, il faut de la justesse, de la précision et un bon timing. S’il est vrai que certaines capacités physiques peuvent diminuer avec l’âge, il n’en reste pas moins qui si durant la jeunesse ont les développe, même s’il y a dégradation due au vieillissement, vous converserez un potentiel qui ne peut être que plus important que si vous n’aviez rien fait. D’autre part, les qualités de coordination, que l’on retrouve dans l’exécution technique, peuvent tout le temps s’améliorer. En développant toutes ces qualités, vous allez aussi apprendre à les maîtriser, notamment à travers l’exécution technique, les exercices conventionnels, semi-conventionnels et libres. S’il est important de connaître ses limites et de les repousser, il faut surtout être en capacité de les utiliser à bon escient, notamment en situation conflictuelle.

Les capacités physiques et techniques peuvent être réduites à néant si le mental flanche et les émotions nous submergent. Je pense qu’à travers l’entraînement, on travaille aussi sur le mental. C’est pourquoi, même s’il est primordial de se faire plaisir, il est aussi important de ne pas abandonner facilement face à l’effort. Les joies mais aussi les difficultés, la fatigue, les douleurs, vont nous permettre d’explorer nos limites mentales. Ces dernières sont souvent nos vraies limitations physiques et techniques. Certains abandonnent avant même d’avoir essayé un exercice, en se disant « non, c’est trop dur pour moi », sans même avoir tenté quoi que ce soit. Connaître ses limites, ce n’est pas se donner des excuses. Tant que vous trouvez des prétextes pour ne pas essayer, pour ne pas vous engager, vous vous recroquevillez sur vous-même au lieu de vous épanouir. Cette dynamique négative ne vous conduit pas vers la confiance nécessaire au développement de vos capacités mentales.

A la frontière du mental et de nos émotions se trouve l’Ego. Il va nous complaire, nous empêcher d’aller dans les retranchements qui pourraient révéler des choses désagréables sur nous même. Que l’on se croit le meilleur ou que l’on se dévalorise, c’est un jeu de l’Ego qui peut être à l’origine d’émotions ou de peurs. La recherche de la maitrise de soi est douloureuse pour l’Ego car c’est une quête jonchée de remises en question, d’expériences où la réussite n’est pas immédiate. C’est un processus qui prend du temps.

Si les émotions nous envahissent dans un combat, celles-ci peuvent paralyser nos capacités de réflexion et d’action. Nous pouvons nous entraîner à les gérer en travaillant dans des conditions de stress. Le stress peut être créé artificiellement à l’entraînement par la fatigue, l’inconfort respiratoire (apnée volontaire), ou des situations plus ou moins périlleuses. Par exemple, en travaillant les chutes ont travaille sur le stress, surtout quand on le fait sur un sol dur. Il est important que les situations de stress mentionnées ci-dessus soient abordées de manière progressive pour libérer le pratiquant des peurs qui l’empêchent d’évoluer vers la maîtrise de soi.

Si le dojo est un lieu d’entraînement, beaucoup d’aspects évoqués dans cet article peuvent être travaillés dans la vie quotidienne. En prenant conscience des actes que vous faites chaque jour, en introduisant une présence de plus en plus importante dans vos gestes, notamment en respirant consciemment, vous contribuez aussi à une meilleure connaissance de vous-même. Lorsque vous faites vos courses et portez un sac, un pack d’eau, prenez conscience des muscles qui sont en tension, cherchez à relâcher ceux qui n’ont pas besoin de l’être. Quand dans une réunion un collègue de travail vous agresse ou qu’à la maison vos enfants vous mettent sur les nerfs, sentez les émotions qui montent et cherchez à les maitriser avant qu’elles ne vous submergent, et même au repos prenez conscience de votre respiration. Même si vous ne maîtrisez pas tout, tout de suite, le fait d’en prendre conscience est déjà un pas dans la bonne direction.

Apprendre à se connaître est un long travail passionnant. Quand on commence dans cette voie, on s’aperçoit à quel point nous ne savons que très peu de choses de nous même, que la majorité de la journée est vécue sans conscience. Se connaître soi-même, ce n’est pas devenir un super homme, c’est simplement être soi-même et le vivre pleinement, tout le temps. La route est certes longue, mais tout chemin commence par un simple pas. Bon courage ! La vie est un immense dojo.

Areski

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