Les projections en karaté

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Les projections existent-elles en karaté ?

L’enseignement du karaté moderne consiste principalement dans l’étude des techniques de percussion (bras et jambes) et des parades. La plupart de ces techniques se trouvent dans les katas mais d’autres ont été découvertes ou ajoutées au fur et à mesure que le karaté s’ancra de plus en plus dans la position d’une discipline de percussion.

Mais qu’en est-il des projections ? Existent-elles en karaté à l’origine ? Dans ses différents livres, maître Gichin Funakoshi, l’architecte du karaté moderne et plus particulièrement de l’école shotokan, illustre et démontre huit projections. Il y explicite même pour certaines, qu’elles sont issues des katas. Ses élèves dans leurs livres, eux en revanche ne les mentionnent plus.

Ainsi, on peut penser que le karaté ancien d’Okinawa a subi une transformation, peut-être pour trouver sa place dans un monde moderne où la segmentation des arts martiaux était un fait inéluctable : le judo pour les projections, l’aikido pour les luxations et le karaté pour les percussions.

Quand Gichin Funakoshi s’est installé à Tokyo, le Japon était un territoire sur lequel différentes traditions de jujutsu existaient. Jigoro Kano, le fondateur du judo, grâce à son génie avait su donner un nouvel élan aux arts martiaux avec sa création inspirée de différentes écoles de jujutsu anciens : le judo.

Le karaté arrivait donc au Japon à ce moment-là avec Gichin Funakoshi et s’est grâce à son bienfaiteur Jigoro Kano, le fondateur du judo, que le karaté a pu se développer. C’est pourquoi Gichin Funakoshi fut toute sa vie durant reconnaissant à Jigoro Kano et même après la mort de ce dernier, ne manquait jamais de s’arrêter quand il passait devant le dojo de Jigoro Kano, le kodokan, pour s’incliner en marque de respect.

Dans ce contexte, il était difficile à Gichin Funakoshi de promouvoir le karaté en ventant le mérite de ses techniques de projection ou de luxation. En revanche, comme la particularité des frappes du karaté était originale comparée aux atémis du jujutsu et du judo, Gichin Funakoshi eut l’intelligence de mettre en exergue cette caractéristique du karaté tout en laissant en arrière plan les techniques de projection. L’ironie de l’histoire, c’est qu’après avoir segmenté les arts martiaux en disciplines sportives, en séparant les percussions, les projections, ect… Finalement, on assiste aujourd’hui à un phénomène de réunification dans le cadre d’une nouvelle discipline émergente, le MMA (mixed martial arts) connu pour ses affrontements violents avec des règles minimales. En effet, en MMA, les techniques jusqu’alors éparpillées en une kyrielles de disciplines sont à nouveau unifiées et donnent naissance à une nouvelle discipline sportives qui cherche à prendre en compte le combat de manière plus globale, à toutes les distances, avec moins restrictions.

Dans les styles de karaté qui sont apparus plus tardivement sur la scène de l’île principale du Japon, tel que le goju-ryu par exemple, les techniques de projection sont encore enseignées. Les techniques de projections font donc, à l’origine, partie intégrante du karaté. Certains me diront alors, oui mais ce n’est plus du karaté, c’est jujutsu ! Et alors ? C’est avant tout une discipline de combat, qui n’avait pas de nom il y a un peu plus de 100 ans. Karaté désigne la main vide, mais cela ne l’empêche pas de saisir. Le karaté c’est un principe, tout comme l’est le judo. D’ailleurs, pour la petite histoire, quand Jigoro Kano a vu la démonstration de karaté de Gichin Funakoshi pour la première fois, il voulu intégrer le karaté au judo, chose que Gichin Funakoshi a habilement et poliment refusé.

Les projections que Gichin Funakoshi n’a pas enseignées existent encore, elles sont dans les katas et ont peut en trouver certaines dans la série de 9 projections qu’il a transmis à ses élèves et dans ses livres, ce sera d’ailleurs l’objet d’un prochain article. L’étude des projections est fondamentale si l’on revendique que le karaté est un système de self-défense. A cet égard il faut être en mesure de combattre à toute les distances et il est inéluctable qu’à distance de corps à corps, il soit avantageux de déséquilibrer l’adversaire. Ces projections sont donc dans les katas et c’est par l’étude des bunkai, les applications de katas, que nous pouvons retrouver l’héritage du karaté ancien tout en gardant la richesse de la modernité (ne saurais-je trop vous conseiller de lire mon ouvrage à ce sujet « BUNKAI, l’art de décoder les katas » chez budo édition).

Si les autres disciplines (judo, aikido, etc.) peuvent nous aider à comprendre les principes sur lesquelles se basent les projections, il nous revient à nous karatékas d’étudier et d’analyser les katas pour les retrouver. En effet, on peut découvrir dans les katas des techniques qui sont rarement enseignées aujourd’hui dans la plupart des arts-martiaux à cause de leur dangerosité et de l’impossibilité de les appliquer dans un cadre sécurisé tel que la compétition.

Maître Funakoshi avait formulé un cursus d’apprentissage pour les techniques les plus fondamentales de défense et d’attaque qu’il avait extrait des katas. Il nous appartient aujourd’hui de continuer son travail et de faire de même pour les autres techniques : projections, clés, étranglements, immobilisations, etc. Certaines écoles de karaté ont conservé un héritage à ce sujet et elles peuvent nous nourrir pour grandir vers un karaté complet comme l’avaient voulus ses nombreux créateurs, nous menant à une vision en trois dimensions.

A SUIVRE… Les 9 projections de Gichin Funakoshi !

Vous trouverez quelques vidéos sur les projections ci-dessous.

Areski

Références :

Article en anglais sur les projection – site fignting arts

Article en anglais de Harry Cook sur les projections et les luxations

 

 

4 réflexions au sujet de « Les projections en karaté »

  1. Je partage tout à fait votre point du vue.
    Ramener le Karaté uniquement à la percussion est réducteur.
    Luxations et Projections ont leur place en bunkai et donc dans une pratique complète du Karaté

  2. il paraît que seules les questions non posées restent stupides, alors je me lance.

    Si le Judo était déjà présent lors de l’essor du Karaté Do, l’Aïkido a été reconnu officiellement au Japon en 1940, soit après le Karaté Do (1933).
    Alors pourquoi le Karaté n’a t’il pas conservé le travail des luxations articulaires, pourtant présent dans le Karaté (Tode) originel d’Okinawa?

    Merci
    Bien sportivement

    • Il ne faut pas oublier que lorsque Funakoshi importe le karaté au Japon, Okinawa n’est pas bien considéré par les japonais car pour eux l’île d’Okinawa est associée à la Chine, et de plus ce n’est qu’une province très éloignée dont les habitants sont considérés comme des moins que rien.
      Au japon il y a une longue tradition dans la pratique des jûjitsu dont seront issues le judo et l’aikido. Ces jûjitsu sont en général assez portés sur les projections, les clés, etc. D’autre part c’est grâce à Jigoro Kano que le karaté pu s’implanter au Japon car il a donné son soutien, sa caution morale. A cet égard, Funakoshi lui sera éternellement reconnaissant. C’est pour ces raisons qu’il était difficile à Funakoshi de marcher sur les plates bandes de toutes les formes de jujitsu et particulièrement du judo en présentant le karaté comme une discipline contenant ce genre de techniques. Les atemis du karaté, notamment les techniques de jambe, étant assez particuliers et spécifiques en comparaisons de ceux connus dans les différentes formes de jujitsu, Funakoshi a eu l’intelligence de mettre l’accent sur cette spécificité, permettant ainsi au karaté de trouver sa place dans le paysage des arts martiaux japonais.

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