PROGRESSER 2 – L’acte moteur

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L’acte moteur

Les pratiquants de karaté se concentrent souvent sur la gestuelle, le mouvement, la technique. Dans les activités physiques et sportives on parle plutôt de l’acte moteur qui est un processus plus complexe qui intègre à la fois l’exécution technique et la dimension mentale et neurologique de ce qui se passe avant le mouvement. L’acte moteur regroupe donc l’ensemble des processus mentaux et physiques qui aboutissent à une réponse motrice, le mouvement technique proprement dit.

La connaissance des différentes phases de l’acte moteur est importante pour le pédagogue ou la personne qui veut analyser sa discipline et progresser car cela permet de travailler sur les aspects invisibles qui conduisent à l’exécution technique. C’est pourquoi j’ai consacré dans mes deux ouvrages quelques pages pour expliciter le déroulement de l’acte moteur et ses conséquences au niveau de l’apprentissage et de la pédagogie (voir rubrique livres : « Bunkai, l’art de décoder les katas » et « Karaté, l’efficacité à portée de main »).

L’acte moteur est donc un circuit de traitement de l’information, on distingue quatre phases :

  • le stade perceptif
  • le stade décisionnel
  • le stade d’exécution
  • le retour d’information ou feed-back

Le schéma ci-dessous schématise le déroulement de l’acte moteur que nous allons étudier plus en détail dans la suite de cet article.

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Illustration extraite du livre « karaté, l’efficacité à portée de main », Budo édition – Auteur Areski Ouzrout

Dans une situation duelle, comme le combat, cherchons à modéliser ce qui ce passe du point de vue du défenseur par exemple. Lorsque l’attaquant décide de lancer une attaque, un coup de poing par exemple, le défenseur va chercher à percevoir des indices lui donnant des informations sur la nature de l’attaque, « que va-t-il faire ? », la vitesse, l’orientation, etc… C’est le stade perceptif où le défenseur se pose la question suivante « que se passe-t-il ? ». Dans le schéma ci-dessus cette étape est intitulée « prise d’information ».

Après avoir perçu différentes informations qui permettent de déterminer le danger qui arrive, le défenseur va analyser la situation et rechercher une solution. C’est le stade décisionnel, la question qui se pose alors est « que faire ? ». Le défenseur à cette étape de l’acte moteur va élaborer un plan d’action et choisir une réponse motrice adaptée au problème auquel il est confronté. Dans le schéma ci-dessus cette étape est intitulée « analyse / décision ».

Le stade perceptif et décisionnel nécessitent du temps. Plus le pratiquant est jeune et inexpérimenté, plus le laps de temps sera long. Il est important de s’entraîner à développer la capacité à traiter l’information lors des ces premières phases de l’acte moteur. Pour ce faire, il faut faciliter la prise d’information et de décision. Sans le savoir c’est que vous faites lors de l’assaut conventionnel comme le ippon-gumite. Dans ce cas l’attaque est déterminée, il n’y a donc pas de difficulté pour identifier la nature de celle-ci. Reste à percevoir le moment où l’attaque va être lancée et sa vitesse. Ce dernier paramètre peut être aménagé, ce qui va donner du temps pour la prise d’information mais aussi pour le choix d’une solution technique.

Grâce aux entraînements, le pratiquant va engranger des connaissances techniques et tactiques qu’il va stocker dans une base de donnée. Cette expérience va faciliter la prise de décision.

Quand le défenseur a identifié l’attaque et a décidé de ce qu’il va faire, son cerveau envoie un signal nerveux aux muscles pour exécuter la réponse motrice, la technique. C’est le stade de l’exécution où la question est « comment agir ? ».C’est la dernière phase de l’acte moteur, c’est la partie visible qui se caractérise par la production d’un mouvement, d’une technique. Dans le schéma ci-dessus cette étape est intitulée « déclenchement de l’action ». Chez le pratiquant avancé le mouvement est automatisé, c’est-à-dire que la commande se fait très rapidement car le circuit de l’information nerveuse est très réduit. Il faut cependant être en capacité de s’adapter aux situations, c’est pourquoi une technique apprise ne peut jamais être utilisée exactement dans la forme étudiée à l’entraînement et nécessite d’être ajustée aux circonstances de la situation de combat.

Après avoir trouvé une solution au problème posé au départ par l’attaquant, le défenseur doit évaluer sa réponse : « ai-je réussi ? », c’est le stade du contrôle ou du retour d’information, aussi appelé feed-back en anglais. Si la réponse trouvée est efficace pour répondre au problème posé, alors le défenseur l’intègre dans sa base de données. Dans le cas contraire, si l’on est dans un cadre d’entraînement et de réalisation d’exercice, on prend en compte le différentiel entre avec le résultat attendu pour améliorer le résultat lors de l’essai suivant.

Celui qui cherche à analyser les causes d’un échec lors de l’exécution d’une technique, que ce soit dans le cadre d’un exercice à deux ou seul (kihon, kata), doit prendre en considération que le mouvement final, la technique, est l’aboutissement d’un processus mental compliqué qui prend du temps et nécessite de l’expérience. Le défaut technique ou la mauvaise réalisation peut trouver son origine à n’importe quel maillon de ce circuit de l’information. L’enseignant ou le pratiquant qui connaît le fonctionnement de l’acte moteur pourra analyser la situation et faire des hypothèses pour trouver à quel moment de la chaîne il faut apporter une correction.

Plutôt que d’attendre un échec, il est préférable d’anticiper et de travailler les différentes phases de l’acte moteur pour apprendre ou perfectionner une technique. Cette anticipation va permettre d’éviter que les défauts n’apparaissent et ne s’installent.

Dans la réalité, l’acte moteur est un phénomène beaucoup plus complexe que le schéma présenté dans cet article. Il fait l’objet de nombreuses recherches avec des scientifiques qui proposent des modèles bien plus élaborés mais difficiles à utiliser au quotidien pour l’enseignant ou le pratiquant. Le schéma proposé ici, bien que un peu réducteur par rapport à la complexité de ce qui se passe dans la réalité, est un outil opérationnel qui fait bien prendre conscience que le mouvement n’est que la partie émergée de l’iceberg et qu’il faut prendre en considération les processus mentaux dans l’apprentissage et le perfectionnement technique.

A SUIVRE….Le prochain article de cette rubrique sera consacré à la rechercher d’objectif de travail qui permettront ensuite d’élaborer des exercices et des éducatifs.

Areski

Le déroulement d’un acte moteur, par Jean-Pierre Famose

Les livres de Areski OUZROUT

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