Kata : faut-il revenir au point de départ ?

Dans son livre de référence, maître Gichin Funakoshi écrit « Dans nombre de katas de kara-te, la position finale est identique à celle de départ. ». Vous remarquerez qu’il écrit bien « dans nombre de cas« , ce qui laisse entendre que ce n’est pas toujours le cas. Cependant, comme nous le verrons plus loin, nombre de katas ont été modifiés ou arrangés afin qu’ils se terminent à l’endroit de départ.

Il semble que l’idée de terminer le kata au même endroit qu’au début est une idée nouvelle apparue à la fin du XIXème siécle. Nous savons que les arts martiaux ont grandement été influencés par les méthodes de préparation militaire européenne et notamment par la France. En effet, après une longue période d’isolement, quand le Japon s’ouvre au monde, il prend conscience que pour garder son indépendance il lui faut moderniser le pays. Cette modernisation passe bien sûr aussi par une système d’éducation nouveau et une organisation et formation militaire nouvelle.

A cette époque, en France, Francisco Amoros (1770-1848) élabore un système de gymnastique qui se développe et prend de l’ampleur. Cette méthode est enseignée à l’Ecole de Joinville aussi appelé bataillon de Joinville. Dans les écoles des domaines féodaux, les enfants de samourai s’entraînent alors aussi à la gymnastique amorosienne, puis très rapidement cet enseignement touche la préparation militaire des soldats japonais. L’adoption du système de préparation militaire français est probablement liée à la venue d’une délégation française dans laquelle il y avait le capitaine Jules brunet (1838-1911), personnage qui inspira le film « le dernier samourai ».

Alors que le Japon se réforme, se modernise, les arts martiaux japonais sont influencé par cette mouvance et les formes gymniques venues de l’occident n’y sont pas pour rien. Dans cette fin de XIXème siècle, sur l’île d’Okinawa, Ankö Itosu (1830-1915) modernise le karaté et a le voeux d’en faire une discipline enseignée dans les écoles d’Okinawa. Il entreprend alors de créer de nouveaux katas, plus abordables pour l’enseignement aux enfants, ce sont les katas pinan (ou heian).

Pour créer les katas pinan, Ankô Itosu est aidé par deux de ses élèves Yabu Kentsu (1866-1937) et Chomo Hanashiro (1869-1945). Yabu Kentsu aussi appelé Sergent Yabu avait servi dans l’armée impériale et avait été initié au maniement de la baïonnette. Cette méthode de combat au porte baïonnette vient probablement de la France. Dans cette méthode il y avait une pratique semblable aux katas de karaté qui consistait à la méthode des quatre faces. Le porteur de baïonnette s’entraîne dans le vide à se défendre dans quatre direction contre des agresseurs imaginaires et l’exercice se termine au point de départ. Il est possible que Yabu Kentsu ai suggéré à son maître Ankö Itosu un protocole d’entraînement pour les katas heian qui se base sur l’idée de l’entraînement des quatre faces de la baïonnette. En France, cette méthode des quatre faces sera reprise par Joseph Charlemont (1839-1929?) pour élaborer des exercices de boxe françaises qui se pratiquent dans le vide, contre de multiples agresseurs imaginaires disposés dans les quatre directions. Il peut y avoir un lien entre l’évolution de l’entraînement aux méthodes de combat en France et la création des katas pinan à Okinawa me semble-t-il.
Quand à Chomo Hanashiro, il conseillera de faire fermer les mains des enfants durant l’exécution des katas pour des raisons de sécurité. Fort des ces conseils, Ankô Itosu créera les katas pinan et commencera à les diffuser dans les écoles d’Okinawa à partir de 1902.

L’idée de créer des katas qui se terminent au point de départ a dû séduire Ankô Itosu aussi car elle rejoint l’idée du ensô en Zen. Ensö c’est l’idée du cercle, symbole de la vacuité. Cette idée, Gichin Funakoshi, le père du karaté moderne, la reprendra en créant le terme karaté dans lequel l’idéograppe de « kara » signifie aussi « vide, vacuité ».

Cette idée que les katas doivent se terminer au même endroit que le point de départ est alors nouvelle. Les anciens katas ne se terminent pas particulièrement au point de départ. Peut être qu’Ankö Itosu a aussi fait en sorte que certains katas se terminent au point de départ. Dans le karaté shotokan, beaucoup de kata sont « arrangés », notamment à la fin, pour qu’ils se terminent au point de départ. Cette façon de faire permet à la fois de coller à l’idéologie développée par Ankö Itosu pour rejoindre l’idée du Ensô (cercle) en Zen mais aussi probablement pour un aspect pratique en compétition.

Par exemple, quand on regarde le kata chinte d’origine, le retour ne se fait pas au point de départ. En shotokan, pour que ce retour au point initial soit possible, trois petits sauts ont été ajoutés.
De la même manière, dans le kata nijû-shihô, il y a un glissement de position sur la droit de l’enbusen pour revenir au point de départ.
On trouve d’autres exemples dans beaucoup de katas avancés.

L’idée de revenir au point de départ dans les katas de karaté est une invention qui remonte à plus de 100 ans au moment où Ankô Itosu cherche à moderniser le karaté pour l’enseignement aux enfants. On peut constater les influences des méthodes de gymnastique et de préparation militaires venues de l’occident, notamment de la France. Revenir au point de départ dans le kata est probablement aussi porteur d’une idée philosophique représentée par le cercle dans le bouddhisme Zen, symbole de la vacuité.

Pensez-vous qu’il est important de revenir au point de départ dans tous les katas ? Si on ne le fait pas est-ce pénalisant pour un passage de grade ou une compétition ?

Areski

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