Heian-godan : où sont les kiai ?

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Un jour j’étais jury à un passage de ceinture noire. Un candidat, durant l’épreuve de kata, fait heian godan. A la fin de sa prestation, un membre du jury dit qu’il a fait une erreur, personnellement je n’en avais pas vu. Il me dit alors que le candidat s’est trompé dans le deuxième kiai, qu’il l’a fait au mauvais moment. Cette remarque m’a incité à faire une recherche pour savoir à quel moment est-il correct de réaliser le kiai.

Le kiai c’est ce cri qui est souvent poussé dans les arts martiaux. Un cri guttural qui vient du ventre. En karaté, les katas sont ponctués de kiai, en général il y en a un ou deux. Dans le kata heian godan, qui est le dernier kata d’une série de cinq, il est aujourd’hui coutume de faire un kiai après le premier oi-zuki dans la première partie, puis au moment du saut qui se trouve sur la dernière partie du kata. C’est précisément sur le deuxième kiai que le jury du passage de grades n’était pas d’accord. Pour ma part j’effectue le kiai pendant le saut, au moment culminant avant de redescendre. C’est le passage qui est illustré au début de l’article par les photos de Gichin Funakoshi, le saut se situe entre ces deux mouvements, c’est à dire entre l’extension du bras droit (photo de gauche) et l’arrivée en position jambes croisées, kake-dachi, avec la technique gedan-juji-uke, mouvement en croix vers le bas (photo de droite).

Dans le livre de Roland Habersetzer, « karaté kata, les 30 katas du shotokan » editions Amphora, à la page 139, l’auteur indique le deuxièmre kiai au moment de l’atterrissage du saut, ce qui correspond au mouvement de la photo de droite.

Dans le livre de Gichin Funakoshi, « karaté-do kyohan », c’est plus compliqué car je pense que Gichin Funakoshi n’a pas indiqué de kiai, que ce soit pour ce kata ou pour les autres. En revanche, les traducteurs (il y a plusieurs éditions traduites) ajoutent en remarque les moments où les kiai doivent être effectués pour chaque kata. Ainsi, dans la traduction de Tsutomu Ohshima, édition France shotokan, le deuxième kiai de heian godan est selon lui poussé au moment du saut, c’est à dire en l’air. Par contre, dans la traduction de Harumi Suzuki-Johnston, édition Budo-éditions, le kiai est mentionné au moment de l’arrivée au sol, comme dans le livre de Roland Habersetzer.

Dans le précédent ouvrage de Gichin Funakoshi, « karaté-jutsu » edition Budo-édition, aucun kiai n’est mentionné pour aucun kata. C’est pourquoi je pense que ce sont les traducteurs, qui de part leur expérience, indiquent où les kiai se font.

Continuons cette revue des auteurs et experts. Dans la collection « Best karaté n°5 » édtion Kodansha, l’auteur Masatoshi Nakayama ne mentionne pas de deuxième kiai pour le kata heian godan. Cet ouvrage est une référence incontournable dans le karaté shotokan.

Hirozaku Kanazawa, dans son ouvrage « Karaté Kata Vol. 1 », édition Shotokan karate international, indique p.91 que le kiai se fait durant le saut.

Teiji Kase dans le livre « Karaté-do kata, 5heian, 2 tekki », édition Sedirep, montre p.70 que le kiai se fait pendant le saut.

On peut tirer la conclusion de cette petite enquête qu’il n’y avait pas de kiai dans les katas à l’origine puisque même Gichin Funakoshi ne les mentionne pas dans ses livres. La pratique de ponctuer les katas, et certainement aussi les entraînements, avec des kiai est probablement apparu durant le développement du karaté en dehors d’Okinawa. Yokota Kousaku dans son livre « Shotokan Myths » édtions Xlibris explique pourquoi il pense que les kiai n’existaient pas dans le karaté ancien, notamment parce que les entraînements étaient clandestins. Pour lui, la pratique des kiai en karaté est une l’influence du kendo où beaucoup de cris sont poussés. Gichin Funakoshi, n’a peut-être pas demandé à ses élèves de faire des kiai mais a dû les laisser s’exprimer en les faisant, pour qu’ils puissent extérioriser leur énergie. On comprend alors aisément que pour les démonstration de kata, afin d’éviter la cacophonie il eu fallut se mettre d’accord sur quelles techniques devaient se faire les kiai. Selon Yokota Kousaku, à un niveau supérieur le pratiquant n’extériorise pas le kiai qui, écrit-il, doit alors être silencieux et intériorisé.

L’aspect historique du développement du karaté nous éclaire sur le fait que le deuxième kiai du kata heian godan se fasse à des moments différents selon les experts, les auteurs, et que parfois même, il n’y en ai pas. Il s’agit juste d’une convention qui n’a finalement pas grande importance, le tout étant de se conformer aux règles établies dans le groupe dans lequel on pratique le karaté. Cependant, je pense qu’il ne faut pas se censurer si l’on a envie de faire un kiai à un moment car on se sent alors plein de vitalité. En réalité, à chaque technique on fait un kiai, qui reste silencieux, car on à chaque technique on doit pouvoir exprimer une union entre le corps et l’esprit, entre soi et l’univers, et être rempli d’énergie. Cependant, à certains moments, ce kiai silencieux est extériorisé.

Il est difficile de juger un candidat et dans le doute est il préférable de ne pas croire que l’on détient la science infuse. Il est souhaitable de juger sur le fond plutôt que sur la forme et donc ne pas s’arrêter à des détails même si ceux-ci peuvent parfois avoir beaucoup d’importance.

3 réflexions au sujet de « Heian-godan : où sont les kiai ? »

  1. je suis bien d’accord, je pense pour ma part que le kiai est le besoin d’exprimer et d’extérioriser l’énergie interne à un instant « T » et que cet instant peut être différent d’une exécution à l’autre.

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