La vigilance

Afficher l'image d'origine

 La vigilance est un terme très utilisé dans les différents arts martiaux. C’est d’ailleurs un des critères d’évaluation lors des compétitions et des passages de grades, quelles que soient les épreuves. Selon le dictionnaire, voici une définition de la vigilance : « Concentration particulière qui vise à surveiller un individu ou son environnement, ainsi que ses changements pour détecter la moindre anomalie ; peut susciter de la méfiance ou de la prudence.« 
La vigilance est un état, par définition, on est dans cet état ou non. L’opposé de l’état de vigilance est le sommeil. L’attention est un synonyme du mot vigilance, sa qualité et son intensité peuvent varier. Un état ne se développe pas, on peut cependant le favoriser. En effet, soit on dort, soit on est éveillé. En revanche, on peut aider l’endormissement avec des lumières tamisées, en prenant un bain, etc. La vigilance est un état de conscience qui s’oppose à celui de sommeil.
En japonais le terme zanshin est utilisé pour décrire la vigilance dans les arts martiaux. Il est intéressant d’analyser l’écriture japonaise de ce terme car cela nous donne des indications intéressantes pour appréhender la notion de vigilance dans notre discipline.

Zanshin s’écrit 残心 en japonais. Le premier idéogramme 残 signifie « rester, subsister » et 心 représente le cœur, les sentiments, l’âme. On comprend que le terme zanshin 残心 ne correspond pas exactement au mot français « vigilance ». La notion de vigilance du terme japonais  zanshin est bien décrite dans l’article Wikipédia consacré à ce sujet dans le passage relatif au kyûdô, l’art du tir à l’arc japonais :
« C’est le nom de la huitième étape (Hassetsu) dans le tir à l’arc japonais, Kyudo. ZANSHIN est la phase suivant le lâché de la flèche. Le tireur maintient les extensions verticale et horizontale du corps mises en place un peu avant le départ de la flèche. Il maintient cette posture dynamique après le lâché, afin de s’assurer qu’à l’instant du tir, la flèche vole avec le maximum d’énergie libérée par l’arc. Sans cette vigilance, la puissance de propulsion de l’arc est significativement amenuisée. Cette forme de persistance de l’action englobe le corps et le mental. Les enseignements de kyudo traduisent cette phase par: « Persistance de l’esprit ou continuation du tir ». Cette dernière phase est accompagnée d’un mouvement annexe: Yudaoshi, « abaissement de l’arc ». »
Zanshin est décrit ici comme une vigilance après le lâché de la flèche pour que l’esprit accompagne sa propulsion et la guide vers la cible. L’idée du zanshin revêt une dimension un peu différente de la définition du dictionnaire où la vigilance est plutôt décrite comme une forme d’attente à l’affût d’un changement de l’environnement tandis que dans la notion japonaise, le zanshin comprend aussi un accompagnement mental du geste qui lui confère une plus grande efficience. C’est à dire que l’on est concentré avant, pendant et après la technique et que cette concentration participe à l’efficacité de celle-ci alors-même qu’il semble qu’il n’y a semble-t-il plus de contrôle physique sur l’événement.
Gichin Funakoshi (1868 – 1957), connu pour avoir fait connaitre le karaté au Japon avant qu’il ne s’exporte à l’étranger, prolongeait son enseignement en dehors du dojo. Il considérait que l’entraînement ne s’arrêtait pas à la porte du dojo et qu’un karatéka se devait d’être vigilant en toute circonstance. Ainsi, il testait ses élèves à différents instants. Beaucoup d’entre-eux donnent l’exemple du moment du repas. Gichin Funakoshi enseignait à ses élèves comment tenir le bol de riz, en mettant le pouce sur le bord afin de ne pas être surpris si quelqu’un venait à donner un coup sous celui-ci pour l’enfoncer dans le visage. Ses élèves avaient aussi remarqué que Funakoshi était très précautionneux lorsqu’il franchissait une porte ou devait tourner à un coin de rue. Il agissait toujours comme si un attaquant pouvait surgir de nulle-part afin d’être en mesure de pouvoir se défendre ou ne pas être pris au dépourvu. Les élèves de Gichin Funakoshi rapportent aussi qu’il leur arrivait aussi de tester la vigilance de leur maître.
On comprend grâce à ces témoignages que pour Gichin Funakoshi la vigilance était un élément important du karaté et de sa façon de vivre. Il ne s’agit pas, à mon avis, de tirer de cet enseignement une vision paranoïaque du monde qui nous entoure mais d’y reconnaitre une façon d’être présent. Nous faisons tant de choses dans une journée sans y porter réellement d’attention, sans être présent dans nos gestes. Nous sommes souvent absorbés par nos pensées et ne vivons pas l’instant présent. L’enseignement de Gichin Funakoshi et des arts martiaux d’une manière générale, nous apprend à développer notre conscience, notre présence, même en dehors du dojo.
Il est possible de faire entrer dans notre vie des moments de présence. Il suffit pour cela de commencer par porter attention à quelques gestes simples de notre quotidien. Lorsque l’on prend une douche, que l’on utilise les escaliers, que l’on marche, que l’on mange. En essayant d’être présent cinq minutes par jour on crée un espace, une ouverture pour le développement de la conscience. Commencer à vivre quelques minutes de notre journée en pleine conscience puis progressivement chercher à étendre cette durée. Cet état de présence qui ramène au moment présent, nous relie à nous-même et à ce qui nous entoure. Cette présence à nous-même nous libère quelques instant de notre ego. En se familiarisant avec cette libération de l’ego, nous pouvons alors atteindre l’état d’Eveil.
En ce sens, le développement du zanshin et de l’état de présence n’ont pas aujourd’hui pour vocation de nous protéger d’une attaque extérieure comme cela pouvait être le cas à des époques troublées de l’histoire. La recherche de la présence dans l’instant présent nous amène à un développement personnel, un éveil de la conscience.
Areski

Références :

Zanshin – Wikpédia

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *