Le chemin est la destination

marcheurs-hommes-et-vache-sur-pont-de-pierres-chine

Quand on commence la pratique du karaté on se fixe des objectifs, on veut en premier lieu devenir ceinture noire et fort. On sait que le chemin va être long et difficile mais on imagine qu’un jour, le plus proche serait le mieux, on atteindra le but, on arrivera au bout de notre quête. Un jour, un élève alors ceinture marron me dit, quelques mois, avant de passer sa ceinture noire « Et après ? on fait quoi ? ». J’étais surpris par sa question car je pensais qu’il avait déjà dépassé ce stade de réflexion et qu’il avait compris que la ceinture noire n’est pas un but en soi mais juste une étape dans un parcours qui en réalité ne se termine jamais, car le parcours lui-même est la destination.

Nous apprenons des techniques, nous développons des capacités mais nous ne sommes jamais satisfait. Tout ce que l’on apprend, tout ce que l’on fait, est en perpétuel changement, en évolution. Vous pouvez réaliser la technique gedan-barai tous les jours pendant toute votre vie en ressentant toujours des choses différentes, en découvrant des variation de trajectoire, de vitesse, de timing, d’inflexion. Une même technique se révèle alors être une infinité de techniques, presque semblables, mais différentes car elle est vivante et c’est le pratiquant qui anime cette source de changement perpétuel, c’est la vie tout simplement. On peut parfois avoir l’illusion qu’en apprenant un grand nombre de techniques on en sait plus sur sa discipline, mais en approfondissant le travail on réalise que la richesse n’est pas dans le visible mais dans l’invisible, dans la sensation. La technique n’est pas un aboutissement, il n’y a pas de technique parfaite. La technique n’est qu’un outil qui nous aide à parcourir le chemin, à faire un pas de plus chaque jour.

J’ai finalement laissé l’élève cheminer et trouver par lui-même une réponse à sa propre question. Il a passé sa ceinture noire et a continué la pratique. Il a réalisé seul que l’important est d’avancer, de faire ses propres expériences, de vivre chaque instant de celle-ci en conscience. Ce cheminement nous fait découvrir des paysages extérieurs et intérieurs qui à travers des épreuves et des rencontres nous permet d’avancer vers la connaissance de soi. Le processus est le même pour tous, mais l’itinéraire est personnel, c’est pourquoi personne ne peut vous dire où aller, vous devez expérimenter par vous-même.

Effectivement quand on obtient la ceinture noire premier dan ou tout autre grade, il y a alors la reconnaissance officielle d’un niveau technique. Mais nous sommes les seuls juges du chemin parcouru, de la richesse découverte et cultivée. Ce cheminement s’effectue grâce à l’humilité qui permet de l’éclairer. Cette humilité qui donne la force d’être toujours en quête, d’apprendre, de rechercher, de ne pas se reposer sur ses acquis, de ne pas croire que l’on est au bout du chemin.

Dans la philosophie Zen, on dit qu’il n’y a rien à chercher, qu’il n’y a rien à trouver. Il suffit d’être. Mais malgré tout, c’est en polissant notre âme que nous devenons probablement plus sensible, plus disponible à une ouverture, à un éveil, le satori qui permet de sortir de la dualité illusoire dans laquelle notre monde nous plonge.

 Lorsque le pratiquant réalise que le vrai but est dans l’instant présent, le fait d’avancer sur le chemin et non pas l’horizon qui s’étend à vue d’œil et qui ne cesse de reculer au fur et à mesure qu’il avance, il prend alors le temps d’approfondir sa démarche et de savourer chaque mouvement, chaque instant. C’est alors que l’ordinaire devient extraordinaire.

« Une fois que vous vous rendez compte que le chemin est le but et que vous êtes toujours sur le chemin, la vie cesse d’être une tâche et devient naturelle et simple, une extase en elle-même. »  Sri Nisargadatta Maharaj

Areski

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *