Le karaté aux jeux de Tokyo en 2020

Je suis à Tokyo est je suis entrain d’écouter la radio tout en travaillant sur mon ordinateur à sélectionner les meilleurs photos prises ces derniers jours. Nous sommes le 4 aôut. J’entends parler des prochains jeux olympiques et je me dis que je dois mal comprendre. J’entends le terme karaté… Ai-je bien compris ? Oui ! Le karaté est sélectionné comme sport olympique pour les jeux de Tokyo en 2020 avec le baseball, l’escalade, le skateboard et le surf. Le présentateur radio est très surpris de la nomination du karaté car pour lui c’est un sport peu pratiqué. En effet, le sport le plus pratiqué et le plus populaire au Japon est le baseball. Alors, pour lui, il est bien normal que le baseball figure enfin aux jeux olympique… mais pourquoi le karaté a-t-il été choisi ? Son collègue présentateur lui fait remarquer que le karaté est très populaire en Europe, qu’il y a beaucoup de pratiquants, notamment des enfants et de nombreux professeurs qualifiés. Pour lui, il est tout à fait compréhensible que le karaté, de part sa notoriété mondiale, devienne un sport olympique.

La compétition a toujours été la vitrine du karaté. C’est grâce à elle que la discipline s’est développée dans le monde entier à une grande vitesse après la seconde guerre mondiale. Il ne faut bien sûr pas oublier le phénomène Bruce Lee à la fin des années 1960 qui, grâce à ses films, a popularisé les arts martiaux. Il a ouvert la voie à d’autres acteurs comme Jacky Chan, Jet li et Jean-Claude Vandamne.

Le karaté n’est pas une discipline sportive à l’origine mais une méthode pour se défendre dans les situations de survie c’est à dire qu’il n’y a pas de règle pour combattre. Maître Gichin Funakoshi qui a introduit le karaté au Japon et a favorisé son développement, était farouchement opposé à la pratique du combat d’une manière générale, et de la compétition en particulier. Ses élèves, dont maître Nakayama, chef instructeur à la Japan Karaté Association (JKA), attendent le décès de Gichin Funakoshi pour organiser les premiers championnats de karaté au Japon. L’ironie de l’histoire est que la compétition a permis de réaliser le rêve de Gichin Funakoshi, c’est à dire rendre le karaté universellement connu et pratiqué par un grand nombre de personnes. C’est donc grâce à la compétition que le karaté s’est développé et structuré en fédérations dans chaque pays. C’est grâce à cette vitrine que nous pouvons aujourd’hui faire du karaté partout dans le monde.

Il existe différentes formes de pratique du karaté ainsi que plusieurs formes de compétitions. Il y a la compétition en combat qui peut être avec recherche de KO ou non, il y aussi la compétition kata, les formes codifiées qui s’exécutent seules dans le vide. Pour les JO de 2020 il y aura des combats, sans recherche de KO, et des katas.

Si c’est la compétition qui est connue du grand public, la pratique dans les clubs est très différente. Il y a probablement moins de 10% des karatékas qui font de la compétition, et parmi ceux-ci un grand nombre sont des enfants. Dans beaucoup de clubs c’est un karaté non compétitif qui est pratiqué. Cependant, de plus en plus de pratiques avec des objectifs différents se côtoient au sein des structures où le karaté est enseigné. Etre pour ou contre la compétition est une mauvaise question, ce qui me semble important c’est de savoir ce que l’on pratique et pourquoi. En effet, beaucoup de personnes font un karaté de compétition sans même le savoir et sans jamais participer à des compétitions. Ils restreignent leur pratique en fonction des règles de compétition et pensent pratiquer un art de self-défense. Cette confusion, si elle devait se généraliser, serait très nuisible pour l’avenir du karaté. Il est important qu’il y ait un pluralité des pratiques.

L’olympisme pour le karaté est une consécration attendue de longue date. Le monde du karaté a longtemps été divisé, ce qui a nuit dans sa quête pour devenir sport olympique. Cette nouvelle étape va permettre un meilleur développement du karaté mais aussi le faire admettre plus facilement auprès du public et des institutions.

Si les instituions et les fédérations permettent au karaté de se développer, il nous appartient à nous professeurs de l’enseigner de manière a transmettre aux générations futures une pratique authentique qui peut ensuite de se décliner de manières différentes en fonctions des aspirations. Il convient à cet effet de ne pas confondre les différentes expertises, technique, pédagogique et sportive.

Les grades permettent d’évaluer le niveau de pratiquant. La pratique de la compétition n’est pas nécessaire pour les obtenir. Les diplômes fédéraux et d’état permettent d’évaluer la compétence pédagogique. Puis enfin, les titres consacrent les champions en compétition.

L’olympisme est l’aboutissement logique pour une discipline sportive, et en tant que telle les dirigeants des fédérations de karaté sont heureux de ce développement. La compétition n’intéresse pas tous les pratiquants mais c’est une vitrine extraordinaire pour faire connaître le karaté. Tant qu’il y aura des gardiens du temple, pour préserver des pratiques plus authentiques et originelles, le karaté gardera son attrait et son âme. Sa force réside dans ses aspects multidimensionnels et universels. C’est le pratiquant qui en fait une discipline ouverte et riche. Si l’olympisme va permettre à un plus grand nombre de pratiquer notre art, il est important d’en nourrir les racines qui lui donne sa vigueur.

Areski

Site officiel des JO de Tokyo 2020 – annonce des nouveaux sports ajoutés

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